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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 17:32

Est-ce l’âge, le temps qui passe, j’éprouve de plus en plus de nostalgie et me détache du monde et de ses affaires courantes… en effet elles courent, elles courent et ne laissent pas grand-chose de tangible derrières elles. Ce n’est pas que je tourne le dos à la politique, c’est que je la vois désormais comme un corps qui se sépare de moi, qui s’éloigne, qui me devient presque étranger… à moi qui m’y suis tant donné… j’observe, il m’arrive de commenter, mais c’est à peine si j’y crois encore

Pourtant la politique ne nous lâche jamais, je devrais le savoir. Quiconque s’abstient donne indirectement sa voix à quelqu’un d’autre qu’il n’aura pas choisi. L’abstention est la pire des choses, c’est une négation dévastatrice qui hélas semble s‘emparer du pays ! Je ne m’abstiens pas, mais je n’arrive pas, pour autant, à prendre corps dans le débat politique qui nous est offert…

Ma génération a connu des moments extraordinaires… quand j’y pense, c’est un véritable roman. En 1974 j’ai 22 ans en 1971 au congrès d’Epinay j’en ai 19. Comment ne pas se remémorer ce temps-là où naissant au monde des idées, je baigne dans un temps de l’histoire où la société est en plein mouvement et où la gauche se sort de l’ornière de la SFIO, des présidentielles de 1969 et de l’échec terrible de Gaston Defferre… Et puis ce sera la grande marche en avant des idées et du combat politique. Les affrontements internes au PS avaient une bien autre tournure, ne serait-ce qu’entre la deuxième gauche incarnée par Rocard et le CERES par Jean-Pierre Chevènement. C’était rude, qui ne souvient pas du fameux Rocard d’Estaing lancé à la figure de Rocard par Defferre  au Congrès de Metz ?

Même l’aventure un peu stupide d’un Jean-Jacques Servan Schreiber à Nancy, puis à Bordeaux avait tout de même plus d’allure que les gesticulations sordides d’un Emmanuel Macron.

1981 sera l’apogée de cette histoire… jusque 1984… je participe à l’aventure de la gauche au pouvoir, en faisant du cabinet ministériel. L’occasion unique de voir à l’œuvre les forces de destruction que le pouvoir entretient et nourrit en son sein.

Marche après marche, c’est la descente à l’envers aux enfers… chaque épisode semble l’apogée de la « mort », mais non le pire est à chaque fois à attendre.

2017 fait plus que pointer le bout de son nez… la gauche est en vrac, comme si chacun de son côté n’avait pour tout carnet de route que la perte… de son propre camp.

Alain Juppé (le revenant ne l’oublions pas, quand même) semble inexorablement en orbite pour conquérir en mai prochain l’Élysée… de bonnes âmes en charge du renouvellement annonce la nomination de Valérie Pecresse à Matignon… tout cela souffle bizarrement au-dessus de nos têtes comme un air de rénovation, de transformation .…

La destruction massive de la gauche va faire prendre aux électeurs des vessies pour des lanternes… car enfin Juppé, Pecresse c’est tout juste la Droite, la Droite une fois de plus et pas moins que cela…

On vit comme dans un cauchemar un roman qui narrerait que la droite légitimerait enfin ses idées par KO de la gauche.

Citoyens, réveillez-vous, écoutez bien tout ce qui se dit et, de grâce, lisez les programmes et cherchez bien où est votre intérêt

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 11:18

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Published by Jean Pelletier - dans Histoire
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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 19:27
André Henry, un militant de l’action laïque.

Quand je pense à André Henry, une multitude de souvenirs remontent à ma mémoire. Les années que nous avons partagées en 1981 sont les plus riches de ma vie. J’étais jeune et son influence sur ma formation a été déterminante. En même temps notre rencontre ne fut pas un véritable hasard, mêmes origines, même éducation et mêmes valeurs.

Né le 15 octobre 1934 à Fontenoy-le-Château dans les Vosges, sa biographie sur Wikipedia indique qu’il « est un instituteur syndicaliste, militant associatif et homme politique français ».

Sur son enfance, il est peu bavard. Il aura fallu cette fête pour ses noces d’or dans les Vosges et cette promenade sur la canal de son enfance, le passage à l’écluse où il a grandi auprès de sa grand mère, pour en savoir un peu plus, belles journées partagées avec émotion. C’est une enfance entourée de deux femmes, sa grand-mère, sa mère, pas de père, ni de frère, ni de sœur. La nature immense, la pêche et les courses en solitaire dans les bois, une scolarité tranquille, il dit qu’il a été heureux, même si une fois marié, il s’est considérablement investi dans la famille de sa femme.

C’est en 1951, que bon élève il entre à l’école normale d’instituteurs de Mirecourt. Trois ans après il est instituteurs à Fontenoy-le-Château, puis à Thaon-les-Vosges.

Il se forgera une identité militante très tôt, il sera le délégué de sa promotion (1954-1955) à l’Ecole normale, il a 20 ans. C’est donc un tout jeune homme, plus habitué des bois et du silence de l’eau, qui rejoint à ce titre la section départementale des Vosges au Syndicat national des instituteurs (SNI). André Henry s’est trouvé une famille, une grande famille. Il fait son service militaire dans l’aviation, où il fera son apprentissage de pilote, il pilotera tout au long de sa vie, faisant partager sa passion à ses proches. Je me souviens encore de cette promenade en avion, un tout petit avion, et il fallait toute la confiance que j’avais en lui, pour me remettre ainsi entre ses mains et dans les airs.

1961, il a 27 ans il est déjà élu secrétaire général adjoint de la section des Vosges du SNI, deux ans plus tard il en est le secrétaire général et rentre au bureau national du SNI en décembre 1965.

Outre l’aviation, c’est la passion du football qui l’emporte, football qu’il pratique régulièrement en amateur. Il s’engage complétement dans la mouvance laïque. C’est en 1963, qu’il est initié à la Fraternité vosgienne, loge du Grand Orient de France. Il siège au CA de la Mutuelle générale de l’Education nationale (MGEN). C’est lui qui fonde à Thaon-les-Vosges en 1960, l’amicale laïque. Il sera secrétaire du Comité départemental d’action laïque (CDAL)

Passent les événements de mai 1968 et c’est en janvier 1969 qu’il quitte les Vosges pour « monter » à Paris et siéger au secrétariat permanent du SNI. Il a 35 ans et prend la responsabilité du secteur « jeunes » du syndicat. Il est très proche de Guy Georges, haut marnais historique et voisin des Vosges. Ils présenteront ensemble un document historique au congrès national du SNI en 1970 : « Une nouvelle Conception de l’éducation et de l’école », document fondateur de la thèse de l’école fondamentale.

Travailleur, organisé et têtu il continue à faire sa place dans cette mouvance laïque qui a su reconnaître en lui cette force là. Il est donc élu secrétaire de la commission « culture, jeunesse, loisirs » de la Fédération de l’Education Nationale (FEN) où il siège au bureau fédéral depuis 1971.

Très vite, en 1974 il succède à Jacques Marangé à la tête de la FEN. Il fera de cette organisation syndicale, une grande force syndicale aux côtés de la CGT, de FO et de la CFDT.

C’est en renforçant la majorité syndicale de la FEN autour de la laïcité, de la défense de la Fonction publique et des droits et libertés qu’il renforce le projet de l’Ecole de l’éducation permanente.

André Henry est l’homme de la FEN, il structure son organisation, encourage une équipe de secrétaire nationaux en charges des questions relatives à l’Education nationale, la Jeunesse et les sports, la Culture.

Cette évolution se fait dans un climat de tension avec le SNI qui ne voit pas toujours d’un bon œil cette montée en puissance de la FEN. Celle-ci connaît son apogée avec la reconnaissance en 1975 de la FEN comme organisation syndicale représentative par jacques Chirac, alors premier ministre. André Henry est l’homme qui contribue à la mise ne place d’une politique globale au niveau de la Fonction publique.

C’est la grande époque où la FEN mène avec la CGT, FO et la CGT de grandes actions. C’est tout au long de cette période que montent en puissance les effectifs scolaires à tous les échelons de l’école, de l’école primaire à l’université. Le plan Langevin-Wallon issu de la résistance est la référence, les contradictions politiques, en particulier l’épisode de la loi Haby (1975) accentuent la nécessité d’accentuer la pression sur la nécessaire démocratisation de l’école. André Henry met toute son énergie aux cotés d’Albert Guillot à définir et mettre en place le projet de l’Ecole de l’éducation permanente, en se fondant sur l’Ecole fondamentale du SNI. Toute l’action se fonde sur un cursus permettant d’aboutir à une formation professionnelle ou technologique à partir du baccalauréat et d’accéder à l’université. Enfin la notion de formation permanente est désormais au cœur de toutes les préoccupations dans une vision émancipatrice de l’homme.

