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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 15:40
Odile Henry.

Odile Henry a disparu le 27 février, c’est une amie rare qui s’en va, mais c’est aussi, pour ma part un univers qui se dissipe… s’inscrit dans le passé, un passé qui me paraît révolu, teinté d’une certaine nostalgie qui s’impose malgré moi. Est-ce la fin comme elle le pensait, est-ce autre chose, comme je peine à encore l’espérer ? Est-il envisageable de se dire que le 27 février, Odile et tout ce qu’elle a incarné ne sont plus ? Ne serait-elle seulement plus que la multitude de souvenirs au cœur de ceux qui l’aimaient et de tous ceux qu’elle a croisés au cours de son passage terrestre ?

Son empreinte sur notre monde est indélébile, elle m’a changé, elle nous a tous changés dans la relation qu’elle a eue avec chacun d’entre nous. Son action militante a aussi pesé dans la manière de voir, d’interpréter le monde… de se construire individuellement avec la perfection du doute pour mieux avancer et ne jamais rien considérer comme acquis. Elle n’est peut-être plus là dans son essence humaine, mais il y a tant de choses d’elle qui continue à vivre à travers sa famille, son mari, ses enfants et petits enfants, ses amis…

J’étais membre du cabinet du ministre du Temps Libre André Henry en 1981. Je devais cette nomination à la fois à ma participation à la campagne de François Mitterrand, et à mon appartenance au courant de Michel Rocard. C’est un ami de Michel Rocard, Pierre Roussel trésorier de la MGEN que je dois la recommandation auprès d’Henri Grolleau qui dirigeait le cabinet d’André Henry.

Ma première rencontre avec Odile fut lointaine, la femme du ministre, j’étais impressionné… nous nous sommes plutôt croisés… car durant toute cette période elle se tint à l’écart, ne voulant en aucune manière interférer avec l’activité de son mari. C’était déjà une grande militante de l’action laïque, mais aussi de la cause des femmes qu’elle ne cessa jamais de défendre jusqu’à son initiation à la Franc Maçonnerie et son accession comme grand maître de la Grande Loge Mixte de France.

C’est après 1983, lorsqu’il fut mis fin au Ministère du Temps libre, que nous nous sommes rapprochés et que j’ai appris à mieux connaître cette femme habitée par un doute permanent et qui questionnait de manière incessante toutes situations, toutes idées, toutes relations… j’ai rarement rencontré dans ma vie un tel parcours, bien avant de rejoindre la maçonnerie en 1987, elle était sans aucun doute ce que l’on appelle un maçon sans tablier. Mais cette exigence de l’esprit a un prix, car elle n’est pas exempte d’une forme de souffrance.

Nous avons fait tant de choses, apprises ensemble, débattues… que ce soit l’idée d’un certain tourisme intelligent, éducatif, respectueux des paysages et des peuples, que ce soit l’esprit d’une culture en progrès à portée de main de tous, des plus instruits à ceux qui le sont moins, que ce soit une société plus juste, plus humaine, mais aussi plus douce, plus rêvée.

Je ne peux pas ne pas évoquer la figure d’Henry Grolleau. Il avait été le directeur de cabinet du ministre du Temps libre, inventif, combattif, instructeur, administrateur tout à la fois. Une amitié solide s’était nouée à cette occasion. Comme Odile, il fut après 1983 le compagnon de toutes ces aventures, la franc-maçonnerie, le combat pour un tourisme intelligent, que nous avions déjà initié pendant le ministère avec la campagne « Découverte de la France » et son logo du Furet du Temps libre ...

Je garde une affection particulière pour l’entreprise inachevée qui nous anima pendant plusieurs mois, après notre départ du gouvernement : « Le Petit dictionnaire de Gauche, le PDG ». Nous étions une dizaine à nous réunir, souvent chez moi, à travailler telle l’Académie française, en suivant les lettres de l’alphabet et en choisissant soigneusement les mots au cœur des problématiques de la gauche, avec la volonté, désabusée que nous avions de cette expérience inachevée de la gauche au pouvoir, la volonté de dire notre part de vérité. Nous mettions beaucoup de sérieux et une grande dose d’humour à tenter de cerner au mieux ce que nous estimions être la Gauche… les pages inachevées de ce grand dictionnaire restent toujours savoureuses aujourd’hui à l’épreuve du pouvoir…

Nous partagions le travail, le militantisme et aussi ces déjeuners inoubliables où nous échangions sur nos vies, sur la vie et sur un monde qui ne nous rassurait pas.

J’ai eu cette chance de te rencontrer Odile et j’en remercie le destin. Aujourd’hui on me dit que tu n’es plus… comme si cela était possible. Bien sûr que tu es plus que jamais dans nos cœurs, dans nos esprits, dans un air du temps que nous voudrions plus allègre… oui tu es là où nous irons à notre tour, là où les souvenirs tissent un ciel espéré plus bleu, plus clair, là où d’étranges horizons racontent aux passants le futur… oui tu es pour toujours dans ce lointain futur, car de l’oubli il ne sera jamais question. Nous te tenons fermement la main dans notre chaîne d’espoir, je sens la chaleur de ta paume et plus fermement que jamais je te tiens, mon voisin me tient et ainsi de suite… c’est ainsi que nous sommes, les chainons qui tiennent contre vents et marées, les anneaux d’une vie qui s’invente chaque matin, et tu y tiens pour toujours ta place.

Le temps s’en ira, les jours se finissent, à chaque crépuscule coule une nuit plus douce qu’amère, et puis vient le matin, peu à peu avec ses habits d’aurore pâle qui se cherche dans une ombre d’encre noire, mais rien n’y fait, la lumière finit toujours par s’échapper de la pénombre. La lumière… et les merveilleux nuages de Charles Baudelaire…

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Published by Jean Pelletier - dans politique
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  • Né en 1952, ancien élève de l’Institut d’études politique de Paris et titulaire d’une Maîtrise de Lettres , j'ai   été Directeur des Relations Extérieures de l’ADAMI et professeur associé à l'université d'Evry . Je suis aujourd'hui à la retraite et je continue à enseigner. Ce blog est né d'une passion celle de l'écriture, liée à mon insatiable curiosité., d'où la diversité des rubriques.
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Bonne lecture.
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