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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 11:58

Les chiens ne faisant pas des loups, l’histoire de mon village n’est pas sans liens avec ce que le petit garçon à la bicyclette bleue est devenu plus tard, comme l’atteste ce qui va suivre.

Il faut remonter jusqu’au lointain Moyen Age, en l’an 904, pour trouver le premier document religieux faisant état de l’existence d’Harréville, qui ne prit le nom d’Harréville-les-Chanteurs qu’en 1907.

C’est un bien joli nom, tout aussi étrange, évocateur que poétique. Il le doit à une partie de son histoire ancrée dans le dix-neuvième siècle, illustrée par les célèbres chanteurs de Saint Hubert, marchands drapiers, vendeurs d’images saintes, montreurs de marionnettes et d’amulettes. Bref un village d’artistes… qui résonne de manière prémonitoire à ce que fut mon propre engagement.

Un village de nomades, un village qui bruit du doux son des voyages. En 1770 des documents officiels font état de 30 chanteurs, 21 marchands roulants et 10 colporteurs. Harréville a eu aussi ses fondeurs de cloches.

Bref un village de vagabonds, de colporteurs migrants qui mettaient en mouvement mon imaginaire d’enfants. Car j’entendais maintes fois raconter cette histoire là autour de la table familiale.

Certes, ils n’avaient pas bonne réputation, vendeurs à la sauvette, toujours à la recherche de quelques sous, ils n’hésitaient pas à chaparder ici et là, quand le Seigneur ne leur avait pas accordé une bonne journée. Il fallait bien compenser la pingrerie des uns et des autres et puis il fallait tout simplement vivre, survivre ….

Que vendaient-ils ? Essentiellement de la bimbeloterie composée de médailles religieuses et autres colifichets brillants et étincelants.

Pendant qu’ils voyageaient, leurs femmes et leurs enfants restaient au village, survivant à peine à leurs besoins. C’est bien la pauvreté qui les jetait ainsi sur les routes de France. Les Harrévillois ont été de grands voyageurs devant l’Eternel. Nombre d’entre eux n’ont pas hésité à abandonner leur mère patrie pour s’expatrier dans des contrées bien lointaines.

Par les voyages, ils ont acquis un certain regard sur le monde et les gens. A une période de l’histoire où la population était particulièrement sédentaire et arcboutée sur ses traditions, ancestrales, les Harrévillois, en parfaits routiers qu’ils étaient, parlaient déjà les langues du monde et pratiquaient la diversité, l’ont-ils transmis à leurs lointains héritiers ?

Je ne sais pas, par contre, il y a tout de même une histoire à raconter qui atteste de la réputation particulièrement hospitalière des Harrévillois.

Le village fut le territoire d’importantes batailles lors de la première guerre mondiale, ainsi que de la Seconde. C’est une terre de sang et de larmes.

C’est au cours du mois de juillet 1921 que le maire du village reçut une étrange correspondance en date du 9 juillet 1921. La lettre du consul de France aux USA accompagnée d’une bien belle lettre en américain, suivie de 102 signatures, 102 officiers et soldats américains. Je vous la livre telle qu’elle, elle parle d’elle même.

« Nous, la société des anciens Officiers et soldats du 104ème R. I. de la 26ème Division Américaine, réunis dans la ville de Cambridge, Massachussetts, États-Unis d’Amérique, assemblés pendant une journée brève en souvenir de notre service dans la belle France avec les Forces Expéditionnaires Américaines, vous présentons nos salutations les plus cordiales pour vous faire savoir que nous retenons toujours en mémoire les jours passés auprès de vous, des jours dorés par votre amitié, de sorte que notre sentiment pour vous devient de plus en plus profond à mesure que passent les années.

Nous ne vous oublions pas, que vous soyez réunis dans vos foyers, que vous soyez autour de vos tables pour prendre le repas journalier ou que vous fassiez vos révérences devant vos autels, pensant peut-être à vos amis américains, vous demandant si nous pensons à vous, oui, nos bons amis, bien sûr, nous pensons à vous. Nos pensées traversent la mer pour vous retrouver; et, encore une fois, dans l’âme, nous nous promenons dans vos rues, nous sommes assis devant vos cheminées, acceptant votre hospitalité.

Veuillez recevoir, alors, nos bons amis, cette salutation du fond du cœur, car nos prières, nos sympathies, oui, même notre amour y est. »

(Traduction donnée par M. le Capitaine Hartwell).

C’est au Commandant Camille Lomon que nous devons ce témoignage, lui qui prit sa retraite à Harréville-les-Chanteurs et qui prit le temps d’y réunir témoignages et souvenirs, comme je le fais aujourd’hui.

La conseil municipal fit une belle réponse le 17 novembre 1921 dont je retiens la simple phrase :

« Que la vie serait belle et féconde si chaque collectivité humaine faisait naître de semblables courants de chaude et bienfaisante sympathie. »

Tout ceci se passe de commentaires et atteste de l’originalité de ces villageois, emprunts d’une profonde humanité.

Mais ils doivent leur célébrité à une compagnie de montreurs de marionnettes célèbres au 19ième siècle, installée, en résidence comme l’on dirait aujourd’hui à Harréville-les- Chanteurs. Ceux-ci produisaient un spectacle de marionnettes géantes (bien avant le Bread and Pupett Circus Band) interprétant la Passion du Christ.

On raconte qu’ils le faisaient avec un fort accent haut marnais et jusque devant la cour de l’empereur Napoléon III. C’est à la famille Collignon que l’on doit cet héritage théâtral. Ma famille étant liée du côté de ma grand mère paternelle aux Collignons, j’ai souvent entendu mon père raconter avoir joué dans les greniers de la ferme avec certaines de ces poupées géantes. Malheureusement à ma connaissance elles ont toutes disparues.

Harréville-les-Chanteurs est littéralement coupée en deux par la Meuse qui délimite vaguement la frontière entre la Haute Marne et les Vosges, mais aussi la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Village d’espaces voyagés et village de frontières, la commune s’étend sur 15,8 km2. Elle a connu dans le passé un important peuplement, jusqu’à 755 habitants au recensement de 1831. Aujourd’hui elle n’en compte plus que 275 !

Ses voisines sont Liffol-le-Grand, connues pour ses fabriques de meubles, Bazoilles pour ses « pertes de la Meuse » par les géographes, Pompierre et… Goncourt, illustre pour avoir été le berceau de mon père (prés de la laiterie) et surtout des frères Goncourt.