André Henry s’attache aussi à rejoindre l’action syndicale à l’échelon international avec la Confédération internationale des syndicats libres.

C’est en 1974 qu’il adhère au parti Socialiste, comme simple adhérent.

Il sera prêt plus tard à intégrer un niveau d’action politique, opportunité que lui offre François Mitterrand en 1981 en lui confiant la responsabilité du Ministère du Temps Libre, innovation ministérielle voulue par Pierre Mauroy en référence à Léo Lagrange et le Front populaire.

Le décret de nomination en précisait la mission en ces termes : « conduire par l'éducation populaire, une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps ». André Henry par son parcours et ses engagements apportait ainsi au nouveau gouvernement le soutien des œuvres laïques périscolaires. Le Ministère du temps Libre prend les commandes des administrations du tourisme, de la jeunesse et des sports.

Dès le départ, il aura sans doute le sentiment de n’être qu’un passager de la politique, passager éphémère et témoin symbolique d’une volonté hardie de « changer la vie », marque des années 1980 impulsé par les socialistes d’alors.

Les routes de François Mitterrand et d’André Henry s’étaient déjà croisées. Le Premier secrétaire du PS était même venu diner dans la petite maison de banlieue à Créteil du secrétaire général de la FN. Toujours en retard, ce qui agaçait considérablement André Henry, très ponctuel. Mitterrand monopolisait l’attention, séducteur comme toujours, surtout envers les femmes. Puis vint la victoire du 10 mai 1981, André Henry est convoqué quelques jours après, comme tant d’autre, rue de Bièvre peu après 22 heures, le Président le reçoit en robe de chambre et lui propose un ministère, ce sera celui du Temps Libre, l’hommage et la continuité avec 1936, les congés payés et reprendre l’œuvre de Léo Lagrange. Avec la retraite à 60 ans, la cinquième semaine de congés payés, les 35 heures (qui seront finalement à seulement 39H) … la logique d’une politique du Temps Libre semble naturelle.

Cette victoire de la gauche et la place qu’on lui propose arrivent après des décennies de luttes et d’attentes, comme d’autres, André Henry est plein d’espoir, il accepte.

Mais ces discussions avec François Mitterrand, selon André Henry cessèrent après le 10 mai 1981.

Ce sera donc l’installation, un peu à la va vite avec son directeur de cabinet Henry Grolleau, qu’il a connu comme secrétaire général du syndicat des Inspecteurs jeunesse et sport dans les locaux un peu surréalistes du service de la santé du ministère de la Marine, rue Octave Gréard. Mais surtout c’était le QG téléphonique de l’ancien candidat Valery Giscard d’Estaing.

Je suis arrivé peu après au cabinet, et je me souviens de mon bureau avec des dizaines de combinés téléphoniques, et des sonneries intempestives dont on n’arrivait pas à localiser l’origine.

Comme la politique c’est aussi faire des fleurs à tout ceux qui ont participé à la campagne, André Henry se voit affublé d’une ministre déléguée socialiste Adwige Avice à la jeunesse et aux sports et d’un secrétaire d’état au tourisme, le radical de gauche, maire de Lourdes ,François Abadie.

L’idée du ministère est belle, mais peu vraisemblable, dès les premières heures du ministère, nous sommes la cible facile des quolibets et des journalistes. L’époque des Trente glorieuses est derrière nous, en mai 1981 nous le savons pas encore, mais en moins de deux années la réalité économique rattrape ce gouvernement et le contraint à la rigueur. Et cela en sera fini pour un bon moment.

Nous faisons beaucoup de déplacements en province pour faire avancer les idées de « Maison du Temps Libre », de Vacances à la Découverte du temps libre, de la création du chèque vacances, de la réforme de la vie associative etc… mais nous remontons inexorablement sur Paris les poches pleines de doléances sur les fermetures d’usines et le chômage qui monte comme une vague. A nos propos sur le bon usage du temps libre on nous rétorque pouvoir d’achat.

Mais nos ennemis ne sont pas vraiment ceux auxquels nous nous attendions … d’abord les grandes fédérations d’éducation populaire restent les bras croisés en nous défiant de faire … d’agir, d’avancer … si l’administration de jeunesse et sport nous soutient, ce n’est pas toujours le cas du seul directeur d’administration centrale que nous avons nommé à la demande de Pierre Mauroy. Les autres nommés par la droite et toujours en place seront d’une parfaite loyauté à notre égard.

Enfin l’organisation tricéphale du Ministère nuit à André Henry, que ce soit Edwige Avice ou François Abadie pour des raisons différentes, ils tirent à hue et à dia, entretenant une guerre des cabinets qui met en rage le ministre du temps libre. Enfin ce sont deux ministres politiques qui disposent de puissants relais au gouvernement qu’André Henry n’a pas.

Et pourtant il va tenter, avec son équipe de cabinet très militante de faire bouger les choses malgré les embûches et les chausses trappes dans un esprit du loisir social emprunt de liberté.

Il va multiplier ses efforts et mettre sa volonté féroce au service de ce qu’il considère comme son idéal et celui de sa génération. Mais ces efforts sont venir se fracasser contre le mur des réalités qui sont une presse presqu’unanimement hostile à son ministère et à sa personne, une organisation administrative encore une fois rétive au changement, un secteur associatif trop prudent et ignorant des réalités économiques et enfin l’absence de relais politique à son action.

Il essuiera avec son équipe beaucoup de moqueries et de railleries comme peu d’hommes politiques : nous étions le ministère des zombies (puisqu’en temps libre), celui bien sûr de la fainéantise, de l’inutilité, une troupe de théâtre avait improvisé en quelques mois un spectacle parodique sur le thème Le cabinet du ministre du temps libre.

Amer, André Henry confie au journal le Monde qui consacre tout de même à l’occasion d’un anniversaire du 10 mai 1981 une double page à André Henry (Hommage bien tardif) "Politiquement, je n'ai pas su vendre mon affaire. J'aurais dû être plus pugnace … Les syndicalistes cultivent le compagnonnage. J'ai découvert qu'en politique, c'est chacun pour soi. On ne se regroupe que pour atteindre un objectif."

C’est le rêve rattrapé par la brutale réalité.

Fin avril 1983, c’est la fin de l’expérience et toutes les questions que nous avions posées et mises en chantier … restent sans réponse.

André Henry apprendra sa disgrâce par la radio …

C’est un instituteur, que les hasards de l’histoire avait placé là qui s’en va … un peu amer mais fier des combats qu’il a tenté, il le raconte dans son ouvrage « Le Ministre qui voulait changer la vie », en forme de clin d’œil à un parti socialiste qui a si vite renoncé, lui à changer la vie.

Il laisse tout de même derrière lui le Chèque Vacances avec plus de cinq millions et demi d’utilisateurs aujourd’hui, le Conseil national de la vie associative, mais il échoue à faire voter un engagement du parti socialiste, à savoir la reconnaissance d’utilité sociale pour les associations.

Il ne mènera pas de carrière politique, juste un mandat de quelques mois comme conseiller municipal d’opposition à Epinal, où il avait été battu par Philippe Seguin.

Pierre Mauroy lui restera fidèle et lui donnera l’occasion d’occuper plusieurs fonctions dans l’administration : Délégué général à l’économie social, président de la Caisse nationale de l’énergie. En juillet 1989 il sera nommé inspecteur général de l’administration de l’Education national. Il consacrera une partie de son temps à la Mission laïque française Il prendra sa retraite en janvier 1995.

Il présidera l’ALEFPA, association laïque qui s’occupe des jeunes et adultes en difficultés sociales ou en situation de handicap, dont il est aujourd’hui le Président d’honneur.

Bibliographie

· Dame l'école aux Éditions Ramsey (1975)

· Serviteurs d'idéal aux Éditions Instant (1987)

· Conquérir l'avenir aux Éditions CIEM (1992)

· Le ministre qui voulait changer la vie aux éditions Corsaire (1996)

  • Joffre Dumazier« Le ministre du temps libre n’est pas le père Noël », Les Cahiers de l’animation, no 35,‎ mars 1982,

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 11:17

J'écoutais un débat sur Europe 1 sur les commémoration. Commémorer signifie "se souvenir ensemble". Se souvenir, c'est un devoir pour chaque citoyen. Ensemble, c'est à dire la Nation et chacun d'entre nous avec ce qui nous relie dans la démarche de se rappeler le sacrifice de ceux qui ont donné leur vie pour que nous vivions pleinement notre démocratie.

La liberté dont nous jouissons aujourd'hui, nous la devons aux soldats qui ont répondu à l'appel pour combattre. Les commémorations sont nombreuses : 14-18, la guerre de 1940, la guerre d'Indochine, la guerre d'Algérie ... elles n'ont bien évidemment pas la même signification, les guerres coloniales occupent une place à part, pour autant les familles qui ont été touchées par ces guerres, injustes (nous étions les agresseurs) ont droit aussi au devoir du souvenir.

