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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 14:15

Aujourd’hui partie intégrante de la chaine des restaurants « Flo », l’Excel comme nous disions, n’a plus tout à fait la même âme aujourd’hui. Certes, il est toujours là, après avoir été menacé de disparition à plusieurs occasions, certes il a bénéficié d’une rénovation très respectueuse (après tout de même quelques rappels à l’ordre), mais le souvenir de nos 20 ans n’y trouve plus son compte.

Je vois encore la table où François Lalvée, Francis Pêcheur, Philippe Lebourg, Éric Alexandre, Pierre Éliane[1] et moi même, nous nous asseyions les après-midi pour y réinventer le monde, la poésie et la bière… quand on rentre, on passe le banc du Mareyeur, pour tourner à gauche vers la grande salle, c’est encore juste à gauche, la première table… mais aujourd’hui, tout est propre, bien rangé, si rutilant… Disparu les atmosphères enfumées, le va-et-vient incessant des serveurs et le bruit continu de voix enflammées qui n’hésitaient jamais à parler haut à chaque fois que cela était nécessaire pour une cause, un principe, un homme, une femme… Disparus mes propres amis, morts pour certain, perdus pour d’autres.

Cela fait déjà plus de cent ans que l’Excelsior bat au cœur de Nancy un rythme bien singulier… jadis lieu de bohème, aujourd’hui lieu de rendez-vous d’une bourgeoisie bien rangée, quoi qu’intellectuelle, un peu, juste un tout petit peu, mais les étudiants ont presque tous disparu… de ce mausolée un peu figé qu’est devenu l’Excelsior

Un peu d’histoire.

C’est en 1911 que l’Excelsior vit le jour, un jour de carnaval qui du coup lui assigna définitivement une place de roi dans la capitale de Stanislas Leszczynski. Sa façade illustre parfaitement ce que l’école de Nancy avait voulu accomplir en célébrant l’alliance de l’art et de l’industrie, elle est l’œuvre des architectes Lucien Weissemburger[1] et Alexandre Mienville[2].

C’est, bien entendu, un brasseur, Louis Moreau qui eut l’idée de créer ce lieu de prestige consacré à la bière, mais qui se devait de refléter la folle énergie de ces années 1910 où commençait déjà à prospérer l’idée même de « l’École de Nancy ». Elle fût la vitrine même de ses plus brillants artistes : Jacques Grüber[3], verrier de génie réalisa les somptueuses baies sous forme de dix verrières, enchâssées dans des cadres de cuivre, ceints de somptueux cabochons de pâtes de verre, avec des motifs de fougères, de pins et de feuilles Ginkgo biloba.

Le mosaïste Pèlerin réalisera au sol, une extraordinaire mosaïque composée d’amples palmes stylisées.

L’éclairage se fait à partir de 300 becs lumineux aux tons jaune orangé en pâte de verre conçus et réalisés par Antonin Daum[4] lui même. Les lustres de Louis Majorelle[5], complété par des appliques de cuivre ciselé signées Daum, créent une ambiance lumineuse particulière aux tons ivoirins.

L’ensemble du mobilier de la brasserie est l’œuvre de Louis Majorelle, réalisé en acajou massif en provenance de Cuba, complété par des lambris en bois de tamarinier, des portemanteaux et des glaces biseautées complètent la décoration.

Au plafond serpentent à même les voussures, de grandes fougères et des sculptures qui sont l’œuvre des sculpteurs Galetier, Burtins et Léopold Wolf.

Dans les années qui suivent, la descente d’escalier qui mène aux salons privés, fût confiée à l’imagination d’un autre enfant prodige de la ville le ferronnier d’art Jean Prouvé[6] (Réalisation en 1928 et 1929). Le travail s’est inspiré du chef-d’œuvre de Pierre Missey, collaborateur de Prouvé, pour le paquebot le Koutoubia , tout en acier inoxydable poli.

 

Péril dans la demeure.

C’est dans les années 1970 que ce véritable musée vivant de l’École de Nancy faillit disparaître, alors qu’il avait survécu au bombardement de la Seconde Guerre mondiale. La municipalité d’alors, alliée avec un groupe de promoteurs immobiliers peu scrupuleux, avait imaginé de recréer de toute pièce le quartier de la gare en rasant tout, y compris l’Excelsior. Malheureusement, ils arrivèrent à leurs fins partiellement en détruisant la brasserie Thiers et en faisant édifier l’épouvantable tour Thiers de 80 mètres de haut et qui défigurent pour toujours la sortie de la gare de Nancy.

C’est à Françoise Hervé, une ardente militante du patrimoine (aujourd’hui adjointe au maire de Nancy, en charge du patrimoine) avec une poignée de Nancéien que nous devons d’avoir évité le pire, à savoir la destruction totale de l’ensemble de la brasserie Excelsior. C’est avec l’appui puissant du commissaire-priseur Maurice Rheims[1], grand spécialiste de l’Art nouveau qu’elle put faire reculer la municipalité et obtenir dans la foulée le classement aux monuments historiques de tout le bâtiment, le 22 juin 1976. C’est aussi dans les années 1990, que pour des raisons financières que l’établissement connu une période de trouble. Le rachat par le groupe FLO et la restauration de la salle de restaurant redonnèrent une nouvelle vie à cette brasserie exceptionnelle.

 

Un trésor à encore découvrir.

C’est à Jacqueline BURTIN, qui a été directrice de l’école maternelle Emile Gebhart, que l’on doit une incroyable révélation.

