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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 10:43

23 juillet 2068, je sors dans les rues de Paris, il est presque minuit, la chaleur est étouffante, moite, il faut au moins 35°, les protocoles de Kyoto et autres pactes pour l’environnement n’ont pas été en mesure d’enrayer significativement le réchauffement climatique de la planète, l’effet de serres s’est emballé…la machine climatique s’est définitivement déréglée.

Le retard pris dans les mesures d’urgence n’a plus aucune prise sur la réalité du réchauffement, de la pollution et surtout de la pénurie d’énergie fossile. Le monde est devenue une foire s'empoigne au plus offrant déstructurant toutes les économies anciennes.

La fulgurance du développement économique de la Chine avec ses deux milliard d’habitants et à un moindre degré celui de l’Inde ont achevé de balayer les fragiles digues que les démocraties dites « occidentales » avaient essayé de dresser.

La Fao (food and agriculture organization), l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture n’est plus en mesure de contrôler les prix du riz, la production asiatique n’est plus autosuffisante depuis une deux décennies déjà et la faim accouplée à la spéculation ont largement contribué a déstabilisé politiquement toute la zone asiatique, Chine y compris qui fait face à des guerres séparationnistes de plusieurs de ses grandes provinces.

Mais les métaux, comme le pétrole et le gaz ont quasiment disparu de la planète.

 

Surréaliste …. Je reste songeur en passant le pas de porte de mon immeuble, une porte cochère comme il n’en existe plus guère

Depuis quelques mois la Seine, n’est plus qu’un maigre filet d’eau flirtant entre les bancs de boue et quelques déchets industriels. Certes cela fait déjà plus de onze années qu’elle n’est plus navigable …. Mais ce ridicule petit filet m’inspire une profonde mélancolie.

Je repense au Paris de Robert Doisneau et de son célèbre cliché du «Baiser de l’hôtel de ville» …il a tout photographié au siècle dernier de Paris : les amants, les cyclistes, les jeunes, les vieux, les riches et les pauvres. Plein d’humour, obnubilé par le temps qui passe  (Oh combien !) aujourd’hui il n’est plus que le témoin, la survivance d’un monde englouti  Il a su, comme un Maître, mémoriser sur la photo tout ce Paris dont il pressentait, avec sans doute angoisse, qu’il allait disparaître. Et bien il ne s’est pas trompé le bougre ! Paris est à sec !

 

La rue de Bièvre est déserte, pas un chat, pas un homme, rien qui ne bouge à l’horizon quelque peu éculé du bas de la rue. C’est comme un souffle d’air brûlant qui me pousse à avancer, qui me porte à aller de l’avant, qui m’encourage dans ma fuite et mon désir d’éloignement.

Je n’ai pas pu obtenir de liaison avec Manfraid malgré tous mes efforts. Je ne sais donc rien de l’opération. Ni si elle a débuté, ni si (et c’est à craindre) elle a échoué.

Manfraid avec ses airs navrants d’ecolosurvival, de grand échalas, mal à l’aise dans  ses mouvements et ses vêtements mais au regard si romantique, frenchie comme disent nos amis de l’autre côté de la Manche. Et pourtant toute l’opération ne tient que par son savoir faire, son extraordinaire habilité au bricolage et aux liaisons satellites.

 

Je ronge mon frein d’énervement, une panne, rien qu’une panne, toute la ville est plongée dans l’obscurité la plus noire. De ci de là quelques pauvres lucioles aux façades des immeubles, sans doute quelques bonnes vieilles torches avec de bonnes piles à l’ancienne et une technologie si humiliante ?

Ce tableau en noir et blanc dans une humidité ambiante quasi tropicale donne un ton plutôt cruel à cette soirée.

 

Il faut pourtant que j’obtienne à tout prix l’information. Luc a sans doute plus de liaisons hyperNet que moi, il faut que je le joigne absolument.

Heureusement mes lunettes fonctionnent encore, je prends toujours le soin de les recharger chaque jour sur mon ultraportable. Sage précaution dans un monde d’incertitude énergétique Il reste encore au moins la moitié de la recharge sur mon indicateur, cela devrait suffire.

Je clique sur l’iphoneMark3 et l’écran virtuel me projette à travers mes verres le chemin le plus sûr à pieds pour m’y rendre, tout de même 2h31mn approximativement sans incident de parcours. Il me faut traverser tout Paris à pieds, je ne peux y échapper.

Le régime auquel je me suis astreint depuis 6 mois me permet cet exploit sans trop de peine.

Le fil d’euronews commence à donner des nouvelles, je le laisse branché tout en marchant : la panne annoncée serait l’œuvre cette fois d’un plan à grande échelle des Natioterroristes, elle ne serait pas limitée à la seule ville de Paris, au fil des minutes ils annoncent des explosions dans toutes les grandes villes d’Europe. : Berlin, Rome, Athènes, Londres, Madrid, Bucarest et Strasbourg, un régal !!!

Il faut dire que la décision d’Arnie Letellier Président des Etats-Unis d’Europe de dissoudre leur eurogroupe au Parlement européen est d’une connerie totale.