L'enseignement de l'histoire a sa place dans le dispositif de mémoire. Il y a beaucoup à dire sur cet enseignement sans cesse remodelé et pour autant encore loin d'être à la hauteur. Car l'histoire permet de se souvenir, d'honorer mais aussi de comprendre, y compris le temps présent.

Sommes nous encombrés par toutes ces commémorations? Non ... ce n'est que justice de faire l'effort de rendre hommage à toutes ces souffrances. Chaque village français a son monument au morts des deux guerres mondiales, la signature des deux armistices est l'occasion d'un rassemblement des habitants et de leurs édiles .

La déportation, l'extermination des juifs sont l'occasion de rassembler les éléments de leur souvenir. Comment pourrions nous oublier, le jour viendra où tous les témoins auront disparu, c'est déjà le cas pour la guerre de 14-18, tous ces monuments sont là pour graver dans le marbre les horreurs et les erreurs commises par l'humanité.

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 15:10

Ma maison, il me faut bien en parler. Du plus loin que remonte ma mémoire elle est là, elle occupe mon esprit, elle offre un refuge, elle apaise toute tristesse, tout regret … immobile, immense, belle, invincible telle une île dans un vaste monde. Elle occupe une place de choix dans toute mon enfance, elle me livre des souvenirs chauds, tendres et chaleureux, et son jardin …

Ah ! le jardin, le royaume de mon père. Bien plus tard, une fois parti de la maison, à chaque visite nous avions un rituel dont je me souviens avec une intense émotion, des larmes chaudes et bienveillantes me viennent à cette merveilleuse évocation, tant elle résume en un tout, ce qu’était mon père. Homme de paix et de respect, plein d’humanité, bon père et je ne peux qu’imaginer bon époux, et bon fils.

A peine la voiture garée sur le devant de la maison, mon père ne manquait pas de surgir et toutes affaires cessantes nous faisions le tour du jardin empruntant chaque allée, commentant tels travaux récents, un nouveau massif de fleurs, un arbuste planté, les rosiers, les pivoines et les iris, la monnaie du Pape, les marguerites oranges et les lys et puis c’était le potager, immense et infini, un travail de titan on y trouvait de tout.

Enfants je participais fiévreusement à chaque cueillette, les groseilles pour les confitures, les fraises et les framboises pour les glaces, les cornichons et les haricots pour les conserves. A chaque pas, il prélevait carottes nouvelles, petits pois, pommes de terres pour le déjeuner où le diner. Goût délicieux et quasiment disparus aujourd’hui de légumes à peine recueillis et cuisinés avec de petits lardons qu’il préparait lui même, le tout accompagné d’une laitue du jardin.

J’ai encore le souvenir de l’avoir visitée à l’âge de 4 ans, avant son achat par mes parents. Elle appartenait à la famille Daubrive et je me souviens d’une balançoire sous un immense noyer où la jeune fille de la maison, surnommée Nadette, me poussait, une jeune fille longtemps amoureuse de mon frère ainé Daniel, amour sans retour, car mon frère n’aimait que la rivière et les bois.

Il connaît chaque cri d’oiseaux, reconnaît tout envol et voit les traces d’animaux invisibles dans les chemins des bois. Il connaît surtout la rivière par cœur, chaque courant, chaque fosse et m’amenait à de secrètes sources boire une eau parfaitement cristalline au plus chaud de l’été.

L’été, il y avait un pommier au milieu d’un champ, des pommes de moisson déjà mûres. Il en cueillait quelques unes, à la pause lorsque nous pêchions le brochet et sur un feu de bois mes frères cuisaient ces pommes sur de simples baguettes. Quel goût exquis pour le petit enfant que j’étais.

Aujourd’hui la maison et le jardin lui appartiennent. Et c’est un bonheur permanent de le savoir. Il y a quelques années mon frère Michel a acheté un terrain contiguë, longtemps convoité. Un vaste triangle entre la voie ferrée, notre propriété et la route qui mène à la gare, bordée d’un ruisseau. Ils y ont fait creuser un étang qui aujourd’hui vient compléter harmonieusement mon souvenir et mes pas d’enfants.

Revenons à 1956, le confort n’existait pas encore, juste l’électricité et même, pas encore l’éclairage publique.

Pour le petit garçon que j’étais, la bâtisse me semblait imposante composée de coins et recoins. Nous n’avions pas l’eau courante. Mon père, militaire et ingénieur détourna une partie de la source du jardin pour mener l’eau courante sur un large évier en pierre dans la cuisine. Mes grands parents eux disposaient d’une pompe à main qui ramenait l’eau du puits jusqu’à leur cuisine. Pas de salle de bains, pas de WC, juste des toilettes, dites aujourd’hui sèches par les écologistes, dans une petite cabane dans le jardin, près du lavoir.

J’étais pourtant un enfant de la ville, à Nancy nous disposions d’une salle de bain et de WC, ce qui me rendait pénibles ces toilettes puantes, peuplées d’araignées et autres bestioles.

Pour le reste, l’eau chaude venait d’une cuisinière à bois avec deux réservoirs, bien moins dangereux que les grosses bassines au coin des fourneaux, à l’origine de graves brûlures sur les jeunes enfants.

Pas de chauffage, juste le fourneau de la cuisine et la cheminée de la salle à manger. Mon enfance est pleine de ces soirées au coin du feux à se perdre en contemplation dans les flammes, à en mesurer toutes les textures et toutes les couleurs. Pas de télévision, pas de téléphone et même pas de radio.

Le soir venu, mon père faisait chauffer dans le four de grosses briques rouges qu’il emballait dans du papier journal et montait les placer dans les lits des chambres au premier étage où régnait un froid glacial. Qu’il faisait bon de se glisser sous les couvertures en s’enroulant au plus près de cette source de chaleur. Les matins étaient curieux et interminables, se lever ou pas se lever, alors que ma bouche lâchait à chaque expiration de larges volutes de vapeur dans un froid polaire.

Une fois les volets ouverts, les carreaux livraient à leur tour de curieuses constructions géométriques à base de givre … leur finesse et surtout leur étrangeté aléatoire débridaient mon imagination qui y voyait là des signes, venus d’un ailleurs, qui ne pouvaient que signifier quelque chose, malheureusement d'indéchiffrable à ma toute petite personne.

Petit, je dormais dans la chambre de mes parents, mon lit était collé contre un placard immense, recouvert par la tapisserie, mais dont les lignes laissaient encore deviner l’ampleur. Je l’appelai le placard à cauchemar … en ignorant tout de lui, j’imaginai bien entendu le pire à base d’esprits, fantômes et sorcières en tout genre.

D’autant plus qu’il trainait dans la maison toute sorte de livres anciens, dont un en particulier qui traitait des cas de vampires, alors … lorsque j’apprenais que l’on pouvait dans un cimetière retrouver la tombe d’un vampire, en faisant franchir les tombes par un adolescent nu et vierge sur un cheval blanc…

Sur la droite de la maison se tient une toute petite cour qui a la particularité de couvrir l’emplacement d’une ancienne maison qu’habitait le seul fabriquant d’horloges du village. Cette révélation me fascinait , tant l’espace me semblait contraint. J’imaginais une espèce de Gepetto local au milieu d’un bric à brac de mécaniques horlogères et de marionnettes en bois. Aujourd’hui il ne reste plus qu’une avalanche de roses grimpantes qui consacrent ce cimetière secret.

Enfin dans le jardin, il y avait l’ancien lavoir, lieu de déboires pour les plus petits des cousins qui y faisaient régulièrement de bruyantes et humides chutes. La tradition a été conservée par les générations suivantes, si j’en crois mes enfants et mes neveux et nièces.

En amont, mes frères ont construits un bassin à poissons où ils conservent les vifs dont ils se servent pour la pêche au brochet, grand sport familial. Si mon père a bâti son rêve autour d’un jardin, mes frères eux on fait le leur dans la vaste grange à droite de la maison d’habitation, à partir de multiples cannes à pêches bien alignées les unes à côtés des autres, bottes, goujonnières et musettes, épuisettes et boites à plomb, hameçons de toutes tailles et flotteurs en liège fabriqués à partir de bouchons de bouteille de champagne. Parfois j’y faisais un peu le bazar… mes frères Daniel, Michel et Pierrot, les idoles de mon enfance.

Je n’ai jamais su bien pêcher, trop impatient, maladroit et incertain. Pourtant je les accompagnais matin et après midi, petit à la traine portant fièrement la goujonnière et parfois la musette pleine … patiemment assis à leur côté pour fixer le bouchon immobile qui allait soudainement filer droit sous l’eau. Moment d’extase avant la prise, d’un mouvement vif ils ferraient d’un coup sec le brochet ,qu’il fallait selon la taille ramener plus ou moins rapidement jusqu’a la rive.