L’Excelsior qui est déjà en soi un musée recélerait un inestimable trésor, une peinture d’Emile Friant[1]. Jacqueline, enfants, venait avec ses parents à l’Excelsior et elle se souvient très bien d’une grande peinture centrale, aujourd’hui recouverte d’un immense miroir, qui représentait des dames et de messieurs bien habillés dans un décor champêtre. Elle a même demandé à Jack Lang s’il ne pouvait pas intervenir auprès des propriétaires pour la faire découvrir. Un autre nancéien a témoigné de l’existence de cette peinture en apportant un peu plus de précisions : « Selon mes souvenirs, cette peinture représentait à droite un vieillard barbu devant une chope de bière et à gauche des jeunes filles couronnées, dépoitraillées au centre et en bas des bâtiments industriels aux cheminées fumantes, le tout sur fond de feuilles de houblon avec leurs cosses et d’épis de céréales, de l’orge sans doute ».

On s’interroge sur le fait qu’il n’y ait eu pas plus de pression et d’insistance pour que ce miroir soit déposé afin d’accéder à cette œuvre d’Emile Friant.

 

L’Excelsior, lieu de rencontre des artistes et des intellectuels.

Ils sont nombreux à avoir fréquenté le lieu. Et quoique l’on puisse en penser et la mauvaise réputation que certains ont pu lui donner, Nancy a toujours eu un rayonnement artistique et culturel intense. L’école de Nancy qui a influencé toute une génération de créateur et a illustré brillamment les Arts déco, le festival mondial du théâtre qui a révélé une multitude d’artistes de Pina Bausch à Bob Wilson, entre autres et enfin Jazz Nancy Pulsation qui existe toujours.

C’est ce décor exceptionnel qui vit se succéder toutes les générations d’artistes et d’intellectuels nancéiens, en premier l’ensemble des artisans de l’école de Nancy avait plaisir à s’y retrouver, plus tard les initiateurs du festival mondial du théâtre (créé par Jack Lang) et aussi ceux du non moins célèbre Festival de jazz Nancy Pulsation créé en 1973 : Gilles Mutel, Pierre Pajon, Tito, Patou Kader qui en assure encore la direction artistique.

Mais on pense aussi à Tom Novembre et CharlElie Couture[1], les deux frères qui ont grandi ici.

Philippe Claudel[2] suivit ses études à la faculté des Lettres de Nancy et soutint sa thèse consacrée à André Hardellet[3] sous la direction de Gilles Ernst, qui fut aussi mon professeur et y passa quelques années de sa vie.

Ségolène Royal fit à Nancy une partie de ses études au centre universitaire d’études politiques (qui préparait à l’entrée de l’institut des Sciences politiques de Paris) n’a pu que fréquenter l’Excelsior.

Bref, ils sont trop nombreux pour tous les citer.

Pour en savoir plus, lisez l’excellent livre de Michel Caffier « L’Excelsior, un siècle d’art de vivre à Nancy » Éd. Place Stanislas, 117 p., 29 euros.

 

 

 

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 15:52
a voir absolument ce Paris des années 1920

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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 10:40

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 16:36

Retour sur enfance ce week-end dans le village familial, berceau de mon enfance : Harreville les chanteursHarréville-les- Chanteurs. Le temps y a fait son triste ouvrage. Jadis la maison familiale s’ouvrait sur un paysage champêtre : la Meuse y traçait son chemin entre de tranquilles prairies, elle façonnait le paysage par ses courants, ses fosses et  ses méandres.

Je voyais à peu de distance le pont de pierre aux arches solides qui faisait le lien entre les deux parties du village. L’église se haussait le col au-dessus des toits orange. Un paysan insouciant a revendu le large près qui occupait l’essentiel de notre point de vue. Un « industriels » peu scrupuleux y fait un garage à camions, puis y ajouta un imposant entrepôt métallique. De faillite en faillite l’ensemble devint un véritable dépotoir… nos pays étant peu militant, tout ceci se fit dans l’indifférence générale des habitants, à mon seul désespoir et de mon frère qui y réside désormais. Mon père peu enclin à la contestation laissa faire…

Difficile de comprendre les motivations politiques d’aménagement du territoire. Aujourd’hui au nom d’une certaine écologie (qui pourtant laissa faire cette monstruosité en bord de Meuse) s’intéressant au cours d’eau, j’ai appris (et vu de mes yeux) que le bief d’Harréville avait été détruit. Ce bief historique et faisant partie du patrimoine du village alimentait une turbine d’une petite usine (la fonderie et l’Usine Bickel), coutellerie un temps. Mais surtout  cette retenue sur la Meuse, depuis plus de 150 ans avait façonné les 2 à 3 kilomètres de la rivière en amont. Plus de hauteurs avait donné une rivière large avec des fosses et de nombreuses variétés de nénuphars et plantes aquatique

Il faut savoir et je peux en témoigner, que le bief abritait une variété de moule d’eau douce (incomestible) : la Margaritifera margaritifera ou mulette, nous indique Wikipédia  « est un mollusque lamellibranche des rivières claires d'Europe, de Russie, du Canada et de la façade Est des États-Unis. C'est une espèce connue pour sa durée de vie exceptionnelle (plus d'un siècle), mais qui est au bord de l'extinction bien que protégée ».

Nous nous amusions (sans savoir la rareté de l’espèce) à les pêcher avec des petites baguettes, c’était à celui qui attraperait la plus grosse… et bien c’est fini la destruction du bief a « effacer » leur biotope naturel. Où sont-ils les écologistes si enclins à défendre la nature ?

Ce crime commis, l’eau a descendu de plusieurs marches, la rivière s’est littéralement vidée laissant un spectacle pitoyable sur plus d’un kilomètre. La société de pêche locale ayant quasiment disparue, peu de monde s’en est ému.

Mais quelle est cette administration qui peut ainsi « décider » d’effacer un bief, son histoire industrielle et le paysage entier d’une rivière. La crise frappe à grand coup, l’argent manque de toute part… mais l’administration et ses technocrates trouvent encore les moyens pour commettre ce crime parfaitement inutile.

Il y aurait parait-il un « plan de continuité de la Meuse » ainsi mis en œuvre et qui menace tout prochainement le prochain village de Bazoille-sur-Meuse. Dépêchez-vous d’aller y admirer le spectacle de le Meuse retenue, avant qu’on ne la lâche à son tour.