Je disais donc que le village en cachait deux. J’appartenais au deuxième village, celui qui n’avait ni la mairie, ni l’église, juste les ruines de l’ancien prieuré, marqué par un magnifique Calvaire. Le premier village dépendait d’ailleurs de l’Abbaye de Saint Mihiel. En 1789 les habitants de la rive gauche (le 1er village) étaient rattachés au diocèse de Toul, ils avaient pour paroisse l’église Saint Germain, le peuple de la rive droite avait, lui, son prieuré.

Le village du haut était traversé par la route dite impériale n°74, puis la grande nationale N 74 (reclassée depuis départementale 74) qui fût celle des migrations d’été. Je me souviens petits d’y avoir vu les caravanes cul à cul dans d’immenses bouchons d’aoûtiens. Aujourd’hui la construction d’une autoroute un peu plus loin a définitivement scellé un grand silence autour du village, qui a ainsi retrouvé toute sa dignité passée.

Il faut savoir aussi qu’une ancienne voie romaine (la voie impériale de Divodurum – Metz à Andematunnum – Langres par tullum - Toul) passe aussi par le haut du village, important passage aussi pour les populations de l’époque. Et son évocation, dans mon enfance, me faisait une grande impression, d’autant plus que l’on trouvait aussi sa trace à Bazoilles et à Goncourt.

J’imaginais à grand renfort d’histoire, les romains sur leurs chars, tirés par d’époustouflants chevaux noirs, et toutes ces allées et venues me donnait le tournis.

Géographie et histoire racontent l’histoire d’une commune à l’écoute de son temps et ouverte sur son espace naturel.

Cette ouverture, elle l’a payé en 14-18, ses bois sont encore coupés de murets et de tranchés qui racontent cette histoire là, le monument au mort de la guerre 14-18 déplacé en 2005 derrière la mairie porte la longue liste des enfants du pays morts pour la France. Toutes les familles du village y ont leurs morts.

Mais celle de 1940 traversa aussi cruellement le village. Le 12ième régiment de tirailleur sénégalais y fût massacré le 19 juin 1940 en tentant d’arrêter l’avance allemande. Là aussi, un monument au mort, érigé suite à l’infatigable lutte du Commandant Lomon, se dresse à l’écart du village, en face de ce qui fût la gare SNCF du village. Ce monument fût inauguré le 6 juillet 1958, six années après ma naissance.

Notre maison est justement située sur l’allée de la gare, plus précisément la rue des Marronniers. Dans nos villages lorrains, les gares sont toujours à l’écart des villages. Le train alors avait mauvaise presse. On racontait alors dans la bonne presse populaire que le chemin de fer allait tuer les vaches dans les près, et que le corps de l’homme ne résisterait pas à sa vitesse … cela ne s’invente pas.

Je revois justement , encore le petit peuple du train passer à l’aller et au retour devant notre maison, seuls instants où cette voie connaissait un peu d’animation. Parfois j’accompagnais aussi ma grand mère jusqu’à Neufchâteau avec la « micheline » comme on disait alors.

Il y avait aussi la barrière un peu plus loin, qui gérait le passage de la voie ferrée pour se rendre à Pompière. C’est une nièce de ma grand-mère qui y habitait avec son mari et ses enfants, les Badoinots, le père, René, a été le maire du village durant de nombreuses années, il est enterré tout près de mon père. On a donné son nom à la salle des fêtes du village ; je jouais souvent avec ma petite cousine Nicole et les promenades sur le lieu dit « Le Mont » ont été innombrables. C’est une longue montée bordée de noisetiers sauvages qui débouche sur un vaste plateau couvert de blés blonds et ondulants l’été et descend vers le village de Pompierre.

La gare a été rasée et la maison garde barrière aussi, rasés…sans que l’on me demande mon avis.

L’église d’Harréville a été aussi longtemps le centre de mes préoccupations, messes et cérémonies religieuse y rythmaient les jours. Le Curé, car il y en avait un à cette époque, était un personnage qui suscitait quolibets et moqueries de notre part.

Ma grand mère Marthe nous imposait d’aller à la messe chaque dimanche, bien que je n’ai aucun souvenir qu’elle ne nous y ait jamais accompagnés.

C’était pourtant une joie simple, cette assemblée religieuse dans une petite bâtisse, sans prétention, avec ses statues de plâtres et sa voûte tout en bois. Parfois, à l’occasion de la célébration de la Saint Germain, patron de l’église, nous sortions en cortège dans le village en portant des bannières toutes en couleurs et enrubannées. Je me souviens que c’était le jour de la fête communale, le premier dimanche d’août. Elle partait de la maison de Germain Jondot, tout à côté de celle de Berthe Bickel …

Pour les baptêmes il y avait à la sortie de la cérémonie des jetées de pièces de monnaies qui ravisaient notre convoitise. Certains dimanches particuliers, la communion était suivie d’une distribution de morceaux de brioche bénies, j’en ai encore le souvenir précis de leur goût sucré dans la bouche.

L’église est dédiée à Saint Germain. Son chœur actuel remonte au 13ième siècle, avec des voûtes refaites au 16ième siècle. Quant à la tour du clocher et la nef, elles ont été rebâties peu avant la Révolution Française. Mais on relève l’existence d’un site plus ancien, puisqu’il est fait mention de cette église dans un titre remontant à l’an 904. C’est au cours du siècle suivant que la cure prospéra. L’Abbé de Saint-Mihiel y fonda un prieuré dans lequel il déposa le corps de S. Calixte, pape et martyr qu’il avait rapporté de Rome.

Cette installation à Harréville, il la relate en ces termes et je ne saurai mieux décrire mon village et ses environs immédiats, qui bien des siècles après n’ont pas changé :

« À cet endroit il y a une vallée qui s’étale entre deux hauteurs ; les côtés, étirés sur une longueur d’un stade et distants l’un de l’autre de deux jets de flèches, définissent la largeur de la vallée entre eux.

Quant à la longueur, sur une distance égale d’un stade, deux collines opposées la déterminent de part et d’autre, assez proches du versant nord et pas plus éloignés du versant sud que de la place laissée au lit de la rivière coulant en contrebas. Ainsi on découvre un carré de hauteurs, protégé par les fermetures de la vallée. La Meuse court au milieu, elle embellit la surface voisine par la verdeur des prés.

Quant aux espaces assez retirés qui s’étendent du côté des hauteurs, ils se prêtent à l’agriculture et au jardinage. Sur le versant nord, qui n’est pas raide mais qui descend en pente douce sur toute la largeur des champs, à la limite de la pente et de la vallée, se trouve le dit village avec son église Saint-Germain.