C’est alors que la fin de journée s’avançait que nous entendions le cor de chasse dont mon père se servait pour rameuter sa marmaille jusqu’à la maison, dix neuf heure l’heure inexorable du diner.

Je ne sais pas où est désormais ce cor de chasse, mais je sais très bien encore combien ce moment était précieux.

Je donnerai si cher pour revivre ces instants d’intenses bonheur.

Avec l’âge je me suis éloigné de la maison, de mes frères et de son jardin, c’est ainsi qu’à huit ans j’ai pris mon envol avec mon petit vélo bleu pour découvrir les alentours et qui et quoi peuplaient ce monde si vaste.

Mes grands parents, mes nombreux cousins et cousines de Vittel, de Liffol-le-Grand, de Montpellier et de Paris, mes oncles et mes tantes allaient prendre le relais.

Nous sommes en 1960 … à suivre.

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 11:58

Les chiens ne faisant pas des loups, l’histoire de mon village n’est pas sans liens avec ce que le petit garçon à la bicyclette bleue est devenu plus tard, comme l’atteste ce qui va suivre.

Il faut remonter jusqu’au lointain Moyen Age, en l’an 904, pour trouver le premier document religieux faisant état de l’existence d’Harréville, qui ne prit le nom d’Harréville-les-Chanteurs qu’en 1907.

C’est un bien joli nom, tout aussi étrange, évocateur que poétique. Il le doit à une partie de son histoire ancrée dans le dix-neuvième siècle, illustrée par les célèbres chanteurs de Saint Hubert, marchands drapiers, vendeurs d’images saintes, montreurs de marionnettes et d’amulettes. Bref un village d’artistes… qui résonne de manière prémonitoire à ce que fut mon propre engagement.

Un village de nomades, un village qui bruit du doux son des voyages. En 1770 des documents officiels font état de 30 chanteurs, 21 marchands roulants et 10 colporteurs. Harréville a eu aussi ses fondeurs de cloches.

Bref un village de vagabonds, de colporteurs migrants qui mettaient en mouvement mon imaginaire d’enfants. Car j’entendais maintes fois raconter cette histoire là autour de la table familiale.

Certes, ils n’avaient pas bonne réputation, vendeurs à la sauvette, toujours à la recherche de quelques sous, ils n’hésitaient pas à chaparder ici et là, quand le Seigneur ne leur avait pas accordé une bonne journée. Il fallait bien compenser la pingrerie des uns et des autres et puis il fallait tout simplement vivre, survivre ….

Que vendaient-ils ? Essentiellement de la bimbeloterie composée de médailles religieuses et autres colifichets brillants et étincelants.

Pendant qu’ils voyageaient, leurs femmes et leurs enfants restaient au village, survivant à peine à leurs besoins. C’est bien la pauvreté qui les jetait ainsi sur les routes de France. Les Harrévillois ont été de grands voyageurs devant l’Eternel. Nombre d’entre eux n’ont pas hésité à abandonner leur mère patrie pour s’expatrier dans des contrées bien lointaines.

Par les voyages, ils ont acquis un certain regard sur le monde et les gens. A une période de l’histoire où la population était particulièrement sédentaire et arcboutée sur ses traditions, ancestrales, les Harrévillois, en parfaits routiers qu’ils étaient, parlaient déjà les langues du monde et pratiquaient la diversité, l’ont-ils transmis à leurs lointains héritiers ?

Je ne sais pas, par contre, il y a tout de même une histoire à raconter qui atteste de la réputation particulièrement hospitalière des Harrévillois.

Le village fut le territoire d’importantes batailles lors de la première guerre mondiale, ainsi que de la Seconde. C’est une terre de sang et de larmes.

C’est au cours du mois de juillet 1921 que le maire du village reçut une étrange correspondance en date du 9 juillet 1921. La lettre du consul de France aux USA accompagnée d’une bien belle lettre en américain, suivie de 102 signatures, 102 officiers et soldats américains. Je vous la livre telle qu’elle, elle parle d’elle même.

« Nous, la société des anciens Officiers et soldats du 104ème R. I. de la 26ème Division Américaine, réunis dans la ville de Cambridge, Massachussetts, États-Unis d’Amérique, assemblés pendant une journée brève en souvenir de notre service dans la belle France avec les Forces Expéditionnaires Américaines, vous présentons nos salutations les plus cordiales pour vous faire savoir que nous retenons toujours en mémoire les jours passés auprès de vous, des jours dorés par votre amitié, de sorte que notre sentiment pour vous devient de plus en plus profond à mesure que passent les années.

Nous ne vous oublions pas, que vous soyez réunis dans vos foyers, que vous soyez autour de vos tables pour prendre le repas journalier ou que vous fassiez vos révérences devant vos autels, pensant peut-être à vos amis américains, vous demandant si nous pensons à vous, oui, nos bons amis, bien sûr, nous pensons à vous. Nos pensées traversent la mer pour vous retrouver; et, encore une fois, dans l’âme, nous nous promenons dans vos rues, nous sommes assis devant vos cheminées, acceptant votre hospitalité.

Veuillez recevoir, alors, nos bons amis, cette salutation du fond du cœur, car nos prières, nos sympathies, oui, même notre amour y est. »

(Traduction donnée par M. le Capitaine Hartwell).

C’est au Commandant Camille Lomon que nous devons ce témoignage, lui qui prit sa retraite à Harréville-les-Chanteurs et qui prit le temps d’y réunir témoignages et souvenirs, comme je le fais aujourd’hui.

La conseil municipal fit une belle réponse le 17 novembre 1921 dont je retiens la simple phrase :

« Que la vie serait belle et féconde si chaque collectivité humaine faisait naître de semblables courants de chaude et bienfaisante sympathie. »

Tout ceci se passe de commentaires et atteste de l’originalité de ces villageois, emprunts d’une profonde humanité.

Mais ils doivent leur célébrité à une compagnie de montreurs de marionnettes célèbres au 19ième siècle, installée, en résidence comme l’on dirait aujourd’hui à Harréville-les- Chanteurs. Ceux-ci produisaient un spectacle de marionnettes géantes (bien avant le Bread and Pupett Circus Band) interprétant la Passion du Christ.

On raconte qu’ils le faisaient avec un fort accent haut marnais et jusque devant la cour de l’empereur Napoléon III. C’est à la famille Collignon que l’on doit cet héritage théâtral. Ma famille étant liée du côté de ma grand mère paternelle aux Collignons, j’ai souvent entendu mon père raconter avoir joué dans les greniers de la ferme avec certaines de ces poupées géantes. Malheureusement à ma connaissance elles ont toutes disparues.

Harréville-les-Chanteurs est littéralement coupée en deux par la Meuse qui délimite vaguement la frontière entre la Haute Marne et les Vosges, mais aussi la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Village d’espaces voyagés et village de frontières, la commune s’étend sur 15,8 km2. Elle a connu dans le passé un important peuplement, jusqu’à 755 habitants au recensement de 1831. Aujourd’hui elle n’en compte plus que 275 !

Ses voisines sont Liffol-le-Grand, connues pour ses fabriques de meubles, Bazoilles pour ses « pertes de la Meuse » par les géographes, Pompierre et… Goncourt, illustre pour avoir été le berceau de mon père (prés de la laiterie) et surtout des frères Goncourt.

Je disais donc que le village en cachait deux. J’appartenais au deuxième village, celui qui n’avait ni la mairie, ni l’église, juste les ruines de l’ancien prieuré, marqué par un magnifique Calvaire. Le premier village dépendait d’ailleurs de l’Abbaye de Saint Mihiel. En 1789 les habitants de la rive gauche (le 1er village) étaient rattachés au diocèse de Toul, ils avaient pour paroisse l’église Saint Germain, le peuple de la rive droite avait, lui, son prieuré.

Le village du haut était traversé par la route dite impériale n°74, puis la grande nationale N 74 (reclassée depuis départementale 74) qui fût celle des migrations d’été. Je me souviens petits d’y avoir vu les caravanes cul à cul dans d’immenses bouchons d’aoûtiens. Aujourd’hui la construction d’une autoroute un peu plus loin a définitivement scellé un grand silence autour du village, qui a ainsi retrouvé toute sa dignité passée.

Il faut savoir aussi qu’une ancienne voie romaine (la voie impériale de Divodurum – Metz à Andematunnum – Langres par tullum - Toul) passe aussi par le haut du village, important passage aussi pour les populations de l’époque. Et son évocation, dans mon enfance, me faisait une grande impression, d’autant plus que l’on trouvait aussi sa trace à Bazoilles et à Goncourt.