Voilà la triste histoire que je me devais de vous narrer, celle de la suppression et de la mise à mort d’un bief alimentant une usine qui a structuré la vie, l’histoire et le paysage d’une commune chère à mon cœur…

 

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 17:07

 

Depuis aujourd’hui 1er juillet 2013, les vitrines et les immeubles de bureaux ne 3527979394_c80632a5dc.jpgpourront plus rester allumés toutes la nuit. La réglementation leur impose désormais de s’éteindre entre 1 heure et 7 heures du matin pour les vitrines, et pour les bureaux, une heure après la fin de leur utilisation. Quant aux bâtiments publics, leur illumination ne pourra plus se faire que du coucher du soleil à une heure du matin au plus tard.

Cette mesure avait été adoptée lors du Grenelle de l’environnement en 2007, il aura fallu pas moins de 5 années pour la mettre en œuvre. On regrettera que lorsqu’il s’agit de combler un déficit, comme celui des retraites, il faut 6 mois pour mettre à exécutions les décisions. Deux poids deux mesures ! Mais ne boudons pas notre plaisir, cette mise en application était très attendue.

Pourquoi l’était-elle ? Et bien au cours de ces 50 dernières années la pollution lumineuse, dont nos sociétés sont affublées, a profondément affecté notre environnement. Pour les plus âgés d’entre nous, nous avons le souvenir de cette belle nuit claire d’été avec une vue magistrale sur la Voie Lactée. Celle-ci a disparu de notre champ de vision depuis de nombreuses années, il faut s’éloigner au moins en mer et au large, loin de toute pollution lumineuse, pour espérer la retrouver.

France nature environnement a fait des relevés qui démontrent qu’entre 1992 et 2012 les points lumineux en France ont augmenté de 64% et la durée d’éclairement a plus que doublé. Outre l’observation nocturne des étoiles ; c’est la nature elle-même qui a été profondément affectée par ce foisonnement lumineux. Cette irruption brutale de la lumière dans le cycle nocturne affecte nos écosystèmes et c’est toute la chaine alimentaire qui est ainsi perturbée.

On a noté que, outre la disparition des hirondelles, ce sont aussi les chauves-souris « effrayantes » de notre enfance que nous ne voyons plus la nuit. Décidemment la Voie Lactée… les chauves-souris, cela fait beaucoup ! La population des insectes est à la base de toute la chaine alimentaire, outre les pesticides qui font leur œuvre, la pollution lumineuse de nuit les perturbe et clairseme leurs rangs.

Ainsi la chauve-souris pipistrelle a quitté ses lieux habituels pour se concentrer la nuit autour des lampadaires afin de faire son repas de la multitude d’insectes qui s’y retrouvent à tourner à l’infini…

Les études ont démontré que les insectes sont attirés par la lumière à des distances de plus de 500 m. Leur destruction est massive.

Autre exemple    de disparition : les vers luisants (ou les lucioles) qui faisaient le bonheur là encore de notre enfance, on ne les voit plus. Leur système de reproduction étant lié à une activité diurne, la prolifération des points d’éclairages, y compris dans nos campagnes ont perturbé leur cycle reproducteur.

Donc cette salutaire mesure de diminuer (partiellement) l’éclairage de nuit va peut-être apporter un sursaut sur cette question écologique d’importance. Mais elle aura aussi un impact sur la consommation électrique : une économie de deux térawattheure (TWh) par an, ce qui représente une économie de 200 millions d’euros, 250 000 tonnes de CO2 et la consommation de 750 000 ménages.

Il faudra bien sûr, encore suivre l’application effective de cette nouvelle réglementation. Quels seront les services chargés d’en suivre l’usage ? Mystère… l’administration aura peut-être encore besoin de trois ou quatre années pour trouver une solution. En attendant nos pauvres chauve-souris tournicotent autour des lampadaires jusqu’à en devenir folles.

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 13:43

Fridrich-Charles3.jpg

Voilà un personnage qui mérite un moment d‘attention, pour qui s’intéresse à l’Art Nouveau. L’Ecole de Nancy connait une renommée sans cesse grandissante, grâce à des artistes comme Emile Gallé[1], Eugène Vallin[2], Victor Prouvé[3], Jacques Grüber[4] et Louis Majorelle[5] …Charles Fridrich va jouer dans le mouvement un rôle singulier pour l’époque, celui de « promoteur » du mouvement, tout en étant aussi un créateur dont on a tout récemment redécouvert le talent.

La Maison d’Art Lorraine.

Il est né à Nancy en 1er août 1876, fils d’un marchand tapissier. Sa famille est originaire de Lay-Saint-Christophe, son grand père qui y est né s’installera à Nancy en 1838. C’est donc dans une tradition familiale que Charles s’intéressera très tôt à la tapisserie. Il passera son enfance dans un univers d’étoffes, de motifs de décoration et bien sûr d’aménagement qui vont très vite décidés de son avenir.

Il fait ses études à l’Ecole municipale des Beaux Arts de Nancy. C’est en 1899 qu’il expose pour la première fois ses « fameuses » tentures.

A l’âge de 24 ans, le 15 novembre 1900, il fonde la Maison d’Art Lorraine, société en commandite Charles Fridrich et Cie (au capital de 300 000 francs, « pour la fabrication et la vente de tissus, meubles et objets d’art »), au 38 de la rue Stanislas à Nancy, et aussi à Paris. Un ami de la famille Emile Goutière-Vernolle, qui a fondé  une revue spécialisée la Lorraine Artistes soutiendra son initiative.

Fridrich-Charles1-copie-2.jpgLa façade et la devanture du magasin présentaient un étrange décor plaqué, avec, dans l’esprit de l’Art nouveau, des arbres aux racines fixées avec détail et dont les ramures et feuillages montaient en rampant le long de la corniche, l’effet était saisissant.

