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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 14:00

J’ai à l’esprit ces jours-ci, le souvenir entêtant de ma première rencontre en 1980 avec Nicole Questiaux, dans un petit café au carrefour de l’Odéon. A chacun de mes passages j’éprouve le petit frisson nostalgique de ces années 80, intense en politique. Rocardien, j’avais travaillé dans les équipes de Michel Rocard, avec Edgar Pisani, qui s’était préparé à sa candidature à la présidentielle de 1981. Celui-ci s’abstint de concourir dès lors que François Mitterrand eut annoncé sa propre candidature .Malgré la pression de son entourage, il choisit alors de ne pas diviser les socialistes, ce fût tout à son honneur. C’est le rêve de toute une génération d’hommes et de femmes qui s’évanouissait ainsi, sans que nous le sachions encore…

Nos consignes avaient été de participer activement à cette campagne. Nicole Questiaux avait demandé à me rencontrer pour me sonder sur ma disponibilité afin d’entrer dans le dispositif de campagne de François Mitterrand, mon étiquette de « rocardien » n’était pas un obstacle à ses yeux, étant elle-même du clan des Chevènementiste appelé alors CERES. C’est le CERES qui apporta à Mitterrand la courte majorité dont il eut besoin pour conquérir le Parti Socialiste. Et il faut bien dire que les relations entre le CERES et les rocardiens étaient particulièrement exécrables, nous étions à leur yeux la « gauche américaine », alors que de son côté Gaston Defferre traitait avec mépris notre candidat de « Rocard d’Estaing »…

La rencontre fût chaleureuse et heureuse, je connaissais et admirais Nicole pour avoir suivi à Science Po le cours de politique sociale qu’elle animait avec Jacques Fournier.

Née le 19 décembre 1930 à Nantes, elle fut la première femme à faire l’ENA (promotion Albert thomas, 1953-55) et à être nommée comme maître des requêtes au Conseil d’Etat en 1962, où elle fit toute sa carrière. En politique elle contribua à l’unification de la gauche non communiste dans les années 1960. A ce titre elle présida, en 1971, le Congrès d’Epinay qui vit la mainmise de François Mitterrand sur le Parti Socialiste.

En charge dans la campagne de la culture, de la communication, elle me demanda de mettre sur pied un dispositif en direction de la jeunesse. A peine sorti du rendez-vous, je battais le rappel des jeunes rocardiens et mauroyistes. C’est ainsi que je fis la campagne avec une équipe extraordinaire qui nous permit de bousculer les habitudes du PS et surtout du MJS, tendance CERES à l’époque. Celui-ci ne comprit pas bien qu’un jeune rocardien soit en charge de la campagne, c’est ainsi qu’un commissaire politique du MJS me fut adjoint pour contrôler mes actes et me suivre pas à pas dans tous mes déplacements.

Très vite, nous établissons un « appel à la jeunesse » signé par des personnalités emblématiques de la musique, de la bande dessinée, de la littérature (Claude Manceron, François-Régis Bastide, Philippe Druillet etc..) et nous mettons en place un plan de campagne sous la forme de week end dans quelques grandes villes, choisies en raison des équipes de jeunes socialistes dont nous disposions, avec un contrôle des rocardiens. Ce fut : Nîmes, Lille, Nantes. Sur le week end les équipes locales montaient des animations tournées vers les jeunes et la culture et le samedi soir nous organisions un grand meeting sous forme de spectacle avec comme maitre des cérémonies, un animateur vedette de la radio Claude Villers, très écouté pour son émission « le tribunal des flagrants délires », nous étions en 1981…

Les pointures signataires de l’appel national donnaient un concert, ou une participation, à cette soirée exceptionnelle : Bill Deraime, les Tchouk Tchouk Nougah dont faisait partie François Rollin y prêtèrent activement la main. Les politiques PS locaux disposaient de quelques minutes pendant les changements de scènes pour faire « l’article ». Pour le MJS c’était la honte, mais lorsqu’ils n’étaient capables de ne réunir que quelques dizaines de jeunes déjà convaincus, nous nous faisions salles combles avec des milliers de jeunes, qui venaient pour leurs propres délires, mais aussi pour soutenir la campagne de François Mitterrand. Nicole Questiaux était de tous les déplacements, où elle prenait la parole à chaque fois, brièvement, pour rappeler l’engagement aux côtés du candidat socialiste.

Pour l’intendance, Louis Joxe, trésorier de la campagne m’allouait un minuscule budget qui payait les billets de trains en seconde et les chambres d’hôtel, pour le reste nous fûmes inventifs et plein de ressources. Malgré toutes les réticences de l’appareil, grâce à l’appui sans faille de Nicole Questiaux, nous pûmes monter cette mobilisation à notre manière, surnommée par nos « ennemis de l’intérieur » du Ceres, la caravane publicitaire, bref … des rocardiens  

L’histoire finit avec l’élection de François Mitterrand, la journée mémorable de la remontée de la rue Soufflot au coude à coude derrière François Mitterrand en marche pour le Panthéon et deux septennats à venir. La foule était énorme, dense, nous étions portée par la poussée, nos espérances et une joie transfigurée par l’intensité du moment. Mais c’est une autre histoire encore à raconter.

