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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 16:19

essais_nucleaires-sahara-05f7d.jpgVoilà un  sujet dont on parle rarement… tabou. La France a mené pas moins de 17 expériences nucléaires sur le sol sud de l’Algérie entre 1960 et 1966. Un secret défense qui a bien mené son office jusqu’ici. Mon père, Marcel Pelletier, officier du génie était en poste à Colomb-Béchard à cette période, il est mort des dizaines d’années plus tard d’un cancer, une leucémie qu’il nous a cachée longtemps.

Jusqu’alors l’Algérie, n’avait jamais mis le doigt sur cet épisode. Un colloque s’était tenu en 2007 à Alger sous le patronage de Bouteflika pour demander réparation à la France. Ces tirs ont eu lieu jusqu’à la fin, prévu par les accords d’Evian, à savoir le départ définitif de l’armée française d’Algérie en 1967. Un événement vient de faire rebondir l’affaire, la déclassification le 4 avril 2013 « secret défense » d’une carte française de 1960, montrant l’importance des retombées radioactives du 1er essai français dans le Sahara algérien.

On y découvre l’étendue du mensonge des autorités françaises de l’époque, l’importance des retombées, lesquelles touchent toute l’Afrique, l’ouest et le sud de l’Europe. « La Gerboise Bleue », 1er bombe atomique française, treize jours après son explosion, étendait ses retombées radioactive à l’ensemble de l’Afrique de l’ouest, au sud jusqu’en Centrafrique, mais aussi au nord jusqu’en Espagne et en Sicile…

Aujourd’hui, alors que les langues se délient, les experts reconnaissent que les normes de sécurité n’ont pas été respectées.  C’est à Arak (Tamanrasset) que l’eau a été fortement contaminée…et l’air bien sûr, par de l’iode 131, du césium 137 ont été inhalé par les populations locales et les équipes militaires. Aujourd’hui, on en connait les conséquences en termes de cancers et de maladies cardio-vasculaires.

La publication de cette carte a été obtenue dans le cadre d’une enquête pénale déclenchée par les vétérans de ces campagnes d’essais nucléaires français, lesquels se sont poursuivis en Polynésie française.

Aujourd’hui, l’armée française a encore du mal à ouvrir ses dossiers sur cette affaire. On estime à 30 000 le nombre des victimes algériennes de ces essais. La France s’honorerait d’assumer sa responsabilité juridique, en apportant l’aide technique aux autorités algériennes en matière de décontamination. Dans la région de Regagne, en particulier les radiations sont encore présentes.

Le programme nucléaire français s’est effectué en trois phases sur 15 ans. De 1945 à1951 les études scientifiques et techniques se sont déroulées. C’est à partir de 1952, qu’a été mis sur pied un budget pour le programme d’acquisition du plutonium. Puis à partir de 1955, le programme français  a été mis sur pied, suite au refus des USA et du Royaume Uni de communiquer leurs propres informations sur la technique de fabrication d’une bombe nucléaire. C’est donc le Sahara qui est choisi comme lieu d’expérimentation, la décision est prise par le Général de Gaulle en 1957. C’est la 2e compagnie de l’armée française qui ava installer son PC à Hamoudia , petite localité située à 65 km au sud de Reggane. Cette entreprise a mobilisé pas moins de 6 500 français : chercheurs, savants et soldats. Il faut y ajouter 3 500 algériens, simples ouvriers.

La première bombe de 70 kilotonnes a explosé le 13 février 1960 à Hamoudia, la seconde, suivi de deux autres toujours à l’air libre !!! Les suivantes seront souterraines au Sud est algérien à In Ecker du 7 novembre 1961 au 16 février 1966.

essais_nucleaires-sahara-d.jpgNous avons le récit de l’explosion du 1er mai 1962 à In Ecker, au Sahara. Une galerie a été creusée dans une montagne, en forme de colimaçon, longue d’un kilomètre, le tout bouché avec du béton armé, sommairement ! Au moment de l’explosion, c’est tout ce système d’obturation qui a explosé rejetant dans l’air des matériaux et des poussières radioactives. Les deux ministres français présents, Pierre Messmer (ministre des Armées) et Gaston Palewski (ministre de la recherche) furent irradiés. Ce dernier est d’ailleurs mort d’une leucémie en 1984. Les photos de l’époque montrent qu’aucune précaution n’avait été prise pour la sécurité des observateurs. (Voir le site  http://www.jp-petit.org/Divers/Nucleaire_souterrain/in_ecker.htm)

Le pilote de l’hélicoptère chargé de survoler le site de l’expérimentation devint aveugle. Pire l’armée envoya des soldats, sans aucune tenue de protection prélever des échantillons dans le tunnel. Leur système immunitaire fut détruit, ils sont morts peu de temps après et, secret défense, leur famille ne furent pas autoriser à les approcher, ni à voir leur corps. France 2 a consacré une émission à ce sinistre épisode où l’on voit une veuve  témoigner sur le fait qu’elle n’a pas obtenu de pension de veuve de guerre, ni même la mention « mort pour la France ». Le Colonel de l’époque l’ayant prié de garder le secret le plus absolu sur les conditions de la mort de son mari à 32 ans…

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Published by Jean Pelletier - dans politique
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  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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