Charles Fridrich y vend, bien sûr, les Tissus d’Art qu’il édite et fabrique. Il avait déjà commencé son activité dans la fabrique de son père, sise rue d’Amerval, puis 4, rue de la Salle à Nancy.

Avec son père ils obtiendront un diplôme de mérite à la première Exposition Universelle des Arts Décoratifs à Turin en 1902, et la même année une médaille d’or à Marseille. Face à ses premières difficultés financières, il est obligé de faire appel à de nouveaux capitaux pour maintenir à flot sa société.

C’est un pionnier qui se lance à ses risques et périls. Ambitieux, Il se fixe comme objectif : « …de favoriser l'expansion de l'art moderne, d’organiser dans ses salles des expositions permanentes destinées à faire connaître les résultats obtenus par les artistes, dans leurs recherches d'un art libre et indépendant ». Il organise des expositions permanentes, mais aussi temporaires dédiées aux artistes lorrains dans Fridrich-Charles2.jpgtoutes les disciplines. Il met en place des concours en direction de jeunes ouvriers d’art de moins de 20 ans.

Charles Fridrich réalise de son côté des peluches décorées et colorées, avec un procédé dont il a le secret, des velours frappés et gaufrés, et des tapisseries, les décors sont de Victor Prouvé, Jacques Grüber et Paul Nicolas[6].

Le salon de l’Art nouveau créé à Paris en 1895, par Samuel Bing va lui servir de modèle. Il s’agit de faire de cette Maison d’Art Lorraine, un lieu de diffusion d’un art qu’il définit comme nouveau. Ce sera le tremplin pour les artistes de l’Ecole de Nancy, dont il sera l’un des membres du Comité directeur dès 1901, le nom est, plus précisément, l’Ecole de Nancy. Alliance provinciale des Industries d’Art. Emile Gallé en sera le président. Le nom peut paraitre pompeux, mais il reflète le souci de ses créateurs de donner à leur aventure collective toutes les chances de réussir.

L’aventure va durer seulement trois ans, avec des succursales dans la région Lorraine à Vittel (Station thermale réputée de l’époque) et jusqu’à Luxembourg. Il fera malheureusement faillite en 1903.

Sa société est condamnée à la liquidation financière. Le 22 juin 1903, un volumineux lot de tentures et tissus divers est vendu aux enchères publiques. La vente rapportera peu, la dépression économique est déjà là et se fait fortement sentir à Nancy.

Abandonnant son activité de « prophète » des arts, il poursuivra à la fois son activité de créateur mais aussi de vente de meubles et d’objets d’antiquité, métier dont il excella l’art.

Fridrich-Charles5.jpgNovembre 1904, les nancéiens découvrent salle Poirel, l’exposition d’art décoratif qu’a organisée la Société lorraine des amis des arts. L’espace a été réaménagé par Eugène Vallin, avec l’aide de son ami architecte Alexandre Mienville. Sont associés à l‘exposition : Victor Prouvé, Auguste Vallin (le fils d’Eugène), Charles Fridrich y réalisera l’ensemble des tentures.

Il prononce la même année à l’Académie Stanislas son discours de réception sur « Le décor symbolique ».

Les tissus et les velours…

Sur cette période il va produire beaucoup, avec comme thème majeur d’inspiration la nature, il donnera à ses tentures les noms de : Paysage, Le philodendrons, l’Aquarium, les Capucines, Chèvrefeuilles, Cytises, Clair de lune, les Ombelles, le Chardon, les Courges, Nymphéa… celles-ci seront déclinées en : rideaux, portières, bandeaux, dessus de siège et de pianos, tapis de table, paravents, cadres de glace, coussins etc.

Pour ce qui est « des Ombelles », j’ai le souvenir de les avoir vues accrochées dans le hall du château de Vandoeuvre lorsque j’y habitais. C’est sur un fond de peluche d’une couleur violine, très originale, que se détachent les tiges fleuries d’Heracleum fridrich-Charles8.jpgphundulium, appelées souvent Berce des Près ou Ombelles. L’ensemble est assez majestueux et d’une beauté sereine.

Des les débuts de la chimie, Charles Fridrich va chercher à tirer profit de ses immenses possibilités, particulièrement chromatiques. Il apprend très vite à maitriser la technique qui consiste à modifier les couleurs d’un tissu par l’application de réactifs de nature basique ou acide.

Dans le journal la Maison d’Art Lorraine, le journaliste Gaston Save écrit dans le numéro du 1er avril 1900, grâce à cette technique: « la fantaisie de l’artistes trouve (…) libre carrière, tous les tons, unis ou dégradés, nets de bords ou fondus, clairs ou foncés, irisés ou chatoyants, lui sont donnés sans difficultés techniques, par des réactions très simples, presque sans outillages. Pas de Bains colorants, aucune teinture, donc solidité absolue, comme on peut s’en convaincre par les pièces exposées au plein soleil dans le magasin Fridrich. »

L’art de cet artisan lui permet de passer par les tons de couleurs plus originales les unes que les autres et qui vont caractériser son travail et son art : bleu paon, vert émeraude, bleu au pochoir et toutes ses nuances. Ce sont les indications de la découpe du pochoir qui vont assurer la protection des parties qu’il cherche à préserver de l’attaque des acides. La cire, le Pégamoid[7] ou le Viscoïd[8] vont assurer l’étanchéité nécessaire à la réussite de son travail.

Les effets surprenants obtenus, le sont par l’utilisation de ces caches en buvard épais. Juste après la pulvérisation des acides, ils sont immédiatement retirés ou laissés quelques temps. C’est cette appréciation d’usage qui va permettre la création des nuances et des subtilités des couleurs. Gaston Save parle dans son article du résultat final en ces mots : «Ni un tableau (…) ni une tapisserie, mais un décor en teinturerie harmonieuse et simple n’ôtant rien à l’étoffe de sa souplesse et de son velouté Soyaux.»