Le versant sud est raide et se dresse vers le haut, allongé en ligne droite, splendide à cause de l’égalité de sa hauteur, couvert d’une agréable et épaisse forêt de hêtres. Quand sa partie basse en pente atteint la vallée, elle s’élève du fond du val par une sorte de haute terrasse ; au milieu de cette terrasse se dresse un rocher, sous lequel jaillit une source agréable et abondante en eaux douces ; au-dessus se trouve un chemin accessible aux passants et au-dessus du chemin, de nouveau par une terrasse, la terre s’élève et s’étend en une plaine des plus favorables, en haut de laquelle sourdent quinze sources à la suite ».

A suivre….. La ferme Saint Joseph.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 14:30
Prélude : Le petit vélo bleu.

J’ai huit ans et je fais du vélo, j’ai un petit vélo bleu auquel on a enlevé les roues d’accompagnement. J’ai huit ans et je fais du vélo, je m’émancipe. J’ai franchis le pont de pierre gris, aux arches fortes qui enjambent d’un coup la Meuse, remonté la rue principale et ses volets fermés, traversé la nationale où rodent les voitures, puis repris mon ascension pour arriver sur l’ancienne voie romaine.

Mon village est coupé en deux par la Meuse. Une partie qui comprend la gare et les deux gardes barrières, ma maison. Une autre qui comprend l’église et la mairie et les fermes, les gens, ceux que je ne connais pas bien encore. En fait, le village occupe les deux rives d’un fleuve creusant la vallée : la Meuse … Pour moi c’est la rivière … avec ses jonc, ses saules pleureurs et ses pécheurs et son long sillon à peine exploré.

Il y a deux villages, avec ceux d’en haut et ceux d’en bas, j’appartiens à ceux d’en bas.

J’ai huit ans et je fais du vélo. Je remonte la petite route, dont on dit que c’est l’ancienne voie romaine. Je suis en haut … la route va rejoindre la nationale plus loin. Je pousse fort sur les pédales et je m’arrête brutalement, sans raison, seul, bien seul.

Je vois plus bas le cimetière un peu inquiétant, la Meuse paresseuse et surtout ma maison droite, bien plantée avec sa petite cour, sa façade grise et ses volets rouges sombres. Elle est la dernière maison, avant la gare. C’est ma maison, elle me paraît bien loin. J’ai pris mes distances, le cœur battant. Je vois la route bordée de tilleuls qui monte jusqu’à la gare … la gare et ses va-et-vient incessants de voyageurs improbables, leurs valises à la main.

Tiens, un peu plus loin, encore plus loin, je vois le train avec sa lourde locomotive qui monte la côte avec son long panache de fumées blanches et grises, je peux deviner le souffle rauque de sa chaudière en surchauffe. Tel un monstre d’acier, il s’époumone et tracte ses wagons, peu à peu, il avance jusqu’à la gare, qu’il ignore, disparaît derrière le vaste rideau de marronniers qui bordent la voie. Seul son panache s’échappe au dessus de la cime des arbres. Puis, il réapparait sur l’autre partie de la voie ferrée, passe la garde barrière, et s’en va en reprenant son effort jusqu’au prochain passage, le train …

J’ai huit ans et j’ai pris mon indépendance et mon courage à deux mains pour oser franchir toutes les frontières et tous les interdits : le pont, la nationale et prendre la large. Le cœur battant, j’ai conscience de la transgression, le temps a passé, combien de temps, je ne sais plus tant je me suis concentré sur l’effort, sur la fuite en avant.

Je suis fasciné par ce point de vue, inattendu et nouveau pour moi. Je découvre que le monde est bien plus grand que je ne pouvais l’imaginer. Cette hauteur soudainement conquise me fait peur et m’excite en même temps. Je comprends que tout est possible. Les interdictions, les ponts, les limites, les frontières, les fleuves et les bois sont là pour qu’on en conduise l’ascension, qu’on en franchise le passage, qu’on en ose la conquête …

Immobile, un vent léger passe, sur mon front, juste un souffle chaud, c’est l’été et j’ai huit ans.

Mon père a acheté cette maison il y a quelques années. J’y passe les vacances et les week-end. J’y passe beaucoup de temps avec mon père, ma mère et mes frères, mes grand parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins et mes cousines à peine plus loin … ma famille . Ma sœur est partie loin, très loin je la connais encore à peine.

J’ai ce souvenir lointain d’avoir passé un peu de temps lorsqu’elle a occupé son premier poste d’institutrices à Liffol-le-Petit. Je suis si enfant, avec mon manteau de laine qui me couvre, un manteau long qui me différencie de tous ces autres petits enfants dont elle s’occupe. Ma mère est venue la soutenir quelques jours. Il fait froid, le poêle a bien du mal à donner de la chaleur. Je suis à la fois un peu malade et en même temps la curiosité de tous les petits villageois. Je suis le petit frère de l’institutrice. J’ai le souvenir d’une souris tombée dans le pot au lait et j’ai du chagrin pour cette petite chose, froide et immobile que ma sœur retire avec horreur. Puis elle est partie loin, très loin, on me dit que c’est la Corse. La Corse c’est loin, terre inconnue où je passerai d’innombrables vacances, mais je ne le sais pas encore.

J’ai huit ans, je joue avec quelques bouts de bois dans le lavoir, l’eau coule d’un petit ruisseau et s’en va un peu plus loin, passe sous la route et fini à la rivière. Le lavoir est immense et inquiétant, je me penche un peu, l’eau est froide sous mes doigts, je remue les petits bouts de bois flottants, faisant ici et là quelques éclats d’eau translucide.

Parfois une dame, Mademoiselle vient à la maison, elle lave le linge de la famille. Elle lave le linge de tout le village. Elle est agenouillée sur un caisson de bois, avec un peu de paille jaune tout au fond. Courbée, elle remue le linge, le frotte, le savonne, le rince puis reprend son mouvement.

Elle m’inspire de la tristesse, je la voie toujours seule, maigre silhouette fragile et chancelante avec son filet à commission à la main, qui se glisse à la maison et prend son labeur. Elle n’a pas d’âge, je ne sais même pas où elle habite. Elle vient, puis s’en va sans un mot. Dans mon innocence je pressens le drame de sa vie, je ressens sa solitude, lorsqu’elle se glisse ainsi sans voix dans notre intimité familiale.

C’est Mademoiselle. J’imagine ses efforts, les frottements incessants, sa fatigue. Je ne lui parle pas, je la regarde, impavide … un immense sentiment de lassitude m’envahit, sa lassitude. J’ai huit ans et je ne sais pas encore ce que peut être le monde, sa violence, son injustice, sa méchanceté, mais je sais, par instants, que Mademoiselle n‘est pas comme tout le monde.

