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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 14:06

Un jour nouveau…je me lève un peu plus pâteux que d’habitude, la tête lourde et migraineuse. Je tourne en rond comme un animal sauvage dans sa cage. Mon appartement n’est pas bien grand, mais j’ai toujours le loisir de « souffler » un peu » sur la terrasse.

Je repense à la lettre de Katrine, du fond de son Ecosse, elle trouve encore la ressource de penser à moi, après tout ce temps. Elle me raconte son quotidien, si différent du mien, si urbain. Elle a fait le choix de la nature et des grands espaces, elle s’est organisée en conséquence en s’assurant le maximum d’autonomie énergétique et alimentaire.

C’est la raison pour laquelle elle a choisi le nord de l’Ecosse : les monts Grampians, ou bien comme elle aime à le rappeler « Am Monah » en gaélique écossais. Elle vit à proximité et sous la protection du mont Ben Nevis , point culminant à 1344 m des îles Britanniques., à Aberfeldy, sur les bords du Tay, le plus long fleuve d’Ecosse.

Elle est au cœur d’une réserve désormais protégée, faunes et fleurs y prospèrent. Les hivers y sont rudes. La dernière fois que nous nous sommes vus remonte à 10 ans déjà. J’avais fait le voyage, c’était encore possible. Depuis l’accès à cette partie du royaume Uni a été interdit. Le parlement écossais d’Edinburgh a proclamé unilatéralement son indépendance et les tensions se sont accrues avec Londres.

Katrine, je la revois dans sa ferme avec ses moutons, ses poules et ses lapins, son potager bien ordonnancé, et la marre où flottent de fiers canards. Je ne suis pas resté, malgré son insistance. J’ai l’impression de l’avoir abandonné. Mais je ne pouvais me faire à ce style de vie rude et campagnard. Je suis un citadin jusque dans l’âme. Je suis reparti pour Paris et je vois encore sa frêle silhouette en haut du chemin, et sa main agitant un mouchoir blanc en signe d’adieu.

Il reste encore le courrier. Il tient à garder ce lien ténu entre nous. Je parcoure la lettre, une tasse de café à la main, elle y écrit avec des mots simples son quotidien.

Je sens comme une boule à l’estomac. Peut être de mauvais rêves, enfuis au petit jour ?

Je termine mon café et range soigneusement la lettre de Katrine dans le petit secrétaire et je me mets à mon bureau.

 

Alors que je travaille à la mise en ordre du dernier fichier que je dois remettre à Manfraid l'alerte sonne sur mon écran, qui s'allume instantanément en se connectant sur Euronews.

La nouvelle fait froid dans le dos. Le conflit moyen oriental a pris une tournure dramatique, les Israéliens ont tiré leur première bombe atomique sur la Syrie provoquant une consternation totale à l'ONU et la confusion la plus extraordinaire parmi les diplomates.

Le commentateur fait remarquer que même si les manœuvrés du président Sayad Al-Assad pour finaliser le processus nucléaire dans sa base secrète de Homs et son récent rapprochement avec la Syrie aient pu servir de prétexte au haut commandement militaire de Tel Aviv, rien ne peut excuser cette attaque atomique en violation de tous les traités internationaux. Il oublie tout de même au passage qu'Israël n'a jamais voulu signer l'accord de dénucléarisation de Saïgon .

 

Le jeune président syrien en arrivant au pouvoir il y a onze ans avait à la fois rompu avec le style de son père Bachar Al-Assad, mort à 91 ans dans un attentat pour renouer avec le style austère de son grand père. Hafez Al-Assad.

C'est sous l'emprise de sa mère Asmas qui a survécu à l'attentat et malgré les séquelles de l'explosion et son âge 92 ans, qu'il gouverne avec l'appui de l'immuable parti laïc Baas.

Sa mère, fille d'un l'imminent cardiologue a suivi en occident des études d'économie qui n'ont eu aucune suite tant elle s'est investie auprès de son mari dès sa prise de pouvoir. Contrebalançant dans les premières années l'influence d'un régime calcifié sur le clientélisme et le tribalisme pour l'ouvrir à l'occident, elle s'est rapidement ralliée à un pouvoir fort et autocratique tel que Bachar l'a souhaité, rentrant même et encourageant l'étrange personnalité quasi schizophrènique de son époux.

 

C'est donc un pays en proie depuis 1963, date de son indépendance, à l'étau tyrannique de trois hommes, qui s'est jeté à la suite de l'Iran dans un processus de guerre totale avec les puissances occidentales à travers l'Etat d' Israël. Après des décennies d'attaques verbales, de tentative de redonner à l'un comme à l'autre sa place dans le concert des nations (on se souvient de l'invitation faite par le président français Nicolas Sarkozy à Bachar Al Assad de participer au défilé du 14 juillet 2008 à l'occasion du projet avorté d'union pour la Méditerranée), que les israéliens sont passés à l'acte.

 

Les images du champignon nucléaire sur la ville de Homs pourtant à la frontière du Liban passent en boucle sur Euronews avec toujours les mêmes commentaires et surtout les mêmes inquiétudes : que va faire l'Iran? Quelle va être l'attitude de Rayan Derks Président des USA? Quelles sont les conséquences pour la région en termes de retombées radioactives? Tel Aviv tente de rassurer les uns et les autres en précisant qu'il s'agit d'une arme atomique de dernière génération, donc à portée très limitée même si ses effets sont foudroyants. Pour autant les experts estiment le nombre d'habitants de la ville d'Homs à 300 000 dont probablement aucun n'auront survécu à l'attaque nucléaire et c'est sans compter avec les effets, malgré les dénégations israéliennes, sur les populations avoisinantes et particulièrement du Nord Liban.

