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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 17:00

Hareville1.jpgC’est le village de mon enfance, c’est ici que mes grands parent paternels sont venu y vivre leur vieux jours. C’est là que mon père s’est installé pour sa retraite, il y repose dans le petit cimetière qui a peuplé toute mon enfance l’horizon qui se dégageait devant notre maison. C’est là que mon frère vit dans la maison familiale.

 

J’ai parcouru dans tous les sens ce petit village français traversé par la Meuse. J’ai arpenté ses rives en amont et en aval, j’en connais chaque coulant et chaque fosse, avec mes frères, pécheurs de brochets.

 

Je l’ai inscrit « au cœur » ce village, pour toutes les émotions données, toutes les fuites et toutes les errances…

 

C’est pourquoi je vais vous en livrer son histoire connue et inconnue.

 

Quel joli nom, étrange et poétique, il ne le doit qu’à ses célèbres chanteurs de Saint Hubert, marchands drapiers, vendeurs d’images de marionnettes et d’amulettes. Les Harrévillois ont été de grands voyageurs et ils ont parcouru de vastes espaces. Un village de nomades, un village qui bruit du doux son des voyages. En 1770 des documents officiels font état de 30 chanteurs, 21 marchands roulants et 10 colporteurs. Harréville a eu aussi ses fondeurs de cloches.

 

Ces ambulants allaient et venaient jusqu’à se poser au cœur même d’Harréville. C’est en 1907 qu’on adjoignit à Harréville le qualificatif « les chanteurs »

Qu’est-ce que ces colporteurs migrants, qui excitaient mon imagination d’enfant ? Pour le peuple ils n’avaient pas bonne réputation, vendeurs déjà à la sauvette, ils n’hésitaient pas à chaparder ici et là quand la journée n’avait pas été bonne. Que vendaient-ils, essentiellement de la bimbeloterie (médailles religieuses entre autre) et autres colifichets.

 

C’est la pauvreté qui les jetait sur la route. Les « chanteurs » d’Harréville ont été un peu plus célèbres que d’autres. Cette célébrité il la doive à une compagnie de marionnettistes célèbres au 19ième siècle, installée à Harréville et qui faisait tourner un spectacle de marionnettes géantes interprétant la passion du Christ. On raconte qu’ils le faisaient avec un fort accent haut-marnais et jusque devant la cour de l’empereur Napoléon III. C’est à la famille Collignon que l’on doit cet héritage théâtral. Ma famille étant liée du côté de ma grand mère paternelle aux Collignon, j’ai souvent entendu mon père raconter avoir joué dans les greniers de la ferme avec certaines de ces poupées géantes. Malheureusement à ma connaissance elles ont toutes disparues.

 

Harréville-les-Chanteurs est coupée en deux par la Meuse qui délimite vaguement la frontière entre la Haute Marne et les Vosges, mais aussi la Lorraine et la Champagne-Ardenne. Village d’espaces voyagés et village de frontières, la commune s’étend sur 15,8 km2. Elle a connu dans le passé un important peuplement, jusqu’à 755 habitants au recensement de 1831. Aujourd’hui elle n’en compte plus que 275 ! Ses voisines sont Liffol-le-Grand, connues pour ses fabriques de meubles, Bazoilles, Pompierre et… Goncourt illustre pour avoir été le berceau de mon père (prés de la laiterie) et des frères Goncourt.

 

Harreville-plaque.jpgJe disais donc que le village en cachait deux. J’étais du deuxième village, celui qui n’a ni la mairie, ni l’église, juste les ruines de l’ancien prieuré, marqué par un magnifique Calvaire. Le premier village dépendait d’ailleurs de l’Abbaye de Saint Mihiel. En 1789 les habitants de la rive gauche (le 1er village) étaient rattachés au diocèse de Toul, ils avaient pour paroisse l’église Saint Germain, le peuple de la rive droite avait son prieuré.

 

Traversé par la Meuse (à 40 km de sa source), le village du haut était lui traversé par la route dite impériale n°74, puis la grande nationale N 74 (reclassée depuis départementale 74) qui fût celle des migrations d’été. Je me souviens petits d’y avoir vu les caravanes cul à cul dans d’immenses bouchons d’aoutiens. Aujourd’hui la construction d’une autoroute un peu plus loin a définitivement scellé un grand silence sur le village.

 

Il faut savoir aussi qu’une ancienne voie romaine (la voie impériale de Divodurum – Metz à Andematunnum – Langres par tullum - Toul) passe aussi par le haut du village, important passage aussi pour les populations de l’époque. Et son évocation, dans mon enfance, me faisait une grande impression, d’autant plus que l’on trouvait aussi sa trace à Bazoilles et à Goncourt.

 

Géographie et histoire racontent l’histoire d’une commune à l’écoute de son temps et ouverte sur son espace.

Cette ouverture elle l’a payé en 14-18, ses bois sont encore coupés de murets et de tranchés qui racontent cette histoire là, le monument au mort de la guerre 14-18 déplacé en 2005 derrière la mairie porte la longue liste des enfants du pays morts pour la France. Toutes les familles du village y ont leurs morts.

 

Mais celle de 40 traversa aussi cruellement le village. Le 12ième régiment de tirailleur sénégalais y fût massacré le 19 juin 1940 en tentant d’arrêter l’avance allemande. Là aussi un monument au mort, érigé suite à l’infatigable lutte du Commandant Lomon, se dresse à l’écart du village, en face de ce qui fût la gare SNCF du village. Ce monument fût inauguré le 6 juillet 1958.