Je sais qu’elle vit une autre vie, une vie de labeur, de travail, déjà … une vie à part, on en la salue pas, on ne lui parle pas, c’est Mademoiselle, elle lave le linge des autres.

Elle vient et puis s’en va … Son existence n’est que ces moments de chemises, de draps et de sous vêtements anonymes, elle nettoie, elle plie, elle sèche et entasse, entasse et entasse encore.

C’est marmoréen, monumental, elle est le Sisyphe qui s’ignore … il n’y a que moi, si petit qui voit, qui voit son épreuve, une épreuve qui n’a pas de sens. Je ne le sais pas encore, mais Mademoiselle me parle, elle ne parle qu’à moi, pas avec les mots et les phrases, elle me parle à petits pas, avec des gestes las et automatiques. Mademoiselle, c’est l’apprentissage de l’injustice, de l’ostracisme, du rejet de l’autre.

Dans ma petite vie bien ordonnée, tranquille et soignée, je sais déjà ma proximité avec Mademoiselle. Dans l’ignorance de sa pauvre vie, j’ai l’intuition de la souffrance et de la solitude. J’ai huit ans et déjà le cœur serré, sans bien savoir pourquoi, pas encore …

Mes grands parents habitent près de chez de nous, dans une maison achetée de quelques sous, mon père les y a aidé. Ils ont pris leur retraite de cheminots. Ainsi j’appartiens à une famille de prolétaire. Ma grand mère Marthe a été garde barrière toute sa vie et mon grand père Adrien ouvrier sur les voies. Je revois la maison, sur la gauche de la route qui mène à la mienne. C’est l’ancien café, le « café de la gare » où s’arrêtaient les voyageurs. Un large panneau en bois, tout en longueur gardait encore une trace effacée de cette ancienne vie. Une salle à manger tout en longueur, dont on avait fermé l’accès direct sur la rue est l’ultime souvenir de ce passé d’avant guerre.

Harréville-les-Chanteurs, voilà mon village, ancré à mon cœur et à mon souvenir. C’est un havre dans ma mémoire, tant il fut fondateur de mon histoire que je vais vous raconter. Il est d’un autre monde, un autre siècle, le millénaire d’avant. C’est un pont entre ce monde encore issu du dix neuvième siècle et celui d’aujourd’hui …

C’est le village de mon enfance profonde et le berceau de mes toutes premières émotions. J’y ai appris une partie du monde et des êtres qui le peuplent.

Mes grands parents l’ont choisi pour y achever leur dernier parcours de vie, mon grand père y était né un peu par hasard et ma grand mère, demoiselle Lomont était du village d’à côté, Goncourt. Mon père, lui même né à Goncourt, à deux pas de la laiterie, profita de l’opportunité d’acquérir une assez vaste maison, juste à deux pas de ses parents. Lui même y pris sa retraite. Il repose désormais au cimetière du village où ma mère l’a rejoint quelques années plus tard. Ma sœur, elle même exilée aussi loin que la corse peut l’être, a déjà acheté la concession pour y reposer, la mort venue. Moi même je ne m’imagine pas reposer dans un autre endroit.

C’est dire que tout en étant « intermittent » de ce village, il ne peut être que la source de ma vie et de ma finitude.

Je dis cela, parce que cela n’a pas toujours été facile de se faire admettre par les villageois. Les vexations ont été nombreuses, nous n’étions pas d’ici pour nombre d’entre eux. Encore récemment j’ai du en éprouver la peine, à la mort de ma mère Madeleine. Si la cérémonie d’enterrement fût celle que je lui souhaitais, une église pleine, le site Internet qui parle de mon village et donc de ses morts, lui a consacré quatre lignes à peine … alors que d’autres, un lointain cousin Marcel Rattier, une cousine Andrée Badoinot de mon père ont eu l’éloge qu’ils méritaient.

C’est là que vit mon frère Daniel aujourd’hui dans la maison familiale, détenteur du sanctuaire d’une bonne partie de mon histoire.

Mon dieu, que je l’ai parcouru dans tout les sens, les moindres recoins, ce petit village français au carrefour de la Lorraine et de la Champagne, ancré à la frontière de la Haute Marne et aux portes des Vosges où ma mère et moi même sont nés.

Harreville-les-Chanteurs, c’est aussi la Meuse. Ce grand fleuve international qui prend sa source à 47 km de mon village, à Pouilly en Bassigny, à deux pas de la Ligne de partage des eaux entre les bassins de la Mer du Nord et ceux de la Mer Méditerranée. Il a pour sœurs de proximité, la Seine, la Marne et l’Aube.

Du haut de ses 950 km de parcours, il ne traverse son département de naissance la Haute Marne que de 47 km jusqu’à ce pont, le pont de pierre d’Harréville les Chanteurs. Ce fleuve mythique nous fait la surprise de disparaître soudainement à quelques kilomètres de là à Bazoilles-sur-Meuse dans les fameuses pertes de la Meuse pour réapparaitre un peu plus loin de là, à Neufchâteau. Avant de finir en Mer du Nord, il vient saluer en douces méandres la maison natale de jeanne d’Arc à Donrémy-la-Pucelle.

C’est bien plus loin qu’il ouvre le massif des Ardennes, là où Julien Gracq conçut son roman « Un balcon en forêt », Julien Gracq dont je ne savais pas encore qu’il partagerait une bonne partie de ma vie et donnerait à mes émotions littéraires toute leur portée.

Puis, discrétement il passe jusqu’à Charleville-Mézière, pays d’Arthur Rimbaud.

A mon étonnement, j’ai récemment découvert que la Meuse a été considérée comme étant le plus vieux fleuve du monde par certains spécialistes. Ceci du fait qu’il traverse un massif, formé dans le Paléozoïque (Ere géologique qui va de -541 à -252 millions d’années, dite Ere Primaire), les Ardennes. Il a été longtemps la frontière entre la France et le Saint-Empire Romain Germanique au Moyen Age.

C’est au Pays-Bas qu’il se confond, pour finir son voyage, avec l’Escaut et le Rhin dans une vaste embouchure dans les froidures de la mer du Nord.

Tout cela pour dire que les fées se sont penchées sur mon berceau, pour me créer un univers à la fois ancien et lointain.