J’imaginais à grand renfort d’histoire, les romains sur leurs chars, tirés par d’époustouflants chevaux noirs, et toutes ces allées et venues me donnait le tournis.

Géographie et histoire racontent l’histoire d’une commune à l’écoute de son temps et ouverte sur son espace naturel.

Cette ouverture, elle l’a payé en 14-18, ses bois sont encore coupés de murets et de tranchés qui racontent cette histoire là, le monument au mort de la guerre 14-18 déplacé en 2005 derrière la mairie porte la longue liste des enfants du pays morts pour la France. Toutes les familles du village y ont leurs morts.

Mais celle de 1940 traversa aussi cruellement le village. Le 12ième régiment de tirailleur sénégalais y fût massacré le 19 juin 1940 en tentant d’arrêter l’avance allemande. Là aussi, un monument au mort, érigé suite à l’infatigable lutte du Commandant Lomon, se dresse à l’écart du village, en face de ce qui fût la gare SNCF du village. Ce monument fût inauguré le 6 juillet 1958, six années après ma naissance.

Notre maison est justement située sur l’allée de la gare, plus précisément la rue des Marronniers. Dans nos villages lorrains, les gares sont toujours à l’écart des villages. Le train alors avait mauvaise presse. On racontait alors dans la bonne presse populaire que le chemin de fer allait tuer les vaches dans les près, et que le corps de l’homme ne résisterait pas à sa vitesse … cela ne s’invente pas.

Je revois justement , encore le petit peuple du train passer à l’aller et au retour devant notre maison, seuls instants où cette voie connaissait un peu d’animation. Parfois j’accompagnais aussi ma grand mère jusqu’à Neufchâteau avec la « micheline » comme on disait alors.

Il y avait aussi la barrière un peu plus loin, qui gérait le passage de la voie ferrée pour se rendre à Pompière. C’est une nièce de ma grand-mère qui y habitait avec son mari et ses enfants, les Badoinots, le père, René, a été le maire du village durant de nombreuses années, il est enterré tout près de mon père. On a donné son nom à la salle des fêtes du village ; je jouais souvent avec ma petite cousine Nicole et les promenades sur le lieu dit « Le Mont » ont été innombrables. C’est une longue montée bordée de noisetiers sauvages qui débouche sur un vaste plateau couvert de blés blonds et ondulants l’été et descend vers le village de Pompierre.

La gare a été rasée et la maison garde barrière aussi, rasés…sans que l’on me demande mon avis.

L’église d’Harréville a été aussi longtemps le centre de mes préoccupations, messes et cérémonies religieuse y rythmaient les jours. Le Curé, car il y en avait un à cette époque, était un personnage qui suscitait quolibets et moqueries de notre part.

Ma grand mère Marthe nous imposait d’aller à la messe chaque dimanche, bien que je n’ai aucun souvenir qu’elle ne nous y ait jamais accompagnés.

C’était pourtant une joie simple, cette assemblée religieuse dans une petite bâtisse, sans prétention, avec ses statues de plâtres et sa voûte tout en bois. Parfois, à l’occasion de la célébration de la Saint Germain, patron de l’église, nous sortions en cortège dans le village en portant des bannières toutes en couleurs et enrubannées. Je me souviens que c’était le jour de la fête communale, le premier dimanche d’août. Elle partait de la maison de Germain Jondot, tout à côté de celle de Berthe Bickel …

Pour les baptêmes il y avait à la sortie de la cérémonie des jetées de pièces de monnaies qui ravisaient notre convoitise. Certains dimanches particuliers, la communion était suivie d’une distribution de morceaux de brioche bénies, j’en ai encore le souvenir précis de leur goût sucré dans la bouche.

L’église est dédiée à Saint Germain. Son chœur actuel remonte au 13ième siècle, avec des voûtes refaites au 16ième siècle. Quant à la tour du clocher et la nef, elles ont été rebâties peu avant la Révolution Française. Mais on relève l’existence d’un site plus ancien, puisqu’il est fait mention de cette église dans un titre remontant à l’an 904. C’est au cours du siècle suivant que la cure prospéra. L’Abbé de Saint-Mihiel y fonda un prieuré dans lequel il déposa le corps de S. Calixte, pape et martyr qu’il avait rapporté de Rome.

Cette installation à Harréville, il la relate en ces termes et je ne saurai mieux décrire mon village et ses environs immédiats, qui bien des siècles après n’ont pas changé :

« À cet endroit il y a une vallée qui s’étale entre deux hauteurs ; les côtés, étirés sur une longueur d’un stade et distants l’un de l’autre de deux jets de flèches, définissent la largeur de la vallée entre eux.

Quant à la longueur, sur une distance égale d’un stade, deux collines opposées la déterminent de part et d’autre, assez proches du versant nord et pas plus éloignés du versant sud que de la place laissée au lit de la rivière coulant en contrebas. Ainsi on découvre un carré de hauteurs, protégé par les fermetures de la vallée. La Meuse court au milieu, elle embellit la surface voisine par la verdeur des prés.

Quant aux espaces assez retirés qui s’étendent du côté des hauteurs, ils se prêtent à l’agriculture et au jardinage. Sur le versant nord, qui n’est pas raide mais qui descend en pente douce sur toute la largeur des champs, à la limite de la pente et de la vallée, se trouve le dit village avec son église Saint-Germain.

Le versant sud est raide et se dresse vers le haut, allongé en ligne droite, splendide à cause de l’égalité de sa hauteur, couvert d’une agréable et épaisse forêt de hêtres. Quand sa partie basse en pente atteint la vallée, elle s’élève du fond du val par une sorte de haute terrasse ; au milieu de cette terrasse se dresse un rocher, sous lequel jaillit une source agréable et abondante en eaux douces ; au-dessus se trouve un chemin accessible aux passants et au-dessus du chemin, de nouveau par une terrasse, la terre s’élève et s’étend en une plaine des plus favorables, en haut de laquelle sourdent quinze sources à la suite ».

A suivre….. La ferme Saint Joseph.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 14:30
Prélude : Le petit vélo bleu.

J’ai huit ans et je fais du vélo, j’ai un petit vélo bleu auquel on a enlevé les roues d’accompagnement. J’ai huit ans et je fais du vélo, je m’émancipe. J’ai franchis le pont de pierre gris, aux arches fortes qui enjambent d’un coup la Meuse, remonté la rue principale et ses volets fermés, traversé la nationale où rodent les voitures, puis repris mon ascension pour arriver sur l’ancienne voie romaine.

Mon village est coupé en deux par la Meuse. Une partie qui comprend la gare et les deux gardes barrières, ma maison. Une autre qui comprend l’église et la mairie et les fermes, les gens, ceux que je ne connais pas bien encore. En fait, le village occupe les deux rives d’un fleuve creusant la vallée : la Meuse … Pour moi c’est la rivière … avec ses jonc, ses saules pleureurs et ses pécheurs et son long sillon à peine exploré.

Il y a deux villages, avec ceux d’en haut et ceux d’en bas, j’appartiens à ceux d’en bas.

J’ai huit ans et je fais du vélo. Je remonte la petite route, dont on dit que c’est l’ancienne voie romaine. Je suis en haut … la route va rejoindre la nationale plus loin. Je pousse fort sur les pédales et je m’arrête brutalement, sans raison, seul, bien seul.

Je vois plus bas le cimetière un peu inquiétant, la Meuse paresseuse et surtout ma maison droite, bien plantée avec sa petite cour, sa façade grise et ses volets rouges sombres. Elle est la dernière maison, avant la gare. C’est ma maison, elle me paraît bien loin. J’ai pris mes distances, le cœur battant. Je vois la route bordée de tilleuls qui monte jusqu’à la gare … la gare et ses va-et-vient incessants de voyageurs improbables, leurs valises à la main.

Tiens, un peu plus loin, encore plus loin, je vois le train avec sa lourde locomotive qui monte la côte avec son long panache de fumées blanches et grises, je peux deviner le souffle rauque de sa chaudière en surchauffe. Tel un monstre d’acier, il s’époumone et tracte ses wagons, peu à peu, il avance jusqu’à la gare, qu’il ignore, disparaît derrière le vaste rideau de marronniers qui bordent la voie. Seul son panache s’échappe au dessus de la cime des arbres. Puis, il réapparait sur l’autre partie de la voie ferrée, passe la garde barrière, et s’en va en reprenant son effort jusqu’au prochain passage, le train …

J’ai huit ans et j’ai pris mon indépendance et mon courage à deux mains pour oser franchir toutes les frontières et tous les interdits : le pont, la nationale et prendre la large. Le cœur battant, j’ai conscience de la transgression, le temps a passé, combien de temps, je ne sais plus tant je me suis concentré sur l’effort, sur la fuite en avant.