Notre maison est justemen

t située sur l’allée de la gare, plus précisément la rue des Maronniers. Dans nos villages Lorrains les gares sont toujours à l’écart des villages. Le train alors avait mauvaise presse. Je revois encore le petit peuple du train passer à l’aller et au retour devant notre maison, seuls instants où cette voie connaissait un peu d’animation. Parfois j’accompagnais aussi ma grand mère jusqu’à Neufchâteau avec la « micheline » comme on disait alors.

 

Il y avait aussi la barrière un peu plus loin qui gérait le passage de la voie ferrée pour se rendre à Pompière. C’est une nièce de ma grand-mère qui y habitait avec son mari et ses enfants, les Badoinot, le père René a été maire du village, il est enterré tout près de mon père. On a donné son nom à la salle des fêtes du village; je jouais souvent avec mes petits cousins. La gare a été rasée et la maison garde barrière aussi, rasés…sans que l’on me demande mon avis.

 

Harreville.JPGL’église d’Harréville a été aussi le centre de mes préoccupations, messes et cérémonies religieuse rythmaient les jours. Le Curé, car il y en avait un à cette époque était un personnage qui suscitait quolibets et moqueries de notre part.

 

L’église est dédiée à Saint Germain. Son chœur actuel remonte au 13ième siècle, avec des voûtes refaites au 16ième siècle. Quant à la tour du clocher et la nef, elles ont été rebâties peu avant la Révolution Française. Mais on relève l’existence d’un site plus ancien, puisqu’il est fait mention de cette église dans un titre remontant à l’an 904. C’est au cours du siècle suivant que la cure prospéra. L’Abbé de Saint-Mihiel y fonda un prieuré dans lequel il déposa le corps de S. Calixte, pape et martyr qu’il avait rapporté de Rome.

 

Cette installation à Harréville, il la relate en ces termes :

 

« À cet endroit il y a une vallée qui s’étale entre deux hauteurs ; les côtés, étirés sur une longueur d’un stade et distants l’un de l’autre de deux jets de flèches, définissent la largeur de la vallée entre eux. Quant à la longueur, sur une distance égale d’un stade, deux collines opposées la déterminent de part et d’autre, assez proches du versant nord et pas plus éloignés du versant sud que de la place laissée au lit de la rivière coulant en contrebas. Ainsi on découvre un carré de hauteurs, protégé par les fermetures de la vallée. La Meuse court au milieu, elle embellit la surface voisine par la verdeur des prés. Quant aux espaces assez retirés qui s’étendent du côté des hauteurs, ils se prêtent à l’agriculture et au jardinage. Sur le versant nord, qui n’est pas raide mais qui descend en pente douce sur toute la largeur des champs, à la limite de la pente et de la vallée, se trouve le dit village avec son église Saint-Germain. Le versant sud est raide et se dresse vers le haut, allongé en ligne droite, splendide à cause de l’égalité de sa hauteur, couvert d’une agréable et épaisse forêt de hêtres. Quand sa partie basse en pente atteint la vallée, elle s’élève du fond du val par une sorte de haute terrasse ; au milieu de cette terrasse se dresse un rocher, sous lequel jaillit une source agréable et abondante en eaux douces ; au-dessus se trouve un chemin accessible aux passants et au-dessus du chemin, de nouveau par une terrasse, la terre s’élève et s’étend en une plaine des plus favorables, en haut de laquelle sourdent quinze sources à la suite »[1].

 

Il poursuit pour décrire la construction du prieuré lui-même :

 

« Au milieu de cette plaine, l’abbé, réjoui par la concordance de tant de choses, à savoir l’abondance de sources voisines, la proximité d’une rivière poissonneuse, de champs et de prés, jette sans retard les fondations d’une église, plaçant l’édifice claustral du côté de la colline, afin que les eaux de ces sources, rassemblées en un seul cours, puissent être dirigées à travers les bâtiments et que, de là jusqu’à la colline boisée, soient disposés les jardins et les vergers des frères. Après que les murs extérieurs des portiques, élevés sur une hauteur de deux ou trois coudées, eurent ceint l’édifice de toutes parts, il met en place les reliques des saints et principalement de Calixte, pape et martyr, pour la vénération et au nom duquel il s’apprêtait à construire l’édifice, pour qu’on y honore et qu’on y invoque Dieu, espérant sans nul doute que des miracles auraient lieu en cet endroit grâce aux prières et aux mérites du saint. Ces reliques furent mises en place en ce lieu aux environs des calendes de juin, le troisième ou le quatrième jour avant l’Ascension de notre Seigneur »[2].

 

 

A suivre….. La ferme Saint Joseph

 

[1] ROUSSEL, (abbé). Le Diocèse de Langres. Histoire et statistique. t. II, 1875, Langres

 

[2] ROUSSEL, (abbé). Le Diocèse de Langres. Histoire et statistique. t. II, 1875, Langres

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commentaires

B
Bonjour Monsieur,
Mon arrière Grand-Père paternelle était employé aux Chemins de fer de l'Est, né à Vigneulles-lés-Hattonchatel; son premier poste était à la gare d' Harréville-les-Chanteurs, sans doute vers 1880.
Cordialement.
BT
Répondre
J
Merci pour cette information qui viendra compléter ma base

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