Je connais ses rives en amont et aval pour avoir exploré chaque coulant et chaque fosse en compagnie de mes trois frères, pécheurs de brochets, que j’accompagnai pas à pas, trottinant, portant la goujonnière, l’épuisette et la musette.

Je l’ai gravé au plus profond de mon cœur, ce village là, pour toutes les joies et toutes les émotions données, et les peines aussi, les fuites et toutes les errances qui ont suivies ...

C’est la raison pour laquelle je vais vous en donner toute l’histoire, celle connue des livres et l’autre qui appartient à ma propre histoire .

A suivre ...

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Published by Jean Pelletier - dans Histoire
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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 10:13
Un Synode  conservateur, pas si sûr…

Le synode est une assemblée délibérative d’ecclésiastiques. D’origine grecque, il désigne le seuil de la maison, le fait de le franchir et de se réunir dans la maison. L’histoire nous renseigne sur le 1er synode, celui convoqué en l’an 190 à Rome, par Victor 1e,r pour fixer la date de la Célébration de Pâques. Le pape François vient de réunir un synode sur la famille qui s’est achevé dimanche, du moins dans sa première phase.

Ce texte final est assez éloigné des espoirs que le pape avait porté à son ouverture, en insistant sur les évolutions de la société et la nécessité de prendre en compte, entre autre les divorcés et les homosexuels. Les 183 pères synodaux ont adopté un rapport de 17 pages sur la famille où les paragraphes proposés sur la question des divorcés et des homosexuels n’ont pas pu réunir la majorité des deux tiers requise.

Ce serait faire injure aux évêques du Synode de dire qu’ils ignorent non seulement la parole du Christ, mais son sens … profondément révolutionnaire, qu’ils auraient oublié le message d’amour et de tolérance porté par le Christ. Malgré l’encouragement du pape François, ils ont reculé, du moins certains ont manifesté leur conservatisme. La majorité qualifiée des deux tiers, nécessaire à l’adoption, fixe la barre très haut et donne une idée assez fausse de la tonalité réelle de cette assemblée exceptionnelle des évêques du Synode.

Sur les 183 évêques réunis, ce ne sont que 74 pères synodaux qui ont refusé de suivre la voie ouverte par leur pape d’offrir aux divorcés le simple chemin de la pénitence qui leur donnerait à nouveau l’accès à l’eucharistie.

Pour le paragraphe sur « l’attention pastorale portée envers les personnes ayant une orientation homosexuelle », et la proposition « d’un accueil avec respect et délicatesse », ils ont été 118 à l’adopter, 62 à le refuser et 3 à s’abstenir. Il en aurait fallu 122 pour qu’il soit adopté.

Il est étrange que les commentaires formulés par les journalistes n’apportent pas cette précision … qui donne un tout autre éclairage à la réalité profonde de l’église.

Non le pape François n’est pas en minorité dans sa propre église, il est provisoirement prisonnier d’une règle d’exigence pour le changement des fondamentaux de l’église. Nous avons la même barrière pour les changements des articles de la Constitution de la Vème République.

Enfin, ce n’est que la première étape du synode, ce document n’est pas une fin, mais le début d’un vaste débat dans les paroisses du monde entier. Le porte parole du Vatican a bien indiqué : « Nous sommes dans un processus en cours ». Le débat reprendra dans un an et au final c’est le pape François qui aura le dernier mot, faisons confiance aux chrétiens du monde entier pour lui envoyer le signal d’une société où l’amour, le respect et la tolérance formeront les piliers de la foi.

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Published by Jean Pelletier - dans religion
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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 09:08
Martine AUBRY a franchi le Rubicon.

Voilà c’est fait, c’est officiel, la maire de Lille s’est installée dans la position de réunir autour de sa personne l’opposition à François Hollande. Elle a pris le risque d’accélérer le décrochage de l’exécutif avec la société réelle. Il ne fait aucun doute qu’elle a longuement pesé sa décision. Mais elle a décidé de mettre tout son poids sans la balance.

C’est par une longue interview au journal du Dimanche paru ce dimanche 19 octobre qu’elle engage une critique raisonnée de l’action menée jusqu’à aujourd’hui par François Hollande. Elle trace les grandes lignes de la politique qu’il conviendrait de mener pour « sauver le quinquennat » et en même temps la ligne politique qu’elle entend incarner pour reprendre la pouvoir au Parti Socialiste et se positionner face à Manuel Valls pour la prochaine présidentielle.

Se faisant, elle acte aujourd’hui l’échec définitif de Hollande et prend la responsabilité de tenter de sauver les meubles de la gauche qu’elle entend incarner.

Elle place délibérément le thème de la croissance au cœur de son propos politique, reprenant l’argument central que martèlent les députés PS frondeur à l’Assemblée nationale : « La politique menée depuis deux ans en France, comme presque partout ailleurs en Europe, s'est faite au détriment de la croissance », voilà c’est dit et c’est radical.

C’est par la relance qu’elle entend apporter des solutions à la situation économique et sociale qu’elle juge catastrophique, car « les déficits ne se sont pas résorbés et le chômage augmente ».

Avec cruauté, elle tacle François Hollande et reprend les critiques qui n’ont pas cessées depuis son élection, à savoir l’absence de cap : « On ne mobilise pas un pays sur la seule gestion financière, on doit donner la destination du voyage".

Elle développe un programme social démocrate, relativement classique pour le PS qui a pour objectif de déporter François Hollande sur une position politique plus libérale que sociale.

Elle appelle à soutenir la relance par des aides aux pouvoirs d’achat des ménages et aux collectivités locales. Elle reprend ainsi à son compte les critiques de plus en plus ouvertes des grands élus socialistes qui montent.

Elle revient sur la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG qui permettrait de redonner du pouvoir d’achat aux manages les plus modestes.

Elle s’érige en rempart contre les tentatives de remettre en cause le code du travail abondamment proposé par plusieurs ministres du gouvernement Valls. Elle fait de même pour ce qui est de l’assurance chômage.

Enfin elle assène le coup final par « Pour moi, la réforme doit être synonyme de progrès. Il faut en finir favec les vieilles recettes libérales ».

Elle conclut par un avertissement ferme, qui sonne comme le glas des dernières espérances de François Hollande : « Je suis candidate … au débat d’idées ». A bon entendeur, salut.

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 18:14

Quel bonheur!

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14 octobre 2014 2 14 /10 /octobre /2014 10:43
Profession : Ingénieur culturel.

