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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 15:27

Pour mieux comprendre la politique d’aujourd’hui, se souvenir exactement…pour mieux comprendre le temps présent.

 

1981… la gauche arrive enfin au pouvoir. Après avoir activement milité plutôt à l’extrême gauche, j’adhère en 1974 au parti socialiste. J’avais été très actif à la faculté dans ce que l’on appelait les cercles rouges, après un bref passage à l’Union des jeunes communistes (UJC). De grandes grèves avaient paralysé les universités françaises, dans un premier temps la loi Marcellin en 1970, dites anticasseurs (elle faisait de chaque participant à une manifestation illégale un coupable), puis le projet de Michel Debré de supprimer le sursis militaire pour les étudiants en 1973, et enfin la loi Alice Saunier-Seité sur l’autonomie des Universités à l’origine de la plus grande grève étudiante du XXème  siècle  qui durera trois mois.

Leader du mouvement, pourtant attaché à éviter toutes les violences et les dégradations, 24 heures sur 24 sur le terrain, le président de l’Université François Borella (pourtant socialiste) me convoque en conseil disciplinaire sur une plainte d’une enseignante d’extrême droite membre de l’UNI,

Au plus dur de la grève, cet homme au parcours incontestable de gauche, se révèlera d’une maladresse incomparable. Alors que le mouvement  dérapait, avec une occupation de la présidence, je négociais avec lui un retrait des étudiants, il faisait en même temps intervenir les forces de l’ordre. L’arrestation de plusieurs dizaines d’étudiants provoquait l’émoi dans toute la gauche de la ville de Nancy.

C’est sans doute ce que je payais avec ce conseil de discipline. Toute la communauté étudiante et enseignante se mobilisait autour de moi y compris le syndicat de centre  droit de la faculté de droit avec lesquels j’avais aussi d’excellents contacts. Le conseil de discipline décida, en l’absence de preuve avec cette large mobilisation de me relaxer. Le premier secrétaire du PS de Meurthe et Moselle m’avait aussi apporté son soutien.

François Borella paya cher ce navrant faux pas politique en lui barrant la route à la mairie de Nancy.

Ce n’était pas fini. Sur instruction du ministre où l’Uni avait l’oreille  du pouvoir, le recteur de Nancy fit appel. Les évènements ont pris alors une tournure nationale puisque je fus convoqué au Conseil supérieur de discipline à Paris. Le Parti socialiste mis à ma disposition les services d’un avocat et surtout ce fut la FEN qui prit le relais de l’affaire. On me demanda de faire profil bas pour garantir ma défense.

Je fus le seul étudiant de France à être ainsi convoqué, alors que des locaux  universitaire avaient été incendiés dans d’autres universités, j’étais le seul à devoir des rendre des comptes. La FEN négocia avec le ministre juste un blâme pour avoir déclaré que l’Université Française était de la merde… le ridicule n’effraya pas le ministre, je reconnaissais bien volontiers les faits qui étaient de l’ordre du délit d’opinion, je n’étais pas un casseur. Bel expérience, même si un peu stressante.

Peu de  temps après, l’action des écologistes m’interpelle, particulièrement la lutte contre le nucléaire. Je crée le premier parti écologiste en Lorraine le MAERL, Mouvement Autogestionnaire Ecologiste de Lorraine. Je crée aussi le cercle VALES (pour que vive l’autogestion et les libertés)  à Sciences PO.

La courte défaite de François Mitterrand en 1974 a été un séisme, je vois encore le soir de la défaite de vieux militants pleurer en disant qu’ils ne reverraient jamais la gauche au pouvoir. Cela me détermine à cesser l’action groupusculaire, je rejoins un parti plus plausible pour retirer à la droite sa domination.

J’entre évidemment à l’aile gauche du PS au CERES avec Jean-Pierre Chevènement. Très vite ma double appartenance avec le MAERL dont j’assure la présidence, pose problème… politiquement je dois choisir et je choisis le PS.

Le congrès d’Epinay refondateur qui assure le contrôle du PS par Mitterrand a eu lieu peu de temps avant en 1971. Le talent politique de Mitterrand lui permet dans un deuxième temps de créer les conditions de rassembler au plus large de la gauche catholique aux francs maçons. Cette gauche éparpillée en de multiples clubs comprend la nécessité  de se regrouper, le PS permet cette recomposition en sensibilités diverses qui s’affrontent violement au cours des congrès mais privilégient en fin de compte l’unité d’action.

Le sectarisme du CERES me fait fuir et me rappelle trop ma mauvaise expérience des socialistes, je suis Christian Pierret qui scissionne du CERES à l’occasion du Congrès de Metz pour rallier au dernier moment le courant majoritaire autour de Mitterrand.

C’est l’époque où se construit tant bien que mal le programme « Changer la vie », adopté en 1972 au congrès de Suresnes. C’est aussi l’Union de la gauche, machine infernale imaginée par Mitterrand pour détruire le Parti Communiste afin de s’assurer définitivement l’hégémonie du PS à gauche. A l’initiative du Premier Secrétaire des réunions ont lieu entre le Mouvement des radicaux de Gauche (MRG) et le Parti Communiste qui aboutissent à la signature d’un programme commun de gouvernement le 27 juin 1972.

Cette mise en mouvement de la gauche accélère le rassemblement et la dynamique qui permet au candidat unique de la gauche qu’est Mitterrand d’échouer de peu en 1974 avec 49,6% des voix au second tour.

C’est à la fois cette extraordinaire mobilisation et cet échec qui me détermine à rejoindre le PS et nous mène tout droit vers l’année 1981.

Mais la gauche progresse partout aux élections cantonales, aux municipales. Ce sont autant « d’influenceurs » qui permettront la victoire en 1981.

 

 

 

 

 

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Published by Jean Pelletier - dans politique
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  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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