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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 11:45

kol1.jpeg« "Tu tournais le coin de la rue lorsque je t’ai vu, il pleut, cela ne met pas à son avantage quand il pleut sur les cheveux et les fringues, mais quand même j’ai osé, et maintenant qu’on est là, que je ne veux pas me regarder, il faudrait que je me sèche, retourner là en bas me remettre en état — les cheveux tout au moins pour ne pas être malade, or je suis descendu tout à l’heure, voir s’il était possible de se remettre en état, mais en bas sont les cons, qui stationnent : tout le temps de se sécher les cheveux, ils ne bougent pas, ils restent en attroupement, ils guettent dans le dos, et je suis remonté »

Le début de La nuit juste avant les forêts © éditions de Minuit, 1988

 

Bernard-Marie Koltès est mort il y a 24 ans, presqu’un quart de siècle, le temps de laisser se poser une œuvre monumentale et s’éclaircir les mystères sur cet être fragile et troublant qui a construit une œuvre au sens Shakespearien du terme. Une œuvre qui occupe l’espace et parle à nos rêves les plus secrets et les plus inavouables.

 

C’est un messin, né le 9 avril 1948, à la sortie de la guerre et fils de militaire. Le décor de son enfance est bien celui-là, une ville de garnison et un père toujours absent. Les grandes ombres de la poste centrale ou de la gare, la porte des Allemands, les petites ruelles blotties autour de la cathédrale sont déjà les fantômes qui hanteront son écriture. Cette enfance se trainera et encombrera son existence. Sa vie de pensionnaire au collège Saint Clément à Metz ne se passera pas bien.

A 18 ans il s’évade et part pour le Canada, cette liberté lui laissera un sentiment fort…au regard des années qui ont précédé. Les grands espaces, les paysages infinis…l’amènent à une sensibilité qui le conduit à la musique. C’est l’étude de Bach avec Louis Thiry. Mais c’est aussi la rencontre avec Maria Casarès dans Médée qu’il voit à Strasbourg. Hubert Gignoux directeur du TNS le fait entrer en section scénographie à l’école du Théâtre national de Strasbourg.

Le théâtre est rentré dans sa vie, il n’en sortira jamais plus. Sa « montée en puissance » sera fulgurante…dès 1970 il a sa propre troupe de théâtre, sa première pièce « L’Héritage » est lu à la radio par Maria Casarès. Les voyages l’occupent tout autant : l’Amérique Latine, l’Afrique et New York et nourrissent son écriture. « La Nuit juste avant les forêts » est montée et mis en scène par lui dès 1977 Au Festival Off d’Avignon. Il fera un court passage au parti Communiste de 1975 à 1978.

 

Dès lors il est repéré comme un auteur de théâtre original, en rupture avec ce qui se fait. Il développe un univers de course perpétuelle vers l’autre, sa compréhension, sa fuite. Les personnages s’y organisent une vie troublante où rien ne cède, où au contraire tout à tendance à se perdre. L’identité est au cœur de son écriture. « Roberto Succo » écrit sur le modèle de la vie du tueur du même nom est de cette poursuite là.

1980 c’est la rencontre avec Patrice Chéreau et le début d’une grande histoire d’amour, la vraie où Chéreau devient son metteur en scène. Celui qui transmet aux autres et organise sa vision, non du monde, mais de l’existence. Le théâtre des Amandiers à Nanterre abritera cette expérience.

C’est la vie, c’est sa vie, c’est le Sida qui le rattrape et le fait choir dans cet élan immense qu’il avait entrepris. Malade trop tôt, de peu  il meurt en 1989 à l’âge de 41 ans.

 

C’est avec « Retour au désert » qu’il fera aussitôt son entrée à la Comédie Française, mis en scène par Muriel Mayette. Mais la « fête » sera interrompue par un désaccord avec  les ayants droits qui feront interdire la représentation.

 

Koltès avec sa gueule d’ange savait manier les mots, comme des armes, le meurtre n’était jamais loin. Il est l’auteur de théâtre français le plus joué en France.

 

 

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Published by Jean Pelletier - dans Littérature
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  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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