Voilà une expression qui peut interpeller, tant la mise en face à face du terme d’ingénieur avec celui de la culture peut troubler l’esprit. Comment un ingénieur, celui qui analyse un problème, établit un diagnostic, formule des solutions et accompagne leur mise en œuvre, peut se retrouver au milieu du champ sémantique de la culture ? Définie admirablement par André Malraux lui-même : «Elle a pour mission de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d'assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création de l'art et de l'esprit qui l'enrichisse »

Et pourtant cet oxymore, par définition inattendu, voir inconcevable n’est pas loin d’exprimer un univers où la tension poétique se mêle à la rationalité des faits. Aujourd’hui l’économie de la culture a pris sa place dans le discours universitaire et politique. On parle désormais aussi bien de management culturel, que d’industrie culturelle ou encore créative. Les universitaires de renom sur la question sont légions : Françoise Benhamou, Philippe Martin, Anne-Marie Autissier, François Moreau, Philippe Bouquillion etc …

L’ingénieur culturel, malgré tout le soin qu’un homme tel que Claude Mollard a pris à le conceptualiser et surtout à le mette en œuvre, reste encore aujourd’hui une bizarrerie, une incongruité. Mais aujourd’hui c’est bien de cela dont il s’agit lorsque l’on parle de management culturel. Mais se faisant on rétrécit le champ du sujet à un mode gestionnaire de la culture. L’ingénieur culturel c’est bien plus que cela.

C’est l’homme ou la femme qui va s’emparer d’un problème (créer un festival, réhabiliter un bâtiment, définir à partir d’un audit une nouvelle politique culturelle pour une collectivité, définir et étudier la faisabilité de tout projet culturel…), il va l’analyser, établir un diagnostic argumenté et proposer des solutions dont il accompagnera la mise en œuvre.

Il peut être ainsi le bras armé de tout projet culturel afin de l’insérer dans une logique de développement et un équilibre économique raisonnable, lui donner toutes ses chances d’épanouissement. Longtemps la culture a résisté à l’économie, elle était entre les mains de gens de culture, qui pratiquait celle-ci comme une religion, avec tout l’amour et l’irrationalité, la transcendance que les religions portent en elles.

Désormais les « idoles » ont laissé la place au marketing, à l’optimisation, aux coûts, aux programmes, aux comptes d’exploitations prévisionnels, aux études de cas etc …

C’est au milieu des années 1980 que s’est forgé et conceptualisé la notion d’ingénierie culturelle. Claude Mollard a été un acteur intensif de se travail et c’est à ses côtés que j’ai moi-même avancé sur ce chemin-là.

Est-ce le hasard qui a porté mes pas vers ce métier-là ? Non je ne le crois pas.

Fils d’un militaire du génie, donc ingénieur du bâtiment et des travaux publics de l’armée, j’ai baigné dans un univers de logique et de rationalité, tout en développant un intérêt très fort pour la culture (sans doute par opposition, à la figure du père qui voulait faire de moi un scientifique, un ingénieur, au sens traditionnel du mot). J’ai poussé cette opposition jusqu’à faire après un bac scientifique des études littéraires, une Maîtrise de Lettres Modernes, tout en flânant à la fac de droit en parallèle pour suivre des cours de politique économique.

Destiné, suite à un concours de l’éducation nationale (les IPES), au métier de professeur de français, j’ai déserté très vite le bateau pour intégrer l’Institut des Sciences Politiques à Paris. Ceci avec l’intuition que j’allai pouvoir y trouver des éléments de réponses à nombre de mes interrogations. Militant politique et associatif très jeune, j’étais en manque de repère, d’argument, d’analyse et de connaissance pour donner de l’épaisseur et du sens à mes convictions, jusque-là juste intuitives.

Ce fut le cas en particulier dans les cours d’économie politique et les TP de statistiques dont je goûtais l’intérêt en tant qu’outils d’analyse et de décryptage du réel. Ce fût aussi de grandes rencontres avec des enseignants hors pair : Eric Orsenna, Jean Charlot, Nicole Questiaux et Jacques Fournier, René Raymond, Pierre Milza, Alfred Grosser et tant d’autres.

Ma sortie de Science Po me propulsa dans un premier temps dans le monde politique, attaché parlementaire d’Edgard Pisani, staff de Michel Rocard (où j’étais le permanent des groupes études qui réunissaient des hauts fonctionnaires au service des idées et de la carrière de Michel Rocard), cabinet ministériel en 1981 (au Ministère du Temps Libre) où très vite je me suis intéressé au lien entre l’éducation populaire et la culture.

J’ai été à l’initiative de la création au ministère de la jeunesse et des sports (Temps Libre) d’un bureau de la « communication sociale » pour fédérer et rationaliser l’action des associations d’éducation populaire qui voulaient investir dans l’usage du matériel audiovisuel et informatique.

Je pilotai aussi les études du Ministère dans le domaine du tourisme et de la jeunesse.

Puis, les cabinets ministériels ont toujours une fin, pour le Temps Libre ce fut une chute aussi brutale qu’injuste pour son titulaire André Henry et toute son équipe , je m’investissais dans l’Agence de l’Informatique (établissement public en charge de développer l’informatique en France) où je me consacrai très vite à la mise en place d’un réseau de Centres de ressources informatiques, dits X2000, dans les régions, tournés vers l’éducation des pratiques du grand public.

Je participais aussi au vaste projet des équipements scolaires en matériel informatique lancé en 1985 par le premier ministre de l’époque Laurent Fabius, le Plan informatique pour Tous. Projet visionnaire, mais dont la mise en œuvre fût un échec, trop tôt …

Enseignant en parallèle dans une école de commerce (l’INSEEC) j’y créai très vite (en 1985) un département spécialisé à partir de la deuxième année dit de « Management culturel » où se sont formés les premiers « ingénieur culturel » en France. Steven Hearn a été l’un de ces premiers étudiants. Aujourd’hui il est l’une des figures de proue de l’ingénierie culturelle à 42 ans il est à la tête de Scintillo, la holding qu’il a créée structurant une vingtaine d’entreprises, dont la Gaité Lyrique, le cinéma le Saint André des Arts, et autres régies publicitaires et incubateur de Start Up, et c’est avec Le Troisième Pôle que son aventure a commencé.

Aujourd’hui je suis professeur associé à l’Université d’Evry Val d’Essonne au département art et culture (Administration de la musique et du spectacle vivant) et Directeur des relations Extérieures de l’Adami (Société civile pour l’administration des droits des artistes et des musiciens interprètes)

Bref, ces expériences ont fait qu’au moment même où les collectivités locales s’interrogeaient sur la gestion des fonds qu’elles investissaient dans la culture, que des crises de confiance violentes éclataient entre les équipes culturelles et les élus municipaux (souvent à l’occasion d’un changement de majorité), la formalisation de méthodes de prévisions, d’anticipation et d’audit aux mains d’experts reconnus a très vite trouvé sa pertinence et ainsi sa place et son succès.