 

Manfraid m'attend, je ne peux donc pas m'éterniser devant les actualités quelle qu'en soit la gravité. J'achève le transfert des données sur mon Disk. J'éteins l'écran et je règle la sécurité de l'appartement en position optimum. Un dernier regard à la terrasse pleine de fleurs et d’aromates parfumés,j'enfile un vieux pardessus et glisse le précieux Disk dans ma poche droite, car comme pour accentuer le particularisme de cette journée, il pleut sur Paris.

 

Cela doit bien remonter à une année qu'il n'a pas plu sur Paris. C’est un arôme humide et brumeux qui flotte dans l’air de Paris. En troublant la vision, cette vapeur d’eau me fait éprouver un sentiment de nostalgie, comme si le vieux Paris avait fini par survivre…

Et c'est sur des pavés mouillés et glissants que je prends la direction de la Fontaine Saint Michel où Manfraid m'a donné rendez-vous. Le quartier comme à son accoutumée est particulièrement calme, je ne croise pour ainsi dire personne dans les ruelles, jusqu'au moment où je déboule sur la place Saint Michel, là ce sont plusieurs centaines de personnes qui se sont massés au milieu de la chaussée et l'on voit la foule grossir au fur et à mesure de l'arrivée de gens en provenance du quartier de la Sorbonne et de l'autre coté de la Seine du Châtelet et des Halles. Curieusement aucun FlexAgent à l'horizon. Visiblement la foule est à l'écoute des informations en continues dans un silence impressionnant. Il se passe quelque chose de grave.

Pour autant cela ne va pas faciliter mon rendez-vous avec Manfraid, devant la fontaine a-t-il dit, mais justement c'est tout autour de la fontaine que l'essentiel des gens se sont massés, comme pour y prendre appui, en recherchant un réconfort bien dérisoire.

J'entends quelqu'un dire à son voisin :« l'Iran aurait annoncé sont intention de riposter immédiatement sur Tel Aviv et sur le commandement américain au moyen Orient récemment basé sur Malte ».

Curieux ce besoin, poussé par la peur, de descendre dans la rue, l'instinct grégaire sans doute. Alors que jamais dans l'histoire de l'humanité les moyens de communications ont été porté à un tel degré de sophistication , les individus ressentent le besoin primaire de s'attrouper comme au bon vieux temps de la préhistoire et de retrouver un instinct tribal. La mondialisation efficace économiquement n'a pas réussi à supprimer de nos gènes le besoin original de s'agréger en cas de danger.

 

Je suis obligé de jouer des coudes pour me frayer un chemin dans cette foule étrange où tout un chacun équipé de son oreillette ou sur ses lunettes accède à l'information tout en échangeant avec ses voisins. Cela donne un air un peu surnaturel à la scène, pour ne pas dire cinématographique.

Mais je ne dois pas oublier que rien, pas même un désastre international, ne saurait remettre en cause nos projets et il faut que je retrouve Manfraid et qu'il soit en mesure d'exploiter le fichier que je vais lui remettre. C’est le travail de plusieurs années qui pourrait être remis en cause.

 

En fin je l'aperçois... un geste de la main, encore un effort et je me rapproche.

 

- « Alors Yann, t'as vu l'info? »

- « Oui, pas terrible....j'ai ... j'ai le fichier »

- « Super, t'as réussi à extraire les données et à les mettre en clair? »

 

Un mouvement de la foule nous déplace un peu brusquement nous éloignant l'un de l'autre. Je bataille un peu, j'ai toujours le disk dans la poche droite de mon imperméable.

Je pense aux 4 000 nouveaux correspondants sécurisés que nous allons ajouter à notre propre Rézo que seul Manfraid peut intégrer du fait de son accès au centralnet et sa connaissance des réseaux et des satellites.

 

- « Manfraid! »

 

J'essaye de l'attirer vers moi, mais la cohue est vraiment soudaine et violente. D'un seul coup je réussis à accrocher son veston et à le plaquer sur moi. De le sentir comme cela contre moi, ce grand échalas avec ses yeux gris noyé de brume me trouble, je n'aimerai pas qu'il se rende compte de ce trouble. J'essaye en douceur de m'extraire un peu de cette soudaine intimité.

Ce n’est pas grand-chose, mais nous pouvons ainsi affirmer une possibilité de résistance dans un monde devenu autoritaire, fliqué à l’extrême. Il ne s’agit en aucune manière de la « Grande révolution » dont nos aînés ont rêvée, juste un petit lien solidaire qui persiste dans la tempête sécuritaire.

Tout à coup, un cri surgit de la foule, je n’ai pas mon équipement de lunette et d’oreillette, mais il devient tout à coup évident de comprendre que le processus de l’horreur est désormais en marche.

Je comprends à demi-mot que la riposte nucléaire de l’Iran vient d’avoir partiellement lieu sur le territoire d’Israël. Je me demande si ce n’est pas les portes de l’enfer qui viennent tout soudainement de s’ouvrir et je ne peux pas m’empêcher de frissonner sous cette pluie un peu gluante qui continue de tomber lentement sur Paris, enrobant la ville d’un halo crépusculaire.

 

Manfraid et moi échangeons un regard complice, le Rèzo va se révéler d’une utilité hors pairs dans les jours et les semaines à venir.

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Published by Jean pelletier - dans Littérature
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  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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