Nicole prit la responsabilité du Ministère  de la Solidarité, avec le rang protocolaire de Ministre d’Etat et moi la direction du cabinet d’André Henry, Ministre du Temps Libre, comme conseiller technique. Je terminais en apothéose cette campagne avec la charge, confiée par le Premier ministre Pierre Mauroy, d’organiser le 10 juin, place de la République, une grande fête de la jeunesse pour commémorer le souvenir de la déclaration de Léo Lagrange sur les congés payés et fêter bien sûr la victoire de François Mitterrand, avec en tête d’affiche Jacques Higelin et l’emblématique groupe Téléphone, devant une foule de plus de 100 000 personnes. En charge de l’organisation, la soirée fût chaude et inoubliable… c’était la dernière fois que la gauche, en tout cas le Parti socialiste, réussissait à mobiliser une telle foule. Mais c’était encore la magie du slogan « changer la vie » du PS. L’exercice du pouvoir nous fit vite déchanter… jusqu’à aujourd’hui.

Nicole quitta le gouvernement, le 29 juin 1982, pour avoir proclamé qu’elle ne serait pas « le ministre des comptes », remplacée par Pierre Bérégovoy. Son départ, sans retour signait définitivement l’échec de la gauche du parti socialiste. Moi je quittai de même le gouvernement  un an plus tard en mars 1983 avec le Ministre du Temps Libre, André Henry, victime collatérale, lui aussi, du virage de la rigueur.

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Published by Jean Pelletier - dans politique
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commentaires

ANDREANI 28/05/2013 15:09


Très interéssant, voir mêem passionnant. Un éclairage sur les fameux "courants" de la rue de Solférino.Courants que l'on retoruve dans le syndicalisme enseignants jusqu'à ce qu'ils provoquent
l'éclatement de la FEN ... Attention, mes mêmes causes provoquent parfoisles mêmes effets!


Quand au projet, il est vrai qu'aujourd'hui, il n'y en a pas nulle part. Ni la gauche, ni la droite n'ont de réel projet de société. Le tout répressif? Le mariage pour tous? Le libéralisem
économique qui est en échec partout dans le monde? L'économie d'état qui a entraîné la disparition de l'URSS?


Il faudrait, mesdames et messieurs les politiques, nous faire rêver un peu ... Changer la vie, içi et maintenant, Allo? Allo? Mais allo quoi ...


Tiens au fait, je viens de me rendre compte que Hollande est FRANCOIS, Copé est Jean FRANCOIS, et Fillon est aussi FRANCOIS ... comme Mitterand.

Jean Pelletier 28/05/2013 15:25


et oui... ton oncle se désenchante peu à peu...malgrè mon goût de la politqiue j'aspire à lacampagne (la vraie...) les oiseaux, le potager, le rosiers en fleurs et le coucher de soleil, un chien à
mes pieds... un copain qui vient diner à la maison....


christian 22/05/2013 15:59


Si je peux me permettre... J'étais un jeune manager dynamique, DGA d'une grosse entreprise de bagages de Besançon. Les dents dans le plancher, je haïssais Mitterrand et le soir de son élection,
nous étions en conseil de guerre pour savoir comment surmonter l'épreuve. La négociation des lois Auroux m'attendait avec des syndicats qui avaient été biberonnés par l'affaire LIP quelques
années plus tôt... Le propriétaire, un type assez iconoclaste, nous disait qu'au fond, il y avait peut-être des choses intéressantes à tirer de cette expérience. Il avait raison, nous avons
survécu, et nous nous sommes fâchés à mort 2 ans plus tard, en 1983... A partir de là, tout est devenu différent, à la fougue a succédé la réflexion. Néanmoins, je n'ai jamais réussi à me caler
politiquement, même si j'ai toujours eu de forts tropismes à gauche. Le blocage, c'était Mitterrand. Avec le recul, je pense que ça a été une bonne chose. Sans ressentir les vibrations que tu as
pu éprouver, il était nécessaire de changer un peu les logiciels dans nos têtes. Sans vouloir passer pour un vieux c.., je pense que le drame actuel, c'est surtout l'absence de projet, même
utopique !

Jean Pelletier 22/05/2013 16:27


C'est si loin 1981 et les "logiciels" d'explication et de commentaires ne sont plus les mêmes aujourd'hui. Mais il y avait au moins un projet porteur et des réformes importantes qui ont été menées.
les lois Auroux que tu cites, mais aussi la retraite à 60 ans , les 39 heures, la 5ième semaine de congés payés, la suppression de la peine de mort, l'indépendance de l'audiovisuel etc.... c'était
pas si mal.... à nostalgie quand tu nous prend!


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  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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Bonne lecture.
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