Avec 35% des voix aux dernières élections dans toutes l’Europe, les dissoudre et les contraindre à l’action clandestine, ce n’était pas très malin. La guerre en cours avec l’Iran et ses alliés suffisait si je puis dire à notre bonheur !

De toute façon de type et son parti démocratomachin est la pire chose qui pouvait nous arriver. De synthèse centre droit à centre gauche il ne reste plus que du mou… et du mou le pire est toujours à venir.

Merde ! Ces cons de politicards ils ne peuvent pas relire de temps en temps les manuels d’histoire ? C’est pourtant une mine de renseignements sur ce qu’il convient de faire.

Tous des illettrés à leurs manières, ce n’est pas la peine de sortir de l’EURO-ENA et être aussi peu opérationnels…

 

Ah…. Attention entre mes noires pensées et la lecture du fil d’euronews à travers mes lunettes je n’ai pas vu l’attroupement sur le Pont Neuf.

Il est trop tard pour faire demi-tour. Un FlexAgent, noir et bardée de protection à Roller s’avance vers moi.

- « Vos papiers, vous n’avez pas à circuler dans la rue quand une alerte rouge a été donnée. ».

 

- « Mais je ne suis pas au courant, désolé » et je tends mon bras droit pour le contrôle. Cette foutue puce implantée, j’espère qu’il ne pourra pas remarquer qu’elle a été trafiquée, Luke est un surdoué… mais on ne sait jamais, les programmes de contrôle de la police sont sans cesse remis à jour, et malheureusement nombre d’entre nous ont accepté de collaborer avec les FlexAgent quant ils se font pincer. Nos petits secrets en ont pris un sacré coup !

 

- « La panne ne vous a pas échappé tout de même, faut pas nous prendre pour des imbéciles » dit-il en passant sa sonde sur mon bras droit  avec un drôle de bruit : Bzuiiiiim, sondant le fond de ma chair, un pâle éclair bleue illuminant mon bras.

 

Visiblement il ne remarque rien d’anormal. J’espère qu’il ne voit pas les gouttes de sueurs qui commencent à perler sur mon front et qui ne vont pas tarder à couler sur mon visage. Je n’ose pas me saisir de mon mouchoir qui est dans ma poche droite de peur de lui donner une indication inquiétante, on ne sait jamais comment ils vont réagir.

 

- « Bon, vous habitez rue de Bièvres, c’est à deux pas, rentrez chez vous. »

 

- « Mais qu’est ce qui se passe?»

 

- « Vous n’avez pas besoin de le savoir, vous n’avez qu’à vous connecter sur euronews… allez … vous allez bientôt m’énerver, je le sens, ce n’est pas bon pour moi et encore moins pour vous, rentrez chez vous, et n’essayez pas d’entourloupes, il y a des patrouilles dans tout Paris., et on vous a à l’œil, on vous suit de près, de très près» ajoute-t-il avec ce superbe air fait pour inquiéter, ce en quoi il est très doué.

 

Un frisson me parcourt le corps de la tête au pied, déjà qu’en temps normal à chaque contrôle j’ai l’impression que je vais finir mes jours dans un bagne du fin fond de la Sibérie, alors ce soir avec tout ce que je trimballe dans ma mémoire électromagnétique …. Je risque gros, lourd je devrai dire et l’ensemble de mes correspondants n’aimerait sans doute pas savoir dans quelle situation extrême je me suis ainsi placé.

 

Trop heureux de ne pas m’être fait épingler, je retourne sur mes pas en direction de la rue de Bièvres. Entre temps visiblement l’attroupement c’était fait plus nerveux, plus dense et j’entends dans la pénombre des cris étouffés et indistincts, je  n’ose à peine imaginer ce que ces bruits pouvaient évoquer d’exacts et de précis. Tout était imaginable, malheureusement par les temps qui courent.

 

Cette scène dans un des derniers quartiers de Paris somme toute assez ancien, était un peu surnaturelle, les FlexAgent, super policiers avec tout leur arsenal électronique et un pauvre attroupement d’humains visiblement on ne peut plus banaux sur un des plus vieux ponts de Paris ressemblait à un kinofilm3D de Cyril Scierrex. Mais pour autant ce n’était plus de la fiction mais bien la triste réalité des Temps Nouveaux.

 

Toutefois les tours sombres du vieux maire de Paris Delanoë rôdent des deux côtés de la Seine., étranges sentinelles d’un monde déjà révolu, vieux si vieux !

 

J’empreinte le dernier carré de la rive gauche qui a échappé aux constructions nouvelles pour rejoindre mon appartement, rongé d’inquiétudes.

 

Et c’est dans ce silence finissant d’un monde balbutiant que je retournais, impuissant et terrorisé,  dans ce petit coin de Paris encore plein d’innocence de tant de préservations qu’il finissait par ressembler à un petit Zoo pour étrangers en goguette.

 

Point Zéro pour moi, tout est fini, ma mission a échoué.

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Published by Jean pelletier - dans Littérature
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  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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