L’artiste utilise encore des effets d’écrasements sur les velours et peluches pour accentuer les effets. Enfin c’est à la broderie de rentrer dans le jeu. La machine des brodeurs, « Cornely [9]» peut fixer sur ce fond travaillé des appliques d’une couleur ou d’un matériau différent : soie, fine peau ou encore galons. C’est selon l’investissement recherché. Ces ajouts peuvent en effet couter fort cher.

fridrich-Charles9.jpgLes travaux exécutés autorisent toute sorte d’usage du plus petit au plus grand, l’essentielle des tentures permettent le décor de grandes surfaces murales, de halls et de cages d’escalier.

Il va donc utiliser les techniques propres à la chimie pour son travail et se spécialiser dans la décoration des tissus et tentures d’appartement. Il fixera essentiellement des végétaux, en s’inspirant du japonisme à la mode. Il commercialisera, avec succès, ses peluches décolorées et réalisera de nombreux objets de décoration. Ses matériaux de prédilections seront ; le coton, la laine, la soie, le lin et le velours. Ses principaux motifs seront inspirés par le travail de Louis Hestaux[10].

Tantôt il réalise lui-même les dessins de ses tissus, tantôt il fait appel aux artistes du moment. Il collaborera longtemps avec Ernest Ventrillon, tout jeune débutant, né en 1884.

En 1907, il participera à la commande Georges Malard, pharmacien à Commercy qui souhaite réaliser une devanture inspirée par l’art nouveau. C’est Eugène Vallin qui va la concevoir dans le style de l’Ecole de Nancy, il demandera à Charles Fridrich d’en concevoir le décor intérieur. Elle se visite toujours aujourd’hui.

L’école de Nancy.

Les artistes de l’école de Nancy ont connu un succès foudroyant avec un art dit « nouveau » qui s’inspire des formes de la nature : principalement végétale, on y retrouve les thèmes de l’ombelle, du nénuphar, du chardon, du cucurbitacée, du ginkgo, mais aussi animale, comme les papillons, les libellules et les lézards. Les matériaux employés sont le bois, l’acier, la ferronnerie et la verrerie. L’ambition : exalter la beauté Fridrich-Charles4.jpgde la nature et lui donner sa place dans la maison, ces artistes se veulent populaires.

Les artistes de l’Ecole de Nancy seront architectes (250 ouvrages d’architectures seront restaurés et mis en valeur entre 1998 et 2000), maîtres verriers (Emile Gallé, Jacques Grüber) ébénistes (Louis Majorelle), peintres (Emile Friant[11]), écrivains (Paul Souriau), poètes, journalistes, éditeurs (François-Georges-Oscar Berger-Levrault[12]) et mécènes (Eugène Corbin[13]). La ville de Nancy connaitre une effervescence artistiques exceptionnelles dont il reste de nombreuses traces : le parcours des maisons et le fameux musée de l’école de Nancy.

Fin de vie et descendance…

Charles Fridrich terminera sa vie, aux côtés de son épouse Claire Blondlat, institutrice à Villers-le –Sec (ses deux parents étaient eux mêmes instituteurs) laïque et engagée, au Château du vieux village de Vandœuvre-lès-Nancy, aujourd’hui inscrit à l’inventaire complémentaire des monuments historiques. Il est mort le 12 novembre 1952, médaillé de la guerre de 14-18, avec le grade de colonel, contrairement à toutes les références publiques qui font état de son décès en 1962. Il est enterré au cimetière de Préville à Nancy, comme nombre des ses amis de l’Ecole de Nancy.

Il a eu deux enfants Jean-Pierre, antiquaire et Jacqueline Kaplan qui fut de nombreuses années (40 ans) engagée dans la vie municipale de Vandœuvre-lès-Nancy, les serres de la ville porte son nom.

Fridrich-Charles.jpgIl a un arrière petit fils qui fait une carrière artistique : Jérôme Kaplan. Après avoir étudié la scénographie à l’école de la Rue Blanche (EBSATT° il dessine aujourd’hui les costumes et les décors de nombreux spectacles en France, comme à l’étranger : à l’Opéra Bastille, les ballets de Monte Carlo, le Ballet national de Shanghai, de Finlande, la Comédie Française, le Théâtre National, de Chaillot. En 2012, il sera honoré du Golden Mask du meilleur créateur de costume pour les décors et costumes des Illusions perdues au théâtre du Bolchoï à Moscou.

Sources :

http://www.ecole-de-nancy.com/web/index.php?page=presentation-men

Alliance provinciale des industries d’art, Ecole de Nancy, statuts, Nancy, 1901

Nicolas E. L’art décoratif lorrain et l’Ecole de Nancy, Nancy, 1917

Musée de l’Ecole de Nancy, broderie et tissus, de François Thérèse Charpentier, 1980, Nancy

Guide de l’Ecole de Nancy, de Christian Debize, Presse universitaire de Nancy, 1993

V. THOMAS, « Charles Fridrich et la Maison d’Art Lorrain », Actes du Colloque, L’Ecole de Nancy et les arts décoratifs, Nancy, 1999, p. 184-193.



[1] - Émile Gallé, né à Nancy le 4 mai 1846 et décédé dans la même ville le 23 septembre 1904, est un industriel, maître verrier, ébéniste et céramiste français. Il est fondateur et premier président de l’École de Nancy en 1901.

[2] - Eugène Vallin est né à Herbéviller en 1856 et est mort à Nancy en 1922. C'est un architecte et menuisier d'art français.

[3] - Victor Prouvé, né le 13 août 1858 à Nancy - mort le 15 février 1943 à Sétif (Algérie) est un peintre, portraitiste, paysagiste, sculpteur et graveur français. Il appartient au mouvement de l'art nouveau.

[4] - Jacques Grüber, né le 25 janvier 1870 à Sundhouse (Bas-Rhin) et mort le 15 décembre 1936 à Paris (Seine), est un artiste plastique et maître verrier français.