Aujourd’hui les ingénieurs culturels sont prêts. Ils interviennent sur :

- la communication culturelle sur la base d’enquête, de sondage, d’interviews pour formuler un projet fort et porteur pour une collectivité culturelle ou une institution,

- l’audit culturel pour dresser un véritable tableau de bord, présentant les outils de compréhension d’une politique ou d’un équipement afin d’en modifier l’orientation,

- les études de cas, pour retenir des expériences passées le fruit de leur travail,

- les études de publics, pour cerner les besoins et les attentes,

- les études de définition et de faisabilité, en amont de tout projet, pour en mesurer la nécessité, l’impact et les coûts,

- et enfin l’émergence du concept de « tourisme culturel » auquel j’ai particulièrement plus contribué, avec son corollaire sur l’économie du patrimoine.

- mais aussi dès cette période « la formation permanent aux métiers de la culture »,

- et enfin bien sûr la notion d’ingénierie de projet et de manager culturel.

On peut dire que les termes de consultant et d’ingénieur culturel sont interchangeables et correspondent, selon leur emploi, plus à une culture du milieu. Le terme de « consultant » est propre aux grandes agences de « consulting » qui se sont appropriées le moment venu ce nouveau secteur d’intervention.

Le terme d’ingénieur est un peu plus « militant » dirions-nous, il implique plus qu’une simple intervention technique, il recouvre l’idée d’ « un message » à faire passer et une action volontariste. Le terme de médiateur culturel est apparu depuis une dizaine d’année, vous le retrouverez en France dans les petites annonces de Télérama (journal spécialisé dans les programmes TV et la culture en général). Il est l’intermédiaire entre le public et l’action culturelle, son métier est plus orienté vers le développement d’une politique des publics.

Le manager de projet culturel est celui qui travaille au sein d’une institution, une association, un festival, il gère un projet met en œuvre et contrôle un budget.

L’ingénierie culturelle et le management culturel sont née à la fois :

- de la volonté des élus de reprendre la main sur les équipements culturels

- d’obtenir de la lisibilité sur les investissements

- de s’assurer par la culture une communication de qualité

- de « rassurer » les investisseurs économiques - de se nourrir de la culture pour développer des projets touristiques et vice versa

D’une certaine manière le monde de l’entreprise mettait le pied dans l’univers de la culture et cela chagrina un grand nombre de personnes, pour autant dans toutes les actions que j’ai mené en tant qu’ingénieur culturel ou économiste de la culture je n’ai jamais eu le sentiment de « vendre au diable » mon idéal.

Bien au contraire, j’ai eu à chaque fois dans tous ces beaux et innombrables projets le sentiment de faire avancer et progresser l’idée que la culture n’est pas seulement la résultante d’une volonté issue du mécénat (église, princes puis chefs d’état) comme notre l’histoire l’a démontré, mais une composant active et enrichissante de notre société au même titre que l’industrie, la science et le savoir.

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 18:50
Sarkozy, un retour raté.

Outre la cascade d’affaires accrochées à ses basques, le grand retour du Chef semble ne plus faire peur aux caciques de l’UMP.

Juppé continue inexorablement son ascension dans les sondages, alors que l’ex président dégringole. C’est une bonne nouvelle pour la France.

Ils ne plient pas les Fillon, les Juppé et les Lemaire … alors que Raffarin s’est pris une claque au Sénat (malgré son appui) et ses alliés du moment plient avec armes et bagages devant la chute qui se profile.

La cote de confiance continue de chuter, lundi soir selon Ipsos, il perd encore 9 points à seulement 31% de bonnes intentions et 11 points auprès des sympathisants UMP, ce qui le place loin derrière Alain Juppé.

Ses meetings se succèdent avec une avalanche de mensonges et de contre vérités qui ne rencontrent du succès qu’après des militants UMP les plus aveugles et les plus bornés.

Pire, certains, et pas des moindre jugent ce retour comme un affaiblissement de leur parti. Franck Riester allant jusqu’ à déclarer : : «On va avoir deux ans de guerre des chefs avec Fillon et Juppé. […] Sa candidature n’est pas opportune. Il aurait dû revenir directement par la primaire de 2016 ».

Bref Sarkozy, fait du Sarkozy il divise, il clive, il oppose … bref il met un bazar pas croyable à l’UMP qui n’en avait pas besoin. La longue liste des affaires va le plomber jour après jour, mais en entrainant tout l’UMP avec lui. Cette tension ne pourra pas durer, il va bien y avoir un moment où l’UMP va éclater et ce n’est pas avec le soutien de Mme Chirac et de Pasqua qu’il ira bien loin.

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 16:05
Bye bye ...  la « Jeanne d’Arc »

Voilà c’est fait, le mythique bateau école de la marine française vient de quitter pour la dernière fois, ce 11 octobre 2014, son port d’attache, la base navale de Brest, dans l’indifférence générale. Cette nouvelle recoupe l’annonce de la fermeture de l’hôpital, non moins mythique du Val de Grace à Paris. C’est une armée française qui perd peu à peu ses repères, il ne manquerait plus que notre unique porte avion nucléaire le Charles de Gaulle soit démilitarisé…

Mais la « Jeanne d’Arc » qui part pour son cimetière où elle sera démantelée, me serre le cœur. Je me souviens encore, élève au Lycée naval de Brest d’avoir assisté à son départ annuel pour un tour du monde, magnifique ambassadrice de la France dans tous les ports du monde. Lycéens et marins, elle nous faisait rêver, du haut du promontoire où nous faisions nos études, la vue sur la rade était immense, ainsi que le passage obligé sous nos fenêtres.

C’est que, ce porte hélicoptère, si moderne en son temps, il a été construit à l’Arsenal de Brest entre 1959 et 1964, a fait tout au long de sa carrière, pas moins de 79 tours du monde, pendant les 46 années de sa mise en service. La Jeanne d’Arc a 800 escales à son palmarès, au cours desquelles elle a lâché des milliers d’élèves officiers. Sillonnant tous les océans et toutes les mers à la rencontre de 84 pays, notre Jeanne d’Arc a parcouru 3,25 millions de kilomètres, fidèle, exemplaires, vents debout à tous les temps.

