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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 15:23

- 16 [intérieur – jour]

 

On est au centre de la station. Dans le hall de la Croisette. Il y a une foule énorme, désordonnée.

Des gens dorment à même le sol, d’autres circulent et distribuent des couvertures et de la nourriture. La caméra se promène et accroche des visages où se lit une fatigue totale.

 

 

 

- 17 [intérieur – nuit]

 

Julien est dans la chambre de la comtesse. Le froid a tout envahi. La lumière est bleuâtre. Julien allume plusieurs bougies. Les fenêtres sont ourlées de givre. Il y a du givre un peu partout. Olga est allongée sur son lit toute habillée .Le visage et presque bleu. Il y a du givre blanc et gris dans sa chevelure rousse.

Olga est morte. Julien reste seul aux Pléiades. Il se souvient…

 

Musique : « If » de Pink Floyd (extrait de Atom Heart Mother)

 

 

 

 

 

- 18 [intérieur – jour]

 

OLGA

 

Mais enfin Julien cela rime à quoi ?

 

JULIEN

(Pensif)

 

A rien…

 

OLGA

 

Mais pourquoi à rien ?

 

JULIEN

(Faisant visiblement un effort pour parler)

 

J’ai grandi…. J’ai vécu…. C’était plutôt cool, maman s’occupait de tout. J’avais tout…

 

OLGA

Tout ?

 

JULIEN

 

Enfin presque tout, je n’avais jamais d’effort à faire. Maman pensait à tout, elle facilitait les choses… c’était sans fin… un fardeau …au bout d’un moment…

 

OLGA

 

Au bout d’un moment, mais quel moment ?

 

JULIEN

 

C’est bien cela le problème, je ne me souviens pas à quel moment cela a commencé… il fallait que cela finisse.

 

OLGA

 

Ce n’est pas sérieux ! C’est une réflexion d’enfant gâté.

 

JULIEN

 

Gâté, c’est cela, c’est le mot juste !

 

OLGA

 

Le mot juste ?

 

JULIEN

 

Gâté au sens de corrompu, comme un fruit trop mûr que l’on laisse trainer, oublié, et qui finit par pourrir.

 

OLGA

 

C’est peut être un peu fort !

 

 

JULIEN

 

Non c’est exactement le mot qui convient.

 

 

- 19 [intérieur – nuit]

 

Retour dans la chambre désormais mortuaire d’Olga. Julien contourne le lit. Il y a un petit secrétaire. Il l’ouvre et prend une bougie pour mieux voir. Il y a là un coffret à bijoux. Il l’ouvre aussi, joue quelques instants avec un collier de perles. Sur une petite étagère du secrétaire, il y a un paquet de lettres entouré par un ruban rose noué. Il le défait et prend la première lettre.

C’est une enveloppe un peu vieillie, avec une adresse écrite d’une écriture nerveuse, à peine lisible. On distingue un timbre ancien, peu identifiable. Français ? Etranger ? On ne le sait pas.

Il déplie méticuleusement trois feuillets de papier à lettre, bien rempli d’une écriture bleue pâle, très fine qui courre … julien lit à haute voix. On voit son visage pâle à la lueur des bougies, de profil est en arrière plan le décor funéraire de cette chambre désormais glacée.

 

JULIEN

 

« Olga,

Je ne peux me résoudre à ce silence. Pour moi c’est encore hier, comme si le temps n’était jamais passé, n’avait pas fini par estomper ce qui avait été notre histoire. Dix ans déjà ! Et pourtant je t’écris toujours avec la même régularité, une fois tous les deux mois, et je me heurte au même silence ! Jamais tu ne réponds à mes lettres. Je ne sais même pas si tu les lis, et si tu les lis, si tu les gardes, si au moins tu y penses, de temps en temps. Si tu les jettes !

Mais … moi, j’écris toujours avec la même ferveur, avec la certitude que tu me lis et que tu gardes en toi pour toujours ces mots que je jette ainsi fébrilement sur le papier.

Je garde confiance en toi… Je vis grâce à ce fil invisible qui me relie à toi. Je mène une vie paisible. Je fais même des choses… j’existe malgré tout avec une vrai vie et tout ce qui va avec : le travail, les amis, les vacances, les économies, les joies et les peines … Les saisons passent, les années aussi. Mais je garde en moi cette vie secrète et souterraine qui t’atteint sûrement malgré la distance et les années qui glissent, oublieuses et paresseuses, toutes ces journées  qui entassent un fatras de souvenirs pour plus tard.

Chacune de mes lettres est un moment que je réserve, que je soustrais au temps qui passe. J’entends encore cet accordéon et ces violons qui s’étirent dans une mélodie aussi triste et aussi oublieuse que les jours qui passent.

Olga, je n’ai qu’un amour, malgré les histoires que je peux vivre ici et là. Certaines intenses et qui durent et d’autres plus passagères, qui glissent et s’évaporent, souvent dans l’ennui.

Mais mon amour pour toi va grandissant dans un désert qui me sert de vie. Je ne nie pas les oasis qui peuplent ici et là cette immensité de sable, sauvage et qui m’envahit.

J’ai plusieurs vies qui rebondissent comme le caillou plat qui ricoche sur la surface de l’eau. Mais l’eau, elle, elle est toujours là, livide, douce et amène, les nuits étoilées s’y reflètent et s’y succèdent… tout cela dans je ne sais plus quel ordre.

Olga je t’aime. »

 

 

Gros plan sur le visage diaphane de Julien, à la manière de Georges de La Tour (« La Madeleine Pénitente »)

 

 

- 20 [extérieur – jour]

 

Dans les rues de Paris, Julien marche le long des grands boulevards (boulevards des Italiens). Il fait gris, la foule est énorme, il passe parmi les gens, le regard fermé, comme replié vers l’intérieur.

Il avance avec ce qu’il sait, plein de cette certitude, parfois il heurte un passant sans même se rendre compte…Les voitures glissent lentement sur la chaussée dans un mouvement incessant.

La caméra qui l’accompagne de face s’arrête pour le laisser passer,  puis en se retournant le fixe de dos, pour le voir disparaître peu à peu dans la foule.

 

Musique : « Lets Dance » de David Bowie

 

- 21 [extérieur – jour]

 

Julien en parka vert, emmitouflé,  bonnet sur la tête, il marche avec difficulté dans la neige où il s’enfonce profondément, il a pris le petit chemin qui va dans la forêt.

Il ne neige plus, le soleil brille et le ciel est d’un bleu intense  (le bleu lumineux outremer « International Klein Blue, mis au point par l’artiste Yves Klein en 1956 ).

Le paysage de montagne est resplendissant, tout gonflé par cette neige immense et puissante qui a tout englouti.

On voit Julien s’éloigner dans ce paysage avec le même mouvement que dans la scène précédente où il disparaît dans la foule.

Bientôt il n’est plus qu’un point qui se confond avec le blanc étendu, surplombé par le ciel bleu couleur Yves Klein …

La tempête est finie.

 

Musique : « The End » des Doors.

 

Finir avec cette image avec la voix de Jim Morrison, générique de fin.

 

FIN.

 

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Published by Jean Pelletier - dans Littérature
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  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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