Je suis fasciné par ce point de vue, inattendu et nouveau pour moi. Je découvre que le monde est bien plus grand que je ne pouvais l’imaginer. Cette hauteur soudainement conquise me fait peur et m’excite en même temps. Je comprends que tout est possible. Les interdictions, les ponts, les limites, les frontières, les fleuves et les bois sont là pour qu’on en conduise l’ascension, qu’on en franchise le passage, qu’on en ose la conquête …

Immobile, un vent léger passe, sur mon front, juste un souffle chaud, c’est l’été et j’ai huit ans.

Mon père a acheté cette maison il y a quelques années. J’y passe les vacances et les week-end. J’y passe beaucoup de temps avec mon père, ma mère et mes frères, mes grand parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins et mes cousines à peine plus loin … ma famille . Ma sœur est partie loin, très loin je la connais encore à peine.

J’ai ce souvenir lointain d’avoir passé un peu de temps lorsqu’elle a occupé son premier poste d’institutrices à Liffol-le-Petit. Je suis si enfant, avec mon manteau de laine qui me couvre, un manteau long qui me différencie de tous ces autres petits enfants dont elle s’occupe. Ma mère est venue la soutenir quelques jours. Il fait froid, le poêle a bien du mal à donner de la chaleur. Je suis à la fois un peu malade et en même temps la curiosité de tous les petits villageois. Je suis le petit frère de l’institutrice. J’ai le souvenir d’une souris tombée dans le pot au lait et j’ai du chagrin pour cette petite chose, froide et immobile que ma sœur retire avec horreur. Puis elle est partie loin, très loin, on me dit que c’est la Corse. La Corse c’est loin, terre inconnue où je passerai d’innombrables vacances, mais je ne le sais pas encore.

J’ai huit ans, je joue avec quelques bouts de bois dans le lavoir, l’eau coule d’un petit ruisseau et s’en va un peu plus loin, passe sous la route et fini à la rivière. Le lavoir est immense et inquiétant, je me penche un peu, l’eau est froide sous mes doigts, je remue les petits bouts de bois flottants, faisant ici et là quelques éclats d’eau translucide.

Parfois une dame, Mademoiselle vient à la maison, elle lave le linge de la famille. Elle lave le linge de tout le village. Elle est agenouillée sur un caisson de bois, avec un peu de paille jaune tout au fond. Courbée, elle remue le linge, le frotte, le savonne, le rince puis reprend son mouvement.

Elle m’inspire de la tristesse, je la voie toujours seule, maigre silhouette fragile et chancelante avec son filet à commission à la main, qui se glisse à la maison et prend son labeur. Elle n’a pas d’âge, je ne sais même pas où elle habite. Elle vient, puis s’en va sans un mot. Dans mon innocence je pressens le drame de sa vie, je ressens sa solitude, lorsqu’elle se glisse ainsi sans voix dans notre intimité familiale.

C’est Mademoiselle. J’imagine ses efforts, les frottements incessants, sa fatigue. Je ne lui parle pas, je la regarde, impavide … un immense sentiment de lassitude m’envahit, sa lassitude. J’ai huit ans et je ne sais pas encore ce que peut être le monde, sa violence, son injustice, sa méchanceté, mais je sais, par instants, que Mademoiselle n‘est pas comme tout le monde.

Je sais qu’elle vit une autre vie, une vie de labeur, de travail, déjà … une vie à part, on en la salue pas, on ne lui parle pas, c’est Mademoiselle, elle lave le linge des autres.

Elle vient et puis s’en va … Son existence n’est que ces moments de chemises, de draps et de sous vêtements anonymes, elle nettoie, elle plie, elle sèche et entasse, entasse et entasse encore.

C’est marmoréen, monumental, elle est le Sisyphe qui s’ignore … il n’y a que moi, si petit qui voit, qui voit son épreuve, une épreuve qui n’a pas de sens. Je ne le sais pas encore, mais Mademoiselle me parle, elle ne parle qu’à moi, pas avec les mots et les phrases, elle me parle à petits pas, avec des gestes las et automatiques. Mademoiselle, c’est l’apprentissage de l’injustice, de l’ostracisme, du rejet de l’autre.

Dans ma petite vie bien ordonnée, tranquille et soignée, je sais déjà ma proximité avec Mademoiselle. Dans l’ignorance de sa pauvre vie, j’ai l’intuition de la souffrance et de la solitude. J’ai huit ans et déjà le cœur serré, sans bien savoir pourquoi, pas encore …

Mes grands parents habitent près de chez de nous, dans une maison achetée de quelques sous, mon père les y a aidé. Ils ont pris leur retraite de cheminots. Ainsi j’appartiens à une famille de prolétaire. Ma grand mère Marthe a été garde barrière toute sa vie et mon grand père Adrien ouvrier sur les voies. Je revois la maison, sur la gauche de la route qui mène à la mienne. C’est l’ancien café, le « café de la gare » où s’arrêtaient les voyageurs. Un large panneau en bois, tout en longueur gardait encore une trace effacée de cette ancienne vie. Une salle à manger tout en longueur, dont on avait fermé l’accès direct sur la rue est l’ultime souvenir de ce passé d’avant guerre.

Harréville-les-Chanteurs, voilà mon village, ancré à mon cœur et à mon souvenir. C’est un havre dans ma mémoire, tant il fut fondateur de mon histoire que je vais vous raconter. Il est d’un autre monde, un autre siècle, le millénaire d’avant. C’est un pont entre ce monde encore issu du dix neuvième siècle et celui d’aujourd’hui …

C’est le village de mon enfance profonde et le berceau de mes toutes premières émotions. J’y ai appris une partie du monde et des êtres qui le peuplent.

Mes grands parents l’ont choisi pour y achever leur dernier parcours de vie, mon grand père y était né un peu par hasard et ma grand mère, demoiselle Lomont était du village d’à côté, Goncourt. Mon père, lui même né à Goncourt, à deux pas de la laiterie, profita de l’opportunité d’acquérir une assez vaste maison, juste à deux pas de ses parents. Lui même y pris sa retraite. Il repose désormais au cimetière du village où ma mère l’a rejoint quelques années plus tard. Ma sœur, elle même exilée aussi loin que la corse peut l’être, a déjà acheté la concession pour y reposer, la mort venue. Moi même je ne m’imagine pas reposer dans un autre endroit.

C’est dire que tout en étant « intermittent » de ce village, il ne peut être que la source de ma vie et de ma finitude.

Je dis cela, parce que cela n’a pas toujours été facile de se faire admettre par les villageois. Les vexations ont été nombreuses, nous n’étions pas d’ici pour nombre d’entre eux. Encore récemment j’ai du en éprouver la peine, à la mort de ma mère Madeleine. Si la cérémonie d’enterrement fût celle que je lui souhaitais, une église pleine, le site Internet qui parle de mon village et donc de ses morts, lui a consacré quatre lignes à peine … alors que d’autres, un lointain cousin Marcel Rattier, une cousine Andrée Badoinot de mon père ont eu l’éloge qu’ils méritaient.

C’est là que vit mon frère Daniel aujourd’hui dans la maison familiale, détenteur du sanctuaire d’une bonne partie de mon histoire.

Mon dieu, que je l’ai parcouru dans tout les sens, les moindres recoins, ce petit village français au carrefour de la Lorraine et de la Champagne, ancré à la frontière de la Haute Marne et aux portes des Vosges où ma mère et moi même sont nés.

Harreville-les-Chanteurs, c’est aussi la Meuse. Ce grand fleuve international qui prend sa source à 47 km de mon village, à Pouilly en Bassigny, à deux pas de la Ligne de partage des eaux entre les bassins de la Mer du Nord et ceux de la Mer Méditerranée. Il a pour sœurs de proximité, la Seine, la Marne et l’Aube.

Du haut de ses 950 km de parcours, il ne traverse son département de naissance la Haute Marne que de 47 km jusqu’à ce pont, le pont de pierre d’Harréville les Chanteurs. Ce fleuve mythique nous fait la surprise de disparaître soudainement à quelques kilomètres de là à Bazoilles-sur-Meuse dans les fameuses pertes de la Meuse pour réapparaitre un peu plus loin de là, à Neufchâteau. Avant de finir en Mer du Nord, il vient saluer en douces méandres la maison natale de jeanne d’Arc à Donrémy-la-Pucelle.

C’est bien plus loin qu’il ouvre le massif des Ardennes, là où Julien Gracq conçut son roman « Un balcon en forêt », Julien Gracq dont je ne savais pas encore qu’il partagerait une bonne partie de ma vie et donnerait à mes émotions littéraires toute leur portée.

Puis, discrétement il passe jusqu’à Charleville-Mézière, pays d’Arthur Rimbaud.