Bateau école pour les officiers de la marine française, elle transportait jusqu’à 10 hélicoptères, armée de six missiles exocet et mitrailleuse. Elle combattait donc pour le compte de notre pays, et contribuait à de nombreuses missions humanitaires :

- Libération des otages du voilier croisière Ponant en avril 2008

- Participation au sauvetage des rescapés du Tsunami à Sumatra en décembre 2004, en acheminant 70 tonnes de fret et en vaccinant 9 000 enfants

- Récupération de Boat people en mer de Chine en 1988

Nombre de marins ont assisté, le cœur serré, sur cette route qui longe la base navale de Brest (y compris le Lycée naval) à ce dernier voyage de la vieille et noble dame pour Bordeaux où elle sera livrée à « Veolia propreté ». Cela ne s’invente pas … ainsi va notre monde où nos rêves les plus emblématiques finissent dans les bras d’un Morphée moderne … qui traite tout simplement tous les déchets de la planète !

Mais rassurons-nous, le devoir de mémoire sera en partie respecté, certaines de ses pièces maitresses, les plus belles, iront orner la base marine et la ville de Brest et nous savons déjà que la ville de Rouen qui était sa marraine héritera de son ancre.

Bye bye, ma belle Jeanne d’Arc, notre pays n’a pas eu les moyens de t’assurer la retraite que tu méritais dans le musée naval qui nous manque cruellement.

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 14:48

On se souvient dans quel contexte avait été créée l’Hadopi dans le cadre de la loi Création et Internet, voulue par Nicolas Sarkozy. Il s’agissait avec l’appui des plus puissant des ayants droits de la création, à savoir les producteurs, de criminaliser les internautes usagers des réseaux Peer to Peer et adepte du piratage. Allant jusqu’à voter le principe d’une sanction sous forme de coupure à l’accès d’Internet, ni plus, ni moins.

Las, le temps passant cette fameuse HADOPi sous l’impulsion de ses dirigeants et plus particulièrement de son secrétaire général Éric Walter, se sont rendus compte que les usages changeant, l’aspect punitif de l’Hadopi perdait de son intérêt au regard de son coût de fonctionnement.

L’Hadopi s’est donc beaucoup plus intéressée aux usages et aux pratiques, a multiplié les enquêtes, les études, et les colloques. Peu à peu Eric Walter a pris conscience qu’il y avait un sérieux problème du côté de l’offre légale, très insuffisante pour être crédible au regard des autres offres. Cela a amené Jérôme Seydoux au nom de l’Alpa (Association de lutte contre le piratage audiovisuel) de s’emporter contre Eric Walter : «Nous avons un problème avec le secrétaire général de l’Hadopi, qui depuis un certain nombre de mois, pense que le problème du téléchargement illicite réalisé par les internautes est réglé, et que si ceux-ci téléchargent, c’est la faute des ayants droit, car ils n’offrent pas une offre légale satisfaisante et à des prix trop élevés.»

Mais ce n’était pas tout, en multipliant les analyses et les études l’Hadopi s’est interrogée sur l’obsolescence de la lutte contre le piratage via le Peer to Peer. Et crime majeur, elle s’est mise à s’exprimer en faveur du « mouton noir » des producteurs : la licence globale, tant décriée qui couvrirait les usages illicites des internautes par le biais d’un paiement mensuel sous forme de redevance incluse dans le paiement à leur fournisseur d’accès.

Aujourd’hui Seydoux, avec le monde du cinéma le BLIC, le BLOC, l’ARP, l’UPF rien que cela, demandnt à l’unisson la peau d’Eric Walter à Fleur Pellerin, ministre de la culture et sans rire appelle à « la création de «brigades spécialisées [contre le piratage], tant à la gendarmerie qu’à la police».

Bref, c’est le retour en fanfare d’une certaine forme qu’il faut bien qualifier de « réactionnaire » au changement et au progrès.

Si nos amis du cinéma, que nous chérissons par ailleurs n’ont pour toute réponse qu’un appel à la police et à la gendarmerie pour contrer le phénomène planétaire que représente Internet, c’est avouons nous le à pleurer …

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 11:13
Après Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault entre dans la danse.

C’est un véritable front anti-Valls qui est en train de se constituer avec l’entrée dans le bal d’un poids lourd du PS, Jean-Marc Ayrault. L’ancien premier ministre de François Hollande s’était jusqu’ici astreint à un certain silence. Il vient de rompre sa période d’abstinence.

Il s’était déjà manifesté en juillet en signant avec 17 parlementaires un appel en faveur d’une fusion de la région Pays de la Loire avec la Bretagne. Mais cette fois c’est un véritable coup de gueule, fait rarissime pour un homme qui a tout au long de sa carrière politique manifesté un flegme absolu. Il ne décolère plus depuis qu’il a pris connaissance de l’enveloppe attribué aux Pays de la Loire dans le cadre du futur contrat de projets Etat-région 2015-2020.

En effet, alors que la région Bretagne reçoit 145 euros/habitant, la région Poitou-Charentes 252 euros/habitants il constate que sa région, celle des Pays de la Loire se voit attribuer 96 euros/habitants, alors qu’elle est la cinquième région française en terme de population et de PIB.

Il a donc pris sa plus belle plume pour faire savoir son mécontentement (argumenté) à son successeur à l’Hôtel Matignon. Il en profite aussi, à la manière de Martine Aubry pour faire part de sa plus vive inquiétude «pour l’enseignement et la recherche en général, puisque toutes les régions françaises voient leurs dotations baisser dans ce secteur d’avenir». Il cite l’exemple de la métropole nantaise dont l’enveloppe prévue pour l’enseignement supérieur et la recherche chute, selon lui, de 60%.

On notera dans cette affaire le peu d’élégance de Manuel Valls, qui aurait pu s’éviter cette situation en manifestant un arbitrage plus digne pour la région de son prédécesseur. On a appris que l’ex-premier ministre avait déjeuné avec Martine Aubry, avec au menu une préparation commune aux prochains Etats Généraux organisés par Christophe Cambadélis, et une alliance en bonne et due forme pour le prochain congrès.

Mais ainsi en va-t-il de ce gouvernement là … qui ne respecte pas ses électeurs, pas plus que les membres éminents de sa majorité politique

Bref, la résistance au parti Socialiste prend forme, c’est aussi un front anti-Valls que se constitue avec la volonté d’être une alternative politique au gouvernement.

Avec en plus les députés frondeurs Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et Benoit Hamon… moi je commencerai sérieusement à m’inquiéter.

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  • : Pour suivre l'actualité politique, la défense de la propriété intellectuelle et suivre quelques conseils en gastronomie et en histoire
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  • Jean Pelletier
  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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