[5] - Louis-Jean-Sylvestre Majorelle, usuellement Louis Majorelle est né à Toul le  26 septembre 1859 et est mort à Nancy le 15 janvier 1926. Il était un ébéniste et décorateur français, membre de l’Art nouveau du mouvement de l'École de Nancy dont il fut également vice-président

[6] - Paul Nicolas, dit d'Argental, né le 25 mai 1875 à Laval-sur-Vologne (Vosges) et mort le 22 février 1952 à Nancy, est un maître verrier français.

 

[7] - Le Pégamoïd, produit assez voisin du Celluloïd, se prépare à partir de camphre et de nitro-cellulose dissous dans l'alcool ou dans un autre solvant adapté. On ajoute de l'huile de ricin en petites quantités comme plastifiant. On utilise le Pégamoïd dans la préparation de cuirs artificiels et de toiles cirées. Il peut être réalisé également, pour d'autres emplois, en feuilles transparentes, imperméables et peu combustibles."

[8] - La viscose, abandonnée à l’air, se coagule en donnant de la cellulose hydratée, qui se contracte peu à peu, ce produit solide est le Viscoïd.

[9] - Cette broderie porte le nom le la machine qui l’exécute. Créée au XIXe siècle pour imiter le point de Beauvais, elle a été utilisée au XXe siècle pour le linge de maison et la mode. La Cornely, guidée à la main par l’artisan brodeur, peut réaliser de la broderie « 2fils » et « 3fils », ce qui permet d’apposer des matières sur l’ouvrage en soutache (2 fils) ou d’ajouter une âme à la soutache (3 fils). La machine peut aussi broder une grande diversité de toiles, coton ou lin, soie ou laine, des plus fines aux plus épaisses, soyeuses ou rêches.

[10] - Louis Hestaux est né en 1858 à Metz et est mort à Nancy en 1919, c’est un peintre français.

[11] - Émile Friant est un artiste-peintre naturaliste français né à Dieuze le 16 avril 1863, mort à Paris le 9 juin 1932 ;

[12] - François-Georges-Oscar Berger-Levrault, né le 9 mai 1826 à Strasbourg et mort le 24 septembre 1903 à Nancy, est un éditeur français.

[13] - Jean-Baptiste Eugène Corbin (1867 - 1952) est un artiste amateur, collectionneur d'art et sportif, qui fut un mécène majeur du mouvement Art nouveau de l'École de Nancy.

 

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 11:33

Taillat.jpgLe Cap Taillat.

Le conservatoire du littoral a eu le mérite de remettre en état l’ancien chemin côtier dit des douaniers. On l’appelle aussi sentier du littoral. Alors qu’il assurait jadis l’intégrité douanière du pays, en contrôlant son accès, aujourd’hui il sert essentiellement à la valorisation du patrimoine. La loi du 31 décembre 1976, reprenant l’’usage du code napoléonien, garantit un passage de 3 mètres en bordure de côte comme servitude public à tous les propriétaires privés. La loi Littoral de 1986 a renforcé ce dispositif.

 

Sur la commune de Ramatuelle il dessert, pour qui aime la marche à pied de nombreux sites remarquables et offre des panoramas somptueux sur la mer.

 

Il suit le Cap Camarat, dans le sens des aiguilles d’une montre… sa particularité ? Il n’est accessible que par le sentier du littoral. Il avait été occupé de manière sauvage par des campeurs à partir des années 1960 et était devenu le rendez-vous de tous les babas cool de l’Europe, une faune bigarrée et souvent nue y passaient de belles heures de mai à septembre.

 

C’était aussi le lieu de tournage de nombreux films, Jean Girault y a tourné en 1970 « le gendarme en Ballade », la fameuse scène des hippies. La fréquence des tournages sur ce site a fragilisé son éco système (destruction de dunes naturelles, destruction de végétaux) le tournage de La Scoumoune en 1972 avec Jean-Paul Belmondo a été un dur coup porté à cette partie du littorale.

 

taillat1.jpgLe pire a été évité quand Gilbert Trigano a essayé d’y implanter des bungalows pour l’un de ses clubs. C’est à Albert Raphaël, aujourd’hui disparu, maire de Ramatuelle que l’on doit cet exploit. Propriété de la famille Debré, les terrains dits de la Bastide Blanche, ont été acheté par le PDG du Club Med. En ce temps là, béni des tripatouilleurs en toute sorte, les permis de construire étaient attribués par la préfecture et non par le maire. Evidemment, ayant le bras long, Trigano obtint son permis de construire pour son « affreux » projet. Mais négligent de faire avancer son projet, le délai étant de un an et un jour, Raphaël à la tête de son conseil municipal fit constater la carence pour casser le permis de construire. Puis la loi changea et l’autorisation revint en de bonnes mains : celle du maire. Le site était sauvé ! Il est depuis la propriété exclusive du Conservatoire du littoral.

 

Depuis le chemin qui y menait a été dynamité, il a enfin retrouvé sa sérénité  d’origine. Pour le mériter, il faut le gagner, soit à partir de l’Escalet (le plus rapide, 30 mn de marche), soit depuis la baie de Gigaro (le plus long).

 

Ramtuelle-crique.jpgPour y arriver, le sentier prend un peu de hauteur et offre des panoramas méditerranéens remarquables qui évoquent la Grèce. Les petites criques se lovent dans des aplats rocheux gris et verts qui répondent en écho aux effets turquoise d’une eau calme et apaisante. Le chemin se resserre sous les effets abondants de la végétation : myrtes, arbousiers, genévriers, romarins et sauges sauvages…la mer est saisissante, captivante comme un appel sans fin… Vos pas vous mènent, inconscients de tant de beauté, à vive allure sur un petit col dominant la plage arrondie et sur le Cap Taillat qui s’élève dans le ciel comme une promesse

 

Saison 1 : la plage de Pampelonne

http://jmpelletier52.over-blog.com/article-ramatuelle-cette-inconnue-114494680.html

 

Saison 2 : le village médiéval

http://jmpelletier52.over-blog.com/article-ramatuelle-cette-inconnue-114594286.html

 

Saison 3 : ses criques, ses ballades

http://jmpelletier52.over-blog.com/article-ramatuelle-cette-inconnue-114815116.html

 

Saison 4 le phare de Camarat

http://jmpelletier52.over-blog.com/article-ramatuelle-cette-inconnue-114911808.html

 

 

 

 

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 12:09

Camarat-1.jpgSaison 4 : Le phare de Camarat

 

Le phare de Camarat domine la presqu’ile de Saint Tropez, on l’aperçoit de tous les points de la commune de Ramatuelle. C’est la Vigie par exemple qui peuple le paysage et rythme l’horizon. Il est l’un des points de départ des sentiers de grande randonnées du littoral, dits chemin des douaniers qui mène au site remarquable de l’Escalet et la somptueuse plage de Briande, dite aussi de la Bastide Blanche.