A mon étonnement, j’ai récemment découvert que la Meuse a été considérée comme étant le plus vieux fleuve du monde par certains spécialistes. Ceci du fait qu’il traverse un massif, formé dans le Paléozoïque (Ere géologique qui va de -541 à -252 millions d’années, dite Ere Primaire), les Ardennes. Il a été longtemps la frontière entre la France et le Saint-Empire Romain Germanique au Moyen Age.

C’est au Pays-Bas qu’il se confond, pour finir son voyage, avec l’Escaut et le Rhin dans une vaste embouchure dans les froidures de la mer du Nord.

Tout cela pour dire que les fées se sont penchées sur mon berceau, pour me créer un univers à la fois ancien et lointain.

Je connais ses rives en amont et aval pour avoir exploré chaque coulant et chaque fosse en compagnie de mes trois frères, pécheurs de brochets, que j’accompagnai pas à pas, trottinant, portant la goujonnière, l’épuisette et la musette.

Je l’ai gravé au plus profond de mon cœur, ce village là, pour toutes les joies et toutes les émotions données, et les peines aussi, les fuites et toutes les errances qui ont suivies ...

C’est la raison pour laquelle je vais vous en donner toute l’histoire, celle connue des livres et l’autre qui appartient à ma propre histoire .

A suivre ...

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 20:33
Marcel Pelletier, une vie…

Marcel, Camille, Adrien Pelletier est né le 6 décembre 1914 à Goncourt dans la Haute-Marne et il est mort à Vandœuvre-lès-Nancy le 14 mars1996. D’origine modeste il est l’ainé de six enfants : Jeanine, Georges, Robert, Edmond et Gilbert.

Son père, Adrien Pelletier est né à Harréville-les-Chanteurs, le 3 juillet 1889 (il est mort à Vittel le 12mars 1972), son père, Victor, Martin, Marc Pelletier (né le 16 avril 1860 à Malaincourt-sur-Meuse, décédé le 4 janvier 1929), était venu s’y installer comme ciseleur avec Léonie, Marie, Angelina Dondorff, d’origine allemande née le 1er février 1860 à Saint Thiebault et décédée le 15 janvier 1938 (Son père se prénommé Louis Dondorff et sa mère Catherine Massillet). Ils ont eu trois enfants.

Seule la généalogie de la famille permet de remonter un peu plus loin pour Victor Pelletier, son père Constant, André Pelletier était né à Doncourt-sur-Meuse le 21 février 1819 et il est décédé le 7 juin 1890. Sa mère Marguerite Thiébault est né le 21 octobre 1821 à Malaincourt-sur-Meuse elle est morte le 21 décembre 1903. Ils ont connu l’Empire, la Restauration, le Second Empire, la guerre de 1870, et la troisième république. Ses grands parents sont Claude Peltier et Anne-Marie Simon, qui eux, ont connu la Révolution Française.

Sa mère Marthe Lomont est née à Goncourt le 3 octobre 1894, elle est décédée à Vittel le 25 octobre 1978, elle avait deux sœurs Blanche et Pierette, qui a épousé Edmond Collignon et a vécu à Harreville-les-Chanteurs, et deux frère Charles Lomont, qui après avoir fait la guerre de 14-18 est parti vivre dans le Nord de la France, et un jeune frère Charles, dont l’histoire est assez triste. Il avait été placé dans une ferme très jeune, comme cela était coutumier dans les familles pauvres. De retour chez ses parents Joseph, Maximin Lomont et Adeline Maurice, pour quelques jours, malgré ses plaintes et du sort qui lui était fait, ses parents lui font savoir qu’il doit impérativement y retourner, il s’est pendu sur le chemin qui menait à la ferme.

Sa sœur Blanche avait un mari parti à la guerre de 14-18, lui aussi, pendant ce temps là, il fallait travailler pour survivre, elle se serait épuisée à la tâche et serait morte d’épuisement. La tradition familiale narre une version plus heureuse, mais incertaine, elle aurait rencontré un représentant de commerce et se serait enfuie avec lui …

Adrien travaillait aux Chemins de Fer de l’Est à Nancy où il résidait avec Marthe. Ils se sont mariés en 1914, l’année de la déclaration de la guerre. Adrien a été tout de suite mobilisé, Marthe est venue s’installée chez ses parents à Goncourt où Marcel est né la même année. En 1924, ils étaient installés à Rozerotte où Marthe était garde barrière et Adrien employé à la SNCF sur les voies. Après une vie difficile, mais heureuse, ils ont pris leur retraite à Harreville-les-Chanteurs en s’installant, dans l’ancien café de la gare. Marcel achètera un peu plus tard une maison en bout de village à deux pas de la gare, tout près de ses parents.

Mais revenons en arrière, Marcel est un élève brillant, remarqué par son instituteur qui lui obtiendra une bourse pour étudier à Mirecourt où il passera son baccalauréat. Il y fera la rencontre de sa femme, originaire de Mirecourt Madeleine, Marie-Louise Picard.

Tout jeune marié, il est appelé sous les drapeaux en 1935, il suit le peloton des élèves officiers de réserve et sort sous-lieutenant de réserve de l’école du génie militaire de Versailles, en 1936. Il pris part alors à l’aménagement des régions fortifiées de Metz.

Mobilisé en 1939, au 201e bataillon du génie de forteresse de Faulquemont, il est sévèrement blessé à Creutzwald. Guéri, il est admis à l’école du Génie d’Avignon, où sa famille le rejoint, puis à l’école supérieure des bâtiments militaires. Il est alors intégré au corps des ingénieurs du bâtiment.

A la sortie de la guerre, il travaillera quelques années dans une entreprise de bâtiment. Mais la crise sévit, pour subvenir aux besoins de sa famille, il a déjà quatre enfants, il rejoint de nouveau l’armée.

En 1946, il entre au service de la reconstruction, il y excelle, sa pratique courante de l’anglais et de l’allemand lui est particulièrement utile. Il fait la liaison avec l’armée américaine. Il sera en poste à Epinal jusqu’en 1953 où sa carrière militaire le mène à Nancy.

Promu chef de bataillon, il sert à partir de 1961 à la direction des travaux du génie saharien à Colomb-Béchar, en Algérie. Il rejoint ensuite la direction des travaux du génie à Nancy, puis la direction régionale à Metz pour quelques années. Il rejoint ensuite à nouveau Nancy comme directeur des travaux du génie avec le grade de colonel.

Décoré de la croix de guerre 39-45 avec citation en 1965, il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1971 et reçoit les insignes de l’Ordre National du mérite en 1973.

Directeur des travaux du génie de Nancy jusqu’à sa retraite, on lui doit notamment la construction du mess des officiers, rue du maréchal Juin à Nancy. Consacrant toute sa vie à l’armée, il laisse le souvenir d’un ingénieur militaire d’une exceptionnelle compétence.

Marcel et Madeleine ont eu cinq enfants : Claude, Daniel, Michel, Pierre et Jean et de nombreux petits et arrières petits enfants.

Il prend sa retraite qu’il occupera à embellir sa maison et surtout son jardin à Harreville-les-Chanteurs. Il laisse à ses enfants le souvenir d’un homme de paix, d’un père aimant et attentionné, toujours disponibles pour ses enfants. Il aimait plus que tout son jardin qu’il faisait toujours visiter à l’arrivée d’un membre de sa famille et au retour, c’était toujours des gerbes de fleurs et des cageots de légumes. La terre fut son univers et la leçon qu’il laisse à ses héritiers, une leçon de plénitude, de respect et de confiance en l’avenir en héritage …

NB

Merci à ma mère, ma sœur et mes frères, mes cousines, mon neveu pour avoir contribué à cette rédaction par les brides de souvenirs qu’ils m’ont transmis, qu’il en soit tous remerciés de tout cœur.

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 12:45

Alors que le Grand Orient de France rend un hommage appuyé, ce soir à la Allende.1.jpgmémoire de Salvador Allende, il est de notre devoir de nous souvenir de ce jour-là… le 11 septembre 1973, dans le palais de la Moneda, les armes à la main, ils assassinaient la liberté, l’égalité et la fraternité en la personne du Président du Chili. Cette dictature durera jusqu’en 1990.

Ce jour-là, les putschistes militaires, avec à leur tête le sinistre Général Pinochet, prenaient le contrôle de la capitale. En prélude à des milliers d’arrestation, ils avançaient vers le palais présidentiel, siège officiel du pouvoir, mais surtout le symbole d’une démocratie triomphante et portée par un Front Populaire, incarné en la personne du président socialiste Allende. Les bombardements avaient déjà atteint le palais présidentiel en flamme, les principaux collaborateurs d’Allende avaient quitté les lieux à sa demande express., seule la Radio Magallanes fonctionnait encore, et Salvador Allende s’est adressé une dernière fois au peuple chilien, message désormais partie intégrante du patrimoine de l’humanité.

« Ils vont sûrement faire taire Radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son de ma voix. Peu importe, vous continuerez à m’écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d’un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et humilier. Allez de l’avant, sachant que bientôt s’ouvriront de grandes avenues où passera l’homme libre pour construire une société meilleure ». Cette voix, couverte par les rafales de mitraillettes   je ne peux pas l’écouter sans avoir la chair de poule, alors que quarante longues années se sont écoulées. Ce message-là, à un prix, celui du sang et du courage. Un long tunnel sombre et obscur allait s’ouvrir sur dix-sept interminables années de terreur.

Mais je pense aussi Víctor Lidio Jara Martínez, célébre chanteur chilien, assassiné par Chili-victor.jpgles militaires après qu’on lui est coupé les doigts le 15 septembre. L’écrivain Miguel Cabezas, témoin de la scène raconte :

« " On amena Victor et on lui ordonna de mettre les mains sur la table. Dans celles de l’officier, une hache apparut. D’un coup sec il coupa les doigts de la main gauche, puis d’un autre coup, ceux de la main droite. On entendit les doigts tomber sur le sol en bois. Le corps de Victor s’écroula lourdement. On entendit le hurlement collectif de 6 000 détenus.

 L’officier se précipita sur le corps du chanteur-guitariste en criant : " Chante maintenant pour ta putain de mère ", et il continua à le rouer de coups. Tout d’un coup Victor essaya péniblement de se lever et comme un somnambule, se dirigea vers les gradins, ses pas mal assurés, et l’on entendit sa voix qui nous interpellait : " On va faire plaisir au commandant.   Levant ses mains dégoulinantes de sang, d’une voix angoissée, il commença à chanter l’hymne de l’Unité populaire, que tout le monde reprit en chœur.

C’en était trop pour les militaires ; on tira une rafale et Victor se plia en avant. D’autres rafales se firent entendre, destinées celles-là à ceux qui avaient chanté avec Victor. Il y eut un véritable écroulement de corps, tombant criblés de balles. Les cris des blessés étaient épouvantables. Mais Victor ne les entendait pas. Il était mort »

Cela se passait dans le stade de Santiago du Chili. Le général criminel Augusto Pinochet règne sur le pays, il a alors 58 ans et déchaîne toute sa haine à l’égard de l’Unité Populaire, il en traquera les moindres replis et s’acharnera à détruire ses artisans un par un, avec une barbarie sans pareil.  

L’attaché naval militaire américain, chargé du lien avec les autorités putschistes ose écrire à son gouvernement : « la réussite du putsch est proche de la perfection… » ; Pinochet crée dans les premières heures du coup d’état la DINA, véritable police secrète qui orchestrera une répression terrible, systématique et foudroyante. Oui l’attaché militaire américain avait trouvé les mots justes, terribles et criminels, mais justes.

Ce sont des centaines de personnalités politiques, syndicales et artistiques qui sont exécutés chaque semaine. La terreur nazie est de retour. On sait aujourd’hui, que ce ne sont pas moins de 1 271 personnes qui ont été assassinées durant les trois premiers mois du coup d’état. La valse effroyable de la torture et du meurtre bat son plein sous le regard et l’autorité directe des généraux putschistes et du premier d’entre eux, Augusto Pinochet.

Au final, le bilan de ces années noires, ce sont aussi plus de 7 000 personnes arrêtées pour leurs opinions, parquées dans des stades et déportées. Mais ce sera aussi un million de Chiliens qui vont s’enfuir du pays et prendre le chemin de l’exil. Ils échappent aussi aux nombreux camps de concentrations ouverts par le nouveau gouvernement sanguinaire de Santiago du Chili : Chacabuco au nord du pays, Penalolena aux portes de la capitale.

chili-palis.jpgUn silence de mort souffle sur le pays, saigné au plus profond de son âme… il se perd parmi les morts jusqu’aux murs du cimetière de Santiago où 3 500 noms rappellent à l’humanité entière leur martyr et leur sacrifice.   

N’oublions jamais ce crime contre Allende, contre le peuple chilien, et contre l’humanité entière. N’oublions jamais ces criminels et surtout ne perdons pas de vue que cette action été directement pilotée par les services de la CIA, avec à leur tête Henry Kissinger, étrangement prix noble de la paix et le président de Etats-Unis d’alors, Richard Nixon. Ceux-ci s’étaient fixés comme but d’éliminer toutes les forces de gauche du continent sud-américain. Ce plan avait un nom : le plan Condor… les massacres pouvaient commencer !

Mais aujourd’hui, 40 ans après le Chili restauré dans la démocratie, mais toute l’Amérique du Sud aussi s’est sortie des griffes du plan Condor et a mis en échec les sordides arrangements américains. Oui, les dernières paroles de Salvador Allende étaient prophétiques, les « grandes avenues »  se sont belles et bien ouvertes aux peuples d’Amérique du sud. Mais elles sont encore fragiles… les américains, encore eux, les grandes oligarchies financières, les réactionnaires de tous poils y sont aux affuts… pour déstabiliser les régimes démocratiquement mis en place.

Aujourd’hui, l’association des magistrats du Chili a présenté ses excuses pour ces « actions et omissions », dixit ! La vigilance est plus que jamais de rigueur et la « paix » fragile, les forces obscures à l’œuvre il y a quarante ans, les bourreaux de Salvador Allende ont des « enfants » prêts à exécuter toutes les mauvaises œuvres !

 

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Published by Jean Pelletier - dans Histoire
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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 17:18

vatican1.jpgLa démission surprise de Benoit XVI entraine toute sorte de rumeurs qui vont bon trains dont celle d’un lobby Gay… Mais de tout temps le Vatican a su dégager de bonnes odeurs de souffre, des célèbres Borgia, à la papesse Jeanne et en passant pas l’Enfer de sa bibliothèque.

 

La bibliothèque Vaticane.

C’est la bibliothèque publique de l’Etat du saint Siège. Sa fondation remonte aux papes Nicolas V (1451) et Sixte IV (1475). Elle est l’une des plus modernes au monde, numérisée en partie, son accès est strictement réglementé. Seul les chercheurs et érudits les mieux placés peuvent y avoir accès et encore n’ont-ils pas accès à tout. Elle comprend 1,6 millions de volumes et imprimés antiques et modernes, 8 300 incunables (livres imprimés avant 1500), 150 000 manuscrits, 300 000 pièces de monnaise et médailles.

Une partie de la bibliothèque est consacrées aux archives secrètes du Vatican, ce sont-elles qui entretiennent tous les mystères. Le caractère « secretus » signifie au premier chef « privé ». Elles ont été fondées par Paul V (1605-1621), on dit qu’elles font près de 85 kilomètres de rayonnage… Elles se composent, pour la partie la plus connue, des archives des représentations pontificales, des différents conciles et des fonds privés.

 

La virulence passée de l’église catholique (inquisition, procès, buchers, excommunications, interdictions..) a alimenté au fil des siècles l’idée d’une bibliothèque cachés où se trouveraient tous les livres et œuvres interdits, mis à l’index. De là est née une pensée occulte attribuant des pouvoirs de manipulation au Saint Siège à travers divers ordres mystérieux. Deux ouvrages, au retentissement mondial ont contribué à diffuser cette idée : « Le Nom de la Rose » d’Umberto Eco et « Anges et >démons » de Dan Brown.

 

L’Enfer de la bibliothèque.

Le terme d’Enfer est employé dans toutes les bibliothèques pour désigner le lieu réservé au stockage d’ouvrages jugés pervers, néfastes, dangereux, voir pornographique : « L’Origine du monde »  de Gustave Courbet, le « traité des trois imposteurs », ouvrage prônant l’athéisme au XVIIème  siècle. On dit s’y trouver aussi : l’Aggripa » ou « Livre des démons », la « Bible noire » et nombre de traités de sorcellerie.

 

Seul le Pape ou toute autres personnes dument mandatées par lui peut y pénétrer. On raconte que Jean Paul II, aurait été vu en larmes, à la sortie de sa 1er visite.

 

Pour être un peu plus sérieux, on sait s’y trouver de nombreux parchemins, lettres, épîtres et livres datant des premiers siècles du christianisme qui pour d’évidentes raisons d’orthodoxie religieuse ne peuvent être rendu publics. Ce sont les sources mêmes du christianisme, trop incertaines et fragiles pour être accessibles.

 

L’histoire même des luttes sanglantes pour le pouvoir au Vatican ont livré leurs lots de secrets inavouables. Enfin toutes les archives de la très sainte inquisition y sont !

Certains ont persuadés que l’on y trouverait les origines de la véritable identité secrète de Jeanne d’Arc et les révélations encore cachées des secrets de Fatima.

 

On dit s’y trouver aussi les manuscrits retrouvés dans les grottes de Qumran et même l’évangile de Thomas….bref de quoi faire douter la terre entière.

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  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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