 

Au sud de Saint Tropez, le cap Camarat fait partie d’un ensemble de trois caps : Taillat, Lardier et Camarat. Propriété du conservatoire du littoral, ces trois caps sont exceptionnels par leur géologie, leur faune, leurs flores et les affleurements rocheux du bord de mer.

Le phare de Cam

arat est le 2ième phare de France pour sa hauteur (129,80 mètres au dessus du niveau de la mer) après celui de Vallauris. Il a été construit entre 1829 et 1832 sur un ancien domaine seigneurial dit de « Camarat » remontant au XIVème siècle. Il est composé d’une tour carrée en maçonnerie lisse, posée sur un édifice carré.

 

A l’origine sa source lumineuse était alimentée par du pétrole, il est passé à l’électricité seulement, en 1946. Il sera classé au titre de site naturel en 1993.

 

Le gardien du phare, aussi mythique soit-il, a disparu, le phare a été automatise, comme la  plupart des phares français en 1977 et depuis cette date c’est le service des phares et balises de phare de l’île de Porquerolles qui le télé-contrôle.

 

Il est installé à proximité du sémaphore de Camarat qu’administre la Marine nationale nuit et jour, le site est interdit au public. C’est là que se trouve le réémetteur ASN (Appels Sélectifs Numériques), un système mondial de détresse et de sécurité en mer.

 

La portée du phare est de 48 km (26 miles). Son feux est unique, blanc à 4 éclats groupés en 15 secondes. C’est une lampe halogène de 1000 Watt qui le fournit.

 

Le phare de Camarat est ouvert au public en entrée libre pendant la saison d’été.

 

C’est par un escalier particulièrement difficile à monter que l’on peut accéder à la tourelle, celle-ci offre un panorama à 360 degrés époustouflant et qui mérite le détour. Vous y admirerez le long lacet de la plage de Pampelonne, la plaine de Ramatuelle et l’ensemble du cap Camarat.

 

Vous serrez subjugué par la couleur de la mer, son bleu profond qui se mêle à celui du ciel avec des camaïeux de verts, les verts émeraude et bleuté de la végétation méditerranéenne. Lorsque le mistral souffle et nettoie l’horizon à coup de grand vent, c’est une immense clarté qui s’installe et donne une vision de la mer avec une impression d’infini, jusqu’à apercevoir : les îles d’Or ou îles d’Hyères.

 

Enfin c’est dans cette perspective unique au monde que l’on peut imaginer l’épave de l’avion de Saint Exupéry, un Lockheed P 38 Lightning au fond des eaux, tombeau profond de l’auteur du Petit prince, jamais identifié.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 12:20

Saison 3 : ses criques, ses ballades, sa faune et sa flore…

 

 

bonne-terrasse-2-jpgRamatuelle offre de vastes perspectives pour un séjour actif…. de découvertes et de promenades. Connue pour sa plage de Pampelonne et son vieux village médiéval, la commune réserve encore de nombreuses surprises pour les amoureux de la nature.  Nombreuses sont les criques et les plages à l’écart de la foule, les plages qui se méritent en bateau ou à pied.

 

En commençant par Bonne terrasse.

En commençant pas le plus facile, vous pourrez vous rendre aisément  sur la petite plage de Bonne Terrasse. Elle se trouve à droite de Pampelonne  quand on regarde la mer. Les deux plages sont séparées par un petit promontoire rocheux où Eddie Barclay a eu la bonne idée de construire sa villa. Elle est nettement moins fréquentée et présente un charme réel. C’est la plage des pêcheurs de Ramatuelle, on y voit encore leurs baraques en l’état avec leur garage à bateaux. Certaines ont déjà été reconverties au tourisme local, d’autres sont encore dans leur jus.

 

Bonne Terrasse, le nom est un programme en soi, cet arc de 150 mètres de sables fins appelle aux bains de mers et de soleil. C’est aussi le rendez-vous des plongeurs, au delà du sable, les fonds sont recouverts de galets et d’oursins, la côte rocheuse de part et d’autres est un espace de rêve pour les poissons méditerranéens : Rascasse, Congre, Saint Pierre, Vive, Lotte et poissons de roche.

 

C’est d’ailleurs à Bonne Terrasse qu’a trouvé refuge et prospérité le restaurant, pour manger la fameuse Bouillabaisse, chez Camille.  C’est le plat traditionnel marseillais, popularisé par Pagnol. Son origine est grecque, il s’agit d’une soupe de poissons servie très chaude avec des croutons aillés, une sauce appelée Rouille, des morceaux de poissons entiers et des pommes de terre. Les recettes sont nombreuses, on y trouve aussi du crabe, de la langouste et de la cigale de mer pour les plus fortunés. Le tour de main et la qualité des produits font toute la réussite du plat. Chez Camille, il faut tout de même compter 79 euros par personne sans les vins, mais la soirée est garantie dans l’assiette et la vue sur mer. Il faut impérativement réserver quelque soit la saison.

 

Depuis Bonne Terrasse vous pouvez emprunter plusieurs chemins piétonniers, soit pour retourner vers la plage de Pampelonne, en prenant le chemin des douaniers, aménagé par le conservatoire du littoral et qui contourne la villa Barclay, soit pour vous diriger par le même sentier vers le cap Camarat. Le chemin est magnifique, mais pas à la portée de tous, car il est très escarpé et à flanc de falaise.

 

C’est une étape qui mérite que vous vous y intéressiez, mais le paradis n’est pas absolu. Si La presqu’île a été préservée de toute atteinte urbanistique, c’est pourtant à Bonne Terrasse qu’a été construit un domaine donnant directement sur la plage. Une bonne affaire pour les promoteurs, un mauvais coup pour la nature !

 

En même temps ces constructions sont plutôt jolies et vous pourrez même en passant par la plage vous offrir une promenade dans ce petit domaine où les propriétés ont été construites sur le modèle de maisons de pêcheurs.

 

La faune.

Déjà à Bonne Terrasse vous pourrez observer nombre d’oiseaux. Le plus célèbre d’entre eux est le Goéland leucophée (en provençal gabian, rappelez-moi de vous écrire aussi quelques pages sur le provençal à Ramatuelle).On le reconnait à ses pattes jaunes et son bec de la même couleur marqué de rouge. Vous aurez peut être la chance d’observer le Grand Cormoran, tout noir et qui passe l’hiver ici. Bien entendu vous serez sous le charme de la mouette rieuse… et ses sœurs : pygmées, la Sterne (appelée aussi hirondelle de mer). Enfin c’est uniquement au printemps que vous apercevrez le Merlin bleu (Monticole bleu).

 

En vous écartant du rivage et en prenant les petits sentiers vous aurez peut être le bonheur de voir la tortue Hermann (espèce protégée), qui se fait rare, des renards et même des sangliers (ceux-ci prolifèrent et descendent jusque dans les villas).

 

A suivre : le phare de Camarat et l’Escalet….

 

 

 

 

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 14:04

Saison 2 : le village médiéval.

 

  

 

4165044257_59b0cec336.jpgLa commune compte 2327 habitants l’hiver et plusieurs dizaine de milliers l’été en raison de ses nombreux hôtels, chambres d’hôtes, villas et campings. Le village présente un attrait touristique et pittoresque. Sa visite réserve de nombreuses surprises et procure, au cœur de l’été un sentiment de paix, auquel on ne s’attend pas, tant la plage de Pampelonne bruit, elle, de toute une population branchée et familiale.

C’est donc une population celto ligure, appelée Camatullici par les occupants arabes qui est à l’origine du nom de Ramatuelle. Le « C » aurait été remplacé par le « R » pour donner Ramatullici.

 

Mais la présence de l’homme est plus ancienne, probablement dés le Paléolithique (30 000 ans avant JC). La découverte de nombreux silex l’atteste ainsi que de haches polies. De multiples objets témoignent aussi des échanges avec les grecs et les étrusques. Les romains, de passage y ont laissé des traces : amphores (au large des côtes), poteries, clous en bronze, vestiges d’aqueduc, de tombes et de fermes romaines.

 

Le village, comme beaucoup de villages provençaux (Gassin, Grimaud …) présente la particularité de se nicher sur le contrefort de la colline de Paillas. De ses 130 m, il offre un panorama exceptionnel sur la plage de Pampelonne et les vignobles (750 hectares) qui s’étendent dans la plaine.

 

L’ensemble des ruelles s’organisent en escargot, étroites et parfois escarpées. Cette architecture est typique en méditerranée, agrémentée de petites places, d’escaliers en volée, de pavés, d’étroits passages et porches énigmatiques, couronnée par le campanile de l’église. On y voit aussi toutes sortes de façades. C’est toute une promenade qui s’organise dans ce dédale où foisonnent les jasmins, lauriers, bougainvilliers, chèvrefeuilles de toutes couleurs et odeurs. Chaque arbuste, chaque fleur est agrémentée d’une étiquette attestant de son origine.

 

Vous partirez à la découverte des échoppes d’artisans de tous métiers lovées souvent dans des caves en pierres naturelles du pays, des restaurants, et des monuments. Notez que chaque jeudi et dimanche la place principale, dite de l’Ormeau accueille un marché provençal, plein de charme et d’animation. Elle accueillait autrefois un Ormeau ancien, planté du temps de Sully (XVIème  siècle) qui malheureusement fût emporté par la maladie comme tous ses « congénères ». En 1983 la municipalité dût l’abattre et le remplacer par un olivier centenaire.

 

Sur cette même place vous visiterez l’extraordinaire église Notre-Dame de Ramatuelle, qui s’appuye sur les anciens remparts, on y voit encore une partie du chemin de ronde. Elle date de 1620. Elle présente un superbe portail en pierre serpentine, à l’intérieur : un autel du XVIème siècle, deux statuettes en bois doré de Saint Joseph et de la vierge (XVIème siècle), un buste de Saint-André, patron de la commune, taillé dans une souche de figuier. Son clocher a du faire partie des tours de guet des remparts. Les anciennes prisons, construites sous Napoléon III, sont dans la rue qui longe les remparts.

 

Vous poursuivrez la visite par les différentes maisons du village, qui datent tous du XVIIIème siècle, le village ayant été détruit au cours des guerres de religion. Au cœur du village vous arriverez au château des seigneurs de Ramatuelle, bâti par les Audibert. Un peu à l’écart vous aurez une pensée, en visitant le cimetière pour Gérard Philipe qui y repose sous un magnifique laurier. Tout proche, la chapelle Sainte-Anne (XVIème siècle) est la seule des quatre chapelles à avoir survécu aux guerres de religions entre catholiques et protestants.

 

Un magnifique théâtre de verdure tourné vers la mer accueille les spectacles de l’été (festival de théâtre, de Jazz et de musique classique.

 

A suivre : les criques secrètes, la route des vins, les promenades insolites et les phares…

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L'auteur

  • Jean